a
collection La Grande Raison des éditions Grasset-Mollat
se propose de combler un manque : être sur le terrain de
l'édition française à l'origine de la traduction
des jeunes auteurs majeurs vivants de la philosophie européenne
contemporaine. Les critères de sélection sont simples
: les auteurs retenus pour une traduction sont vivants et européens.
Sur le terrain théorique, ils écrivent dans une
langue qui s'interdit l'obscurité, sur les seuls terrains
de l'éthique, de l'esthétique et de la politique.
Quelle éthique ? Une morale ayant à voir avec la
fin des grands récits qu'on constate en cette fin de millénaire
- chrétiens, marxistes, freudiens, structuralistes, voire
post-modernes. Elle se propose de rechercher ce que peuvent être
des valeurs pour un temps post-chrétien qui met le corps
au centre de ses soucis.
Quelle esthétique ? Celle qui rend compte des beaux-arts
du xxe siècle, pour la plupart. Plus particulièrement
ceux qui font suite à la révolution induite par
Marcel Duchamp. Car il reste à expliquer pourquoi, après
la mort de Dieu sur le terrain religieux, donc éthique,
la mort du Beau en esthétique ne signifie pas pour autant
la fin des beaux-arts.
Quelle politique ? Celle qui permet la résistance au néo-libéralisme
planétaire triomphant et montre l'existence d'une pensée
libertaire, au sens étymologique, de gauche, ou plus généralement
critique. De sorte qu'on puisse avancer qu'entre le capitalisme
sauvage et le marxisme fossilisé, il existe des voies alternatives.
Pourquoi La Grande Raison ? L'expression se trouve chez Nietzsche,
dans le chapitre d'Ainsi parlait Zarathoustra intitulé
: Des contempteurs du corps. On peut y lire que le corps est la
Grande Raison à l'exclusion de toute autre : " Le corps
est une grande raison, une pluralité avec un sens unique,
une guerre et une paix, un troupeau et un pasteur. Instrument
de ton corps est aussi ta petite raison, mon frère, que
tu nommes "esprit", petit instrument et jouet de ta grande raison
". Et plus loin : "Ton corps et sa grande raison, qui n'est je
en parole mais je en action ".
La collection La Grande Raison se propose d'examiner dans quelles
conditions éthiques, esthétiques et politiques peut
se penser et s'élaborer une philosophie européenne
après la raison classique.
LES ACTEURS
ean-Claude
Fasquelle et Denis Mollat, des éditions Grasset-Fasquelle
(Paris) et Mollat (Bordeaux), se proposent une coédition
sous la responsabilité de Michel Onfray qui anime une équipe
de traducteurs avec lesquels le travail de défrichage est
mené en étroite collaboration. Les passeurs qui pratiquent
la langue du philosophe traduit, aussi bien que celle des lecteurs
de la collection La Grande Raison, jouent un rôle essentiel
en établissant des fiches de lecture, en proposant un état
des lieux philosophiques européens, pays par pays, en soumettant
des projets de traduction qui sont retenus ou non en fonction des
critères arrêtés pour la collection.
Michel Onfray, qui n'a pas quarante ans, auteur lui-même
aux éditions Grasset, et Mollat, de plus d'une dizaine d'ouvrages
de philosophie traduits dans plusieurs pays d'Europe, mais aussi
en Amérique du Sud, au Japon, en Afrique lusophone, travaille
en association étroite avec l'équipe de traducteurs
à l'établissement des textes en langue française.
LES AUTEURS
es
rythmes de parution se proposent d'être les suivants : deux
fois dans l'année, printemps et automne, avec une série
de trois, puis une série de deux, soit cinq livres en moyenne
par an. Le calendrier peut être modifié en fonction
des impératifs afférents à l'entreprise de
traduction, d'édition ou d'impression.
P A R U T I O N S
LEONEL MOURA
LES HOMMES-POUBELLES
Traduit du portugais par Bertrand Levergeois
essai
Après Walter Benjamin, Hannah Arendt et Guy Debord, Leonel
Moura, artiste plasticien né à Lisbonne en 1948, poursuit
ici sa critique de la société du spectacle. Il a déjà
publié Impossibilité/Impossibilidade aux éditions
Nouveau Musée/Institut de Villeurbanne (1995).
Nous vivons dans un monde où la déshumanisation est
à l'uvre, où l'homme se voit de plus en plus
exclu, sans appartenance politique et sociale, expulsé de
l'humanité. Plus proches de l'immondice que de toute autre
condition, nous voilà peu à peu bannis de toute communauté,
éliminés, nettoyés. Déjà réduits,
pour une grande partie d'entre nous, à l'état d'hommes-poubelles.
Les campagnes sont désertées, l'urbanisme voue nos
villes à la ruine, et la rue n'est plus que le théâtre
du conflit entre pouvoir et liberté. La fausseté,
les images, le spectacle ont tout dévalorisé : le
capitalisme fait triompher la représentation sur l'expérience,
l'économique sur le vécu. Mensonge et vérité,
désormais, se confondent au point que le réel médiatisé
devient plus crédible que le réel lui-même.
Une prostitution généralisée anéantit
toute dignité, un racisme blanc noircit tout. Sous le coup
d'un humour imbécile, ravageur qui banalise le mal, la pensée
critique s'absente : les jeunes n'ont plus droit à leur jeunesse,
les clowns à leur rire. Le superficiel et le télévisuel
l'emportent, à la gloire de l'irrationalisme et de l'anti-intellectualisme.
Banalisés, les savoirs servent leur seule rentabilisation.
Dans cette époque absurde, le cynisme tient lieu d'éthique
et la commercialisation de valeur suprême. La politique, elle,
n'est plus que la représentation du pouvoir, et la guerre,
toutes les guerres, que la poursuite d'objectifs économiques
par d'autres moyens. Afin de restaurer l'humanité, il nous
faut miser sur " un bonheur contre l'espoir ", contre
les nouveaux leurres, l'état policier et les violences terroristes.
Il nous faut lutter contre l'appareil spectaculaire du capitalisme
pour faire advenir ce que nous sommes, hors de toute représentation.
MASSIMO CACCIARI
LE DIEU QUI DANSE
essai
Massimo Cacciari est né à Venise en 1944. Professeur
de philosophie, il enseigne l'esthétique dans le département
d'architecture de l'université de Venise. Il est maire de
Venise depuis 1991. Spécialiste de l'histoire des religions
et de l'histoire de l'art, Cacciari est l'auteur d'un certain nombre
d'ouvrages parmi lesquels Icônes de la loi (Bourgois,
1990).
Il fallait être vénitien, bien sûr, pour écrire
ce livre. Pourquoi ? Parce que, comme l'assurait Nietzsche,
" les Vénitiens ont un don particulier pour faire danser
le passé au milieu du présent ". Et tel est bien
le sujet qui est ici librement traité
Le dieu qui
danse, c'est une variation érudite et anecdotique, méditative
- sur tout ce qui perdure du passé dans le présent,
de l'Art classique dans l'Art moderne. Hegel, Marcel Duchamp, Wagner,
Tiepolo ou Rothko servent de relais à son analyse. Mais aussi
la Salute et les immeubles de Chicago, les villas palladiennes et
la pyramide du Louvre. Sans cesse, Massimo Cacciari va et vient
entre hier et aujourd'hui. Il s'agite en philosophe, en promeneur,
en révolutionnaire - car ce maire de la Cité des Doges
est resté communiste. Le dieu qui danse est un livre
allègre, savant, dansant.
FERNANDO
SAVATER
Mon dictionnaire philosophique
essai

Fernando Savater est né à San Sebastian en 1947.
Philosophe traduit dans une douzaine de langues, dont le français,
avec Éthique pour mon fils, Politique pour mon
fils (Seuil), deux volumes de vulgarisation adressés
à un adolescent, et Pour l'éducation (Payot).
Le Dictionnaire philosophique de Fernando Savater se veut
un dictionnaire « à la manière de »
Voltaire. Dictionnaire à « lire » et
non à « consulter », il est composé
d'une cinquantaine d'articles, tantôt traditionnellement philosophiques
- les thèmes de la nature, de la mort, de l'être, de
l'éthique sont présents, ainsi que des monographies
sur Rousseau, Cioran, Voltaire, Spinoza -, tantôt plus hétérodoxes
- la stupidité, l'argent, l'érotisme, les monstres...
Savater y traite des problèmes qui se posent aux hommes,
et non des querelles qui opposent les philosophes entre eux. Son
dictionnaire est le fruit d'une vision personnelle, d'une libération
pourrait-on dire, visant à dissoudre par une ironie omniprésente
tout académisme et tout dogmatisme.
JEAN-PAUL KAUFFMANN et ALEXANDRE DE LUR SALUCES
Yquem
récit
Deux esthètes se retrouvent pour nous faire partager leur
amour de la perfection : Alexandre de Lur Saluces, dernier
propriétaire et grand maître de Château d'Yquem
s'entretient avec Jean-Paul Kauffmann, journaliste, écrivain
et grand amateur de vin de Bordeaux autant que de cigares. Le résultat ?
Un délice. Voici donc le livre pour tout savoir sur le plus
divin des Sauternes, un nectar dont on compte moins de 100 000 bouteilles
par an et qu'on n'hésite pas à détruire les
années médiocres, découvrir l'histoire secrète
d'un domaine sur lequel règne, depuis plus de quatre siècles,
une même famille à demi piémontaise, percer
les mystères d'une vinification exceptionnelle que gère,
aujourd'hui, une jeune femme maître de chai tout juste âgée
d'une trentaine d'années. Mais encore suivre les démêlés
fratricides d'une lignée soudain déstabilisée
par les offres d'un groupe de luxe, et le happy end d'un bras de
fer peu ordinaire qui a généré pas moins de
soixante-dix procès, avant que de trouver une issue honorable
pour tous
.
Jean-Paul Kauffmann, journaliste, fondateur de L'Amateur de cigares
et de L'Amateur de bordeaux, est aussi écrivain. On
lui doit en particulier La Chambre noire de Longwood.
DANIEL COHN-BENDIT ET THOMAS SCHMID :
Xénophobies
Traduit de l'allemand par Philippe-Henri Ledru
Entretien
On connaissait Dany le Rouge sur les barricades, on sait
aujourd'hui le libéral, l'européen convaincu, partisan
de Maastricht, de l'Euro, des privatisations mais aussi celui qui
ajoute à son propos un plaidoyer pour la libéralisation
des drogues douces, l'élar-gissement de l'euthanasie, l'anticommunisme
ou l'écologisme urbain. On ignore un peu plus son action
à la tête du service des questions d'immigration au
conseil municipal de Francfort où il a été
élu plusieurs années. Ce livre propose la théorie
de cette question en regard de réflexions menées à
partir d'expériences vécues sur le terrain : comment
aborder le problème de l'hospitalité en faisant de
l'étranger une nécessité
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