Premiers chapitres

JEAN-PIERRE SOISSON
CHARLES QUINT
(biographie)
Passionné d'histoire, amoureux des archives, Jean-Pierre Soisson est ancien ministre d'État, maire d'Auxerre et député de l'Yonne, président du Conseil régional de Bourgogne. Dernier livre : Charles le Téméraire (Grasset, 1997).

 
 

Chapitre I
Duc de Bourgogne

 

harles est le fils de Philippe de Habsbourg, dit le Beau, et de Jeanne d'Aragon, dite la Folle. Du côté paternel, ses grands-parents sont l'empereur Maximilien d'Allemagne et Marie de Bourgogne ; du côté maternel, les rois Ferdinand et Isabelle d'Espagne.
Il naît à Gand le lundi 24 février 1500 dans le Prinsenhof, la résidence des ducs de Bourgogne. Un lundi, comme son père à Bruges vingt-deux ans auparavant. Du Prinsenhof construit au xive siècle, il ne reste rien : tout juste un porche et un pan de mur percé d'une fenêtre. Le 24 février, Philippe le Beau donne une réception : nobles et échevins, banquiers et commerçants se pressent dans les salles du palais. Fuyant la fête, Jeanne se réfugie dans un cabinet, où ses dames de compagnie, inquiètes de son absence, la trouvent en train d'accoucher 1. Dans ses Chroniques, Jean Molinet précise l'heure de la naissance : quinze heures cinquante-six minutes. Mais, au Moyen Age, les heures ne sont pas comptées comme aujourd'hui : un jour nouveau commence au lever du soleil et les heures de la nuit sont rattachées au jour précédent 1. Charles est donc né dans la nuit du 24 au 25 février, quelques heures après minuit 2.
Pour son baptême, toute la ville de Gand est « en feu et en flammes 3 ». Une allée de bois, « élevée au-dessus du pavé d'environ trois pieds », a été construite, pour des raisons de sécurité, entre le Prinsenhof et l'église Saint-Jean, l'actuelle cathédrale Saint-Bavon : elle permet aussi au peuple de Gand de voir le spectacle. Elle est décorée de trois séries de treize portes. Le Moyen Age aime les symboles : trois, pour les « trois membres de Flandre », Gand, Ypres et Bruges ; treize, pour les treize membres de la municipalité de Gand. A la fin de chaque série, trois portiques célèbrent la Sagesse, la Justice et la Paix, qui constituent les aspirations premières des Pays-Bas. Tout le chemin du cortège est éclairé de « plus de dix mille flambeaux ». Sur la Lys, des musiciens ont pris place sur un bateau. Un funambule court sur une corde tendue entre le beffroi et la flèche de l'église Saint-Nicolas.
Ouvrent la marche les doyens des corporations, les échevins, les nobles, au nombre de « trois à quatre cents ». Derrière eux, Henri de Nassau tient le cierge du baptême, Jacques de Luxembourg la salière, Philippe de Bourgogne le bassin et Ferry de Croy l'aube. Suivent les parrains et les marraines : Charles de Croy et Jean de Berghes ; Marguerite d'Autriche et Marguerite d'York, duchesse douairière de Bourgogne. La veuve de Charles le Téméraire porte le prince dans ses bras ; Jean de Luxembourg, Eléonore, la fille aînée des ducs de Bourgogne, que les Gantois ne connaissent pas encore (1).
Dans l'église Saint-Jean, le prince héritier reçoit le nom de Charles en l'honneur de son arrière-grand-père, Charles le Téméraire, et le titre de duc de Luxembourg, en mémoire de l'empereur Charles IV. Ses parrains lui offrent un casque d'argent et une épée à poignée d'or, ses marraines une patère et un gobelet garnis de pierres précieuses ; l'évêque de Tournai une Bible et le magistrat de Gand « un navire en argent avec tous ses agrès », symbole du commerce maritime des Pays-Bas. A la sortie de l'église, des écuyers jettent au peuple des médailles d'or et d'argent. Les révoltes de 1467 contre Charles le Téméraire et de 1477 contre Marie de Bourgogne sont oubliées ! Les fêtes du baptême présentent le tableau d'une société turbulente et inquiète, jamais rassasiée de spectacles, s'ébrouant à l'aube du xvie siècle.
Aucun prince n'eut en naissant plus belle perspective : par sa mère, Charles peut prétendre aux couronnes de Castille et d'Aragon, régner sur Naples et la Sicile ; par son père, recevoir l'héritage des maisons de Bourgogne et d'Autriche. Décrivant ses possessions, Michelet évoque « un chaos énorme de royaumes jeté dans son berceau » ; il voit en Charles l'adversaire des Etats nations en formation, de la France et de François ier 2. Mais, des territoires dont il héritera, Charles Quint fera un véritable empire, jetant les bases d'une organisation nouvelle de l'Europe, fondée sur l'idée dynastique. Ses ancêtres sont issus de presque tous les pays européens : Charles est « prince de races multiples (3 )».
Si l'on remonte à la sixième génération, il n'a pas trente-deux ascendants, comme c'est généralement le cas, mais vingt-quatre seulement : ses ancêtres se sont mariés plusieurs fois entre eux. Ainsi, le couple Jean de Portugal et Philippa de Lancastre figure trois fois dans la liste de ses ascendants ; deux autres couples, deux fois (1). Parmi ses vingt-quatre ascendants, quatorze sont d'origine ibérique, trois sont Français, deux sont Anglais. Les cinq autres sont Flamand, Italien, Polonais, Lituanien et Allemand. Un seul Allemand : Léopold de Habsbourg. Brandi, le grand historien moderne de Charles Quint, peut donc s'écrier : « Ce n'est pas un Habsbourg que cet enfant-là (2) ! » D'ailleurs, dans ses nombreuses lettres, Charles n'utilise jamais le terme de Habsbourg ; il évoque « notre maison » ou « notre sang » - celui de Bourgogne.
Cependant, du sang arabe et du sang juif coulent dans ses veines. Comme pour la plupart des Grands d'Espagne : huit siècles de luttes et de rapprochements entre Maures et Espagnols ont mêlé les sangs 3. L'Espagne médiévale, pays des trois religions - chrétienne, musulmane et juive -, a toujours constitué un pont entre l'Occident et l'Orient. Elle ne devient intolérante qu'à la fin du xve siècle, quand elle craint de se dissoudre : la frontière derrière laquelle elle s'est construite tombe avec la conquête de Grenade en 1492. Elle se fabrique alors « une frontière interne », en recréant inlassablement, sur son sol et dans son âme, l'ennemi qui lui fait défaut (4). Elle conquiert l'Amérique, se projette en Flandre et en Italie, devient la première puissance du monde. Qu'importe ! Elle s'enferme à la recherche de son identité dans un rêve impossible de pureté. Elle expulse les Arabes et les Juifs avec lesquels elle a vécu pendant des siècles.
Charles Quint est à la fois Espagnol et Bourguignon. Elevé comme un Bourguignon, il choisira de mourir en Espagne. Son dernier sceau montre les armes d'Espagne et de Bourgogne mêlées, comme une affirmation de ses racines. Empereur des deux mondes, son ambition tendra à conquérir le duché de ses ancêtres, à reconstituer l'héritage mutilé 1. Il désirera Dijon et n'aura pas Dijon.
Sa mère Jeanne d'Aragon a épousé Philippe de Habsbourg à Lierre le 20 octobre 1496. Jeanne a dix-sept ans, Philippe dix-huit ans. Elle est brune, ses yeux sont noirs, effilés en amande ; Philippe est blond, grand, vigoureux. Beaux l'un et l'autre, ils s'aiment dès le premier regard. Ils ne parlent pas la même langue, mais leurs yeux expriment leur désir : « Un chapelain doit les unir, en toute hâte, immédiatement 2 ! »
L'amour commande la vie de Jeanne d'Aragon. Depuis son mariage, rien d'autre ne compte pour elle que la présence de Philippe, la chaleur de Philippe dans ses bras. En huit ans, elle lui donne six enfants, qui tous vivront, parfois très vieux, et régneront sur presque toute l'Europe. Après Eléonore et Charles, Isabelle naît à Bruxelles le 27 juillet 1501 ; elle deviendra reine de Danemark. En novembre, Philippe et Jeanne quittent les Pays-Bas, laissant leurs enfants à la garde de Marguerite d'York. Ils gagnent l'Espagne où les Rois Catholiques les appellent : leur fils Juan est mort en octobre 1497, leur fille aînée Isabelle en septembre 1498 et Miguel, le fils de celle-ci, en juillet 1500. Jeanne devient héritière des royaumes de Castille et d'Aragon (1). A Alcalá de Henarés, le 10 mars 1503, elle met au monde Ferdinand, qui sera empereur d'Allemagne. Philippe, lui, a déjà regagné les Pays-Bas. Jeanne le rejoint au printemps 1504 : elle ne peut vivre sans lui ! Marie naît à Bruxelles le 15 septembre 1505 ; elle sera reine de Hongrie.
La reine Isabelle de Castille meurt à Medina del Campo le 17 novembre 1504 : Jeanne devient reine de Castille, de León et de Grenade. Elle doit rejoindre son royaume et, de nouveau, avec Philippe, quitte la Flandre. Les nouveaux rois débarquent à La Corogne le 26 avril 1506 pour apprendre que le père de Jeanne, le roi Ferdinand d'Aragon, vient de se remarier avec une princesse française, Germaine de Foix. Philippe entre en lutte contre son beau-père et le contraint à l'exil. A peine a-t-il pris les rênes du gouvernement, il meurt à Burgos le 25 septembre 1506 ! Il a dîné chez son ami Juan Manuel, essayé des chevaux, joué à la paume. Il a bu de l'eau glacée et pris froid : la fièvre se déclare dans la nuit et ne le quitte plus. A vingt-huit ans, il meurt d'une congestion pulmonaire. D'autres hypothèses se répandent : Philippe a-t-il été victime de la peste ? Empoisonné par son beau-père ?
Jeanne sombre dans le désespoir et la folie. A la Toussaint, puis à Noël, elle fait ouvrir le cercueil de son mari, contemple longuement le corps embaumé. Elle prend avec ce dernier la route de Grenade. En chemin, à Torquemada, elle met au monde le 14 janvier 1507 son sixième enfant, Catherine, qui sera reine de Portugal. Elle fait ouvrir le cercueil une troisième et une quatrième fois. Plus rien ne l'intéresse : elle vit murée avec le souvenir de Philippe. Elle est la reine Jeanne, que décrit Montherlant dans Le Cardinal d'Espagne : « Je suis morte de chagrin le jour que mon époux est mort. »
De retour d'exil, son père a repris le pouvoir et l'enferme dans le château de Tordesillas, où elle finira sa vie. L'Espagne est unifiée, l'Amérique découverte, Jeanne est la reine la plus puissante du monde - et elle ne le sait pas ! Philippe la délaissait, la trompait : qu'importe ! Il voulait lui arracher le pouvoir : qu'importe encore ! Elle l'aimera jusqu'à son dernier souffle. Dans Le Cardinal d'Espagne, elle explique au cardinal de Cisneros, qui dirige le gouvernement : « Il y a le monde de ceux qui aiment et le monde de ceux qui n'aiment pas. Je suis du monde de ceux qui aiment, et ne suis même que de ce monde-là. » Elle évoque ses nuits avec Philippe : « Sa poitrine était comme les montagnes. Ses jambes étaient les racines quand elles s'étendent au pied des arbres (1)… »
Est-elle folle ? Les Cortes se refusent à la reconnaître comme telle, à prendre parti dans la lutte pour le pouvoir qui déchire l'Espagne 2. Charles ira rendre visite à sa mère à chaque étape de son règne, sans comprendre cette passion de l'amour qui l'a détruite. Dans l'ombre, Jeanne demeure couchée sur le souvenir de celui qu'elle aime, affirmant un mépris sans borne de la réalité.
Quand Philippe meurt en 1506, les Etats généraux des Pays-Bas confient la tutelle de ses enfants à leur grand-père Maximilien, qui désigne sa fille, Marguerite de Savoie, pour élever Charles et ses sœurs : Marguerite s'installe à Malines le 7 juillet 1507 (3).
Charles a sept ans. Comme tous les enfants de son âge, il a été élevé par des femmes : Anne de Beaumont a été sa gouvernante et Barbe Servels, sa nourrice. Quand cette dernière mourra en 1554, il la fera inhumer dans le chœur de la cathédrale Sainte-Gudule de Bruxelles. Henri de Wittem a été son premier gouverneur : membre d'une des plus vieilles familles de Brabant, il est fidèle jusqu'à l'os à la maison de Bourgogne. En 1506, Charles de Croy, prince de Chimay, le remplace, mais il ne s'entend pas avec Marguerite de Savoie et doit se retirer en mars 1509. Pour lui succéder, il propose à l'empereur son neveu, Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres (1).
Charles a plusieurs « maîtres d'école »: Jean de Anchiata jusqu'en 1505, Luis Vacca jusqu'en 1513, Luis Vives et, enfin, Adrien Floriszoon, qui deviendra pape 2. Adrien est doyen de l'église Saint-Pierre d'Utrecht ; c'est « un homme modeste, simple, aux mœurs austères ». « Un saint homme », écrit La Mota à Cisneros. Peut-être ! Mais il ne dédaigne pas les bénéfices ecclésiastiques, qu'il cumule à Louvain, Anvers, Utrecht et Anderlecht - et qui ne lui suffisent pas : en septembre 1515, il sollicite de Marguerite de Savoie de nouveaux bénéfices en Castille ! Mais sa foi est « profonde et mystique »: il exerce sur Charles une influence déterminante (3).
Autour du futur empereur, se constitue un cercle de familiers et de fidèles, qui se maintiendra tout au long du règne. Charles a besoin de repères : il ne change pas les hommes qui forment son équipe. Quand il a accordé sa confiance, il la retire difficilement.
Pour ses sœurs et lui-même, Marguerite de Savoie devient la « bonne mère ». Les enfants habitent la résidence des ducs de Bourgogne ; de l'autre côté de la rue, Marguerite bâtit un hôtel de style Renaissance, qu'elle emplit d'œuvres d'art et de livres précieux. Charles découvre un monde de fêtes, d'excursions, d'affection, dans une atmosphère sans contrainte. Marguerite lui apprend le chant, le met au clavecin, l'initie à l'art 1. Régulièrement, elle rend compte à son père Maximilien des progrès de l'éducation des enfants, des difficultés rencontrées, des maladies survenues. Maximilien répond à ses lettres dans un français incertain et savoureux. Lorsque la peste se déclare à Malines, il demande que Marguerite éloigne les enfants 2. Ceux-ci ne doivent pas oublier d'écrire en Espagne à leur grand-père Ferdinand. Maximilien recommande d'écarter un médecin, qui lui paraît douteux, de changer le capitaine des gardes, qui remplit mal ses fonctions : il se révèle dans ses lettres un grand-père attentif. Il entretient avec Marguerite la correspondance la plus familière et la plus débridée du xvie siècle.
Quand elle reçoit la charge du gouvernement des Pays-Bas, Marguerite a vingt-sept ans et sa vie, déjà, est un roman 3. A deux ans, elle a été fiancée à Charles, fils aîné de Louis XI, et élevée comme une reine à Amboise. Mais Charles épouse Anne de Bretagne et Marguerite, écartée, doit rejoindre les Pays-Bas ! Pour peu de temps : en janvier 1495, son père la marie une deuxième fois à Juan d'Espagne, fils des Rois Catholiques, qui a son âge. La flotte, qui a conduit en Flandre sa belle-sœur Jeanne, l'emmène au retour en Espagne : elle épouse Juan à Burgos le 3 avril 1497. Les deux mariages de Philippe et de Jeanne, de Juan et de Marguerite fondent l'entente austro-espagnole : Marguerite est appelée à régner sur l'Espagne, Philippe sur les Pays-Bas.
Juan aime follement Marguerite ; les jeunes époux ne quittent pas leur chambre : six mois d'une union passionnée ! Juan est de santé fragile, sans doute tuberculeux. Ses médecins s'inquiètent. La reine Isabelle refuse d'intervenir tant que Marguerite n'est pas enceinte. Juan meurt d'épuisement à Salamanque le 4 octobre 1497. Marguerite ne sera pas plus reine de Castille qu'elle n'a été reine de France.
Veuve à dix-sept ans, elle prend à nouveau la route des Pays-Bas : elle arrive tout juste à Gand, en mars 1500, pour le baptême de Charles, dont elle est la marraine. Son père ne lui laisse aucun répit et la marie, en septembre 1501, au duc de Savoie : Marguerite, par Reims, Troyes et Dijon, gagne le prieuré de Romainmôtier dans le Jura, où elle épouse le 2 décembre 1501 Philibert de Savoie, considéré comme le plus bel homme de son temps. Philibert a son âge ; il est fort, vigoureux, sensuel. De nouveau, Marguerite connaît l'amour fou. Dans la journée, Philibert chasse et elle s'initie aux joies du gouvernement : la voici heureuse, apaisée. Mais, le 10 septembre 1504, Philibert meurt brusquement au retour d'une chasse. Marguerite est veuve à nouveau. Son père voudrait qu'elle épouse le roi d'Angleterre ! Elle refuse et, en octobre 1506, rejoint les Pays-Bas, qu'elle ne quittera plus. L'art et la politique vont, désormais, occuper sa vie (1).
Elle amène à Malines ses principaux conseillers : Mercurino de Gattinara, Laurent de Gorrevod, Jean de Marnix, Louis Barangier. Dans le gouvernement qu'elle nomme, elle les mêle aux représentants des vieilles familles des Pays-Bas et constitue ainsi la meilleure équipe ministérielle du xvie siècle.
Toute la Cour de Bourgogne est réunie autour d'elle le 19 juillet 1507 à Malines, dans l'église Saint-Rombaut, pour les obsèques de Philippe le Beau (1). Au premier rang, Charles, l'héritier des ducs de Bourgogne, porte un manteau et un chaperon noirs. A l'offertoire, les chevaux de parade de son père sont conduits devant l'autel, couverts de housses de soie, l'une aux armes de Bourgogne, l'autre aux armes de Castille. Des chevaliers de la Toison d'or les suivent avec l'étendard, l'écu, l'épée du roi défunt. Le roi d'armes s'écrie par trois fois : « Le roi est mort ! » Puis il appelle : « Monseigneur Charles, archiduc d'Autriche. » Charles se lève. Le roi d'armes : « Monseigneur est en vie ! Vive Monseigneur ! » Charles saisit l'épée de justice : à sept ans, il est duc de Bourgogne, souverain des Pays-Bas (2).
Guillaume de Chièvres lui apprend la politique. D'une manière personnelle, très directe : jour après jour, il analyse, commente pour Charles les rapports des gouverneurs, les dépêches des ambassadeurs. Michelet imagine la scène : « Regardez à la lampe cet enfant pâle en velours noir 3 ! » Charles n'a pas douze ans et Martin du Bellay s'étonne de l'éducation qu'il reçoit : « Mon cousin, lui répond Chièvres, je suis tuteur et curateur de sa jeunesse. Je veux, quand je mourrai, qu'il demeure en liberté. S'il ne connaît pas ses affaires, il lui faudra un autre tuteur. Celui qui n'est pas nourri au travail, doit se reposer sur autrui 4. » Charles est nourri au travail. Chièvres lui inculque le souci du détail, qui deviendra pour l'empereur un mode de gouvernement : ne pas tout regarder mais, dans ce que l'on évoque, rechercher le détail et juger l'ensemble sur les imperfections du détail.
Chièvres appartient à la famille des Croy, qui a dirigé le « parti français » sous Philippe le Bon, et que Charles le Téméraire a toujours combattue : il tenait les Croy pour responsables de l'abandon par son père des villes de la Somme 1. Antoine de Croy, le frère aîné, a été le compagnon d'enfance de Philippe le Bon, qui l'a nommé premier chambellan ; Jean, le cadet, a été bailli du Hainaut. Tous deux, intelligents, entreprenants, ont le goût du pouvoir et l'amour de l'argent. Le fils d'Antoine a épousé Jacqueline de Luxembourg, fille du connétable de Saint-Pol. Trois fils sont nés de cette union : un seul, Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres, a survécu.
Gourmand de pouvoir et d'argent, Chièvres a le sens de l'Etat et des idées claires. Prudent et perspicace, il est de comportement radical, contournant les obstacles qui se présentent sur sa route.
Il construit à Malines un superbe hôtel proche de celui des enfants de Bourgogne et aménage à Héverlé - non loin de Louvain - un domaine de chasse, qui a appartenu au chancelier Rolin. A neuf ans, Charles découvre Héverlé ; il aime le cheval, la chasse, les grands espaces. Le château devient sa résidence favorite, qu'il occupe plusieurs mois par an. Dans les bois, il part seul à la poursuite d'un cerf ou d'un sanglier. Maximilien écrit à Marguerite : « Nous sommes bien joyeux que Charles prenne tant de plaisir à la chasse. Il prouve ainsi qu'il n'est pas un bâtard (2 )! » Charles tire tous les gibiers, à l'arc, l'arbalète, l'arquebuse. Parfois, il est maladroit : il tue un homme le lundi de Pentecôte 1513. Marguerite l'excuse : c'est « un accident de fortune », écrit-elle à son père, et la victime était un « ivrogne 3 » ! Charles a le goût de la lutte et, déjà, du pouvoir. Il divise ses pages en deux camps, les Chrétiens et les Turcs : les premiers, qu'il commande, gagnent toujours. Pour consoler les seconds, il offre à leur chef un chapeau à ganse d'or (1).
Chièvres explique à Charles la fragilité de la position des Pays-Bas, la nécessité pour eux d'une entente avec la France et l'Angleterre. Il veut éviter un conflit avec Louis XII, que les Pays-Bas n'ont pas - pas encore - les moyens de conduire. Dans l'entourage de Charles, sa tante Marguerite est d'un avis différent : à un accord avec la France, elle préfère une alliance avec l'Angleterre.
Marguerite de Savoie participe, en octobre 1511, à la création de la Sainte ligue et, en avril 1513, à celle de la ligue de Malines : l'une et l'autre contre la France, avec les rois d'Angleterre et d'Aragon. Pour complaire au roi Ferdinand - qui a été son beau-père - Marguerite fait arrêter, en janvier 1513, Juan Manuel, qui dirige à Bruxelles le clan des émigrés castillans. Avec l'accord de Maximilien, Juan Manuel est emprisonné au château de Vilvorde. Les chevaliers de la Toison d'or s'indignent : Juan Manuel est membre de l'Ordre ! Il ne peut être incarcéré sans leur consentement. Chièvres, qui est aussi chevalier de la Toison d'or, les soutient. Devant Charles, qui n'a pas treize ans, Marguerite se cabre : « Si j'étais un homme et non une femme, je me ferais bonne bouche des statuts de votre ordre ! » Juan Manuel est libéré, mais assigné à résidence en Autriche. Plus tard, il servira fidèlement l'empereur et deviendra l'un de ses meilleurs ambassadeurs (2).
Mettant en œuvre l'engagement pris à Malines, le roi d'Angleterre, Henri VIII, débarque à Calais, marche sur Thérouanne. Aussitôt, Maximilien se met à son service, fixe le montant de son salaire : cent écus d'or par jour 1 ! C'est énorme et dérisoire à la fois : pour combattre les Français, « les ennemis héréditaires de notre maison de Bourgogne », il devient le premier empereur stipendié de l'Histoire ! Avec ses mercenaires allemands, il remporte le 16 août 1513 la victoire de Guinegate, la seconde qu'il gagne contre des troupes françaises dans cette ville. Henri VIII prend Tournai mais, à court d'argent, ne peut payer ses soldats : il arrête la guerre.
Le jeune duc de Bourgogne participe à sa première conférence internationale. Dans une ambiance de kermesse flamande, il reçoit, offre des dîners en l'honneur de l'empereur, son grand-père, et du roi d'Angleterre (2). L'accord, esquissé à Tournai, est conclu à Lille le 15 octobre 1513 : Charles épousera Marie, sœur du roi d'Angleterre, et trois « protecteurs » veilleront sur lui - ses deux grands-pères et Henri VIII.
Cependant, la ligue de Malines se disloque : Marie n'épouse pas Charles, mais Louis XII vieillissant. L'alliance entre la France et l'Angleterre, que ce mariage scelle, prend les Pays-Bas en tenailles : le temps des épreuves est venu. L'hiver est rigoureux, la peste menace, le peuple gronde…
Marguerite écrit à son père le 24 février 1514 : « Pour Dieu, Monseigneur ! Ne vous laissez pas abuser ! Entre le roi catholique et la France, il y a de grandes montagnes ; entre la France et l'Angleterre, la mer. Mais, entre les Pays-Bas et la France, il n'y a pas de séparation. Et vous savez l'inimitié invétérée que les Français portent à notre maison (3) ! »
Rien n'y fait. Maximilien la tient à l'écart des négociations qu'il conduit personnellement, mariant ses petites-filles, Marie - qui a huit ans seulement - avec le roi de Hongrie et Isabelle avec le roi de Danemark.
En juin 1514, pour les noces d'Isabelle, Charles danse une partie de la nuit et tombe malade. Les médecins - et les astrologues - ne lui donnent pas deux ans à vivre ! Il est froid, taciturne ; il demeure souvent « immobile comme une idole », ailleurs, dans ses rêves 1. Bernhard Strigel peint la famille de Habsbourg réunie autour de Maximilien : Charles a le regard terne, des yeux sans expression, la bouche ouverte. Les deux mâchoires n'arrivent pas à se joindre. Plus tard, la barbe dissimulera cette tare héréditaire, si visible, si frappante, que tous les peintres en exagéreront la laideur. Cette « lèvre autrichienne », comme l'appelle Brantôme, vient des Valois et non des Habsbourg. Brantôme raconte l'anecdote de la sœur aînée de Charles, la reine Eléonore, qui fait ouvrir à Dijon les cercueils des ducs inhumés dans la chartreuse de Champmol. Elle contemple les squelettes, dont certains sont « si bien conservés et entiers » qu'elle peut les reconnaître : « Ah ! Je pensais que nous tenions nos bouches de ceux d'Autriche, mais, à ce que je vois, nous les tenons de Marie de Bourgogne et des ducs de Bourgogne, nos aïeux (2) ! »
De cette fragilité de naissance, Charles triomphe par une énergie que personne ne prévoit, si ce n'est Chièvres - qui lui fait prendre confiance en lui. Chièvres ne le quitte pas, dort dans sa chambre, calme ses frayeurs d'enfant. Il l'aide à affirmer sa personnalité.
En 1514, l'empereur manifeste l'intention de partir en croisade et souhaite que son petit-fils l'accompagne. N'ayant pas les moyens de financer une telle expédition, il s'adresse aux Etats généraux des Pays-Bas, leur demande de voter des crédits pour le voyage de Charles, le mariage d'Isabelle, le recrutement de soldats… Pour faire bon compte, il ajoute cinq cent mille florins afin d'apurer ses dettes personnelles ! Tout cela ne paraît guère sérieux : l'empereur ferait mieux, répondent les députés des Etats, d'émanciper son petit-fils et de lui remettre le gouvernement des Pays-Bas. S'il prenait cette décision, pour le « récompenser de ses peines », ils lui remettraient cent mille florins.
Maximilien accepte. En son nom, le 5 janvier 1515, Marguerite de Savoie procède à l'émancipation de Charles dans les conditions souhaitées par les Etats généraux. La cérémonie se déroule à Bruxelles, dans le palais des ducs de Brabant, trente-huit ans - jour pour jour - après la bataille de Nancy, au cours de laquelle périt Charles le Téméraire (1).
Le futur empereur n'a pas quinze ans et, déjà, il exerce tous les droits de la souveraineté - ou plutôt Chièvres les exerce pour lui. Le 17 janvier, Jean Le Sauvage est nommé grand chancelier et un nouveau gouvernement est constitué : il comprend quatre représentants de la famille de Croy… Chièvres, écrit l'évêque de Badajoz au cardinal de Cisneros, est « le personnage par la main duquel tout se fait ici (2) ».
Tout au long de l'année 1515, Charles prend possession de ses « bonnes villes »: Louvain et Bruxelles en janvier, Malines, Anvers et Gand en février, Bruges en avril, Delft, Harlem et Amsterdam en juin. Toutes ces réceptions le fatiguent : il rentre se reposer à Bruxelles et Héverlé. Lorsqu'il reprend sa route à l'automne, il est reçu à Mons et Namur (3).
Le roi Ferdinand, son grand-père maternel, meurt à Madrigalejo le 23 janvier 1516 : Charles devient roi d'Aragon. Dans son testament, Ferdinand l'a désigné comme régent pour la Castille. Charles ne peut être davantage, puisque Jeanne vit encore et qu'elle est, officiellement, reine de Castille : Charles ne peut donc exercer le pouvoir qu'au nom de sa mère. Mais Chièvres et Le Sauvage veulent pour lui - tout de suite - la couronne de Castille ! C'est impossible, indique de Valladolid le cardinal de Cisneros. La déchéance de la reine n'a pas été constatée : Charles ne peut être proclamé roi. Cisneros n'est pas entendu.
Le 14 mars, les obsèques du roi Ferdinand sont célébrées à Bruxelles dans l'église Sainte-Gudule. Avec le cérémonial utilisé pour la mort de Philippe le Beau. Michel de Pavye, doyen de Cambrai, prononce l'oraison funèbre :
« Tous entrent dans cette danse macabre, princes et rois, telle est la loi inexorable de notre existence. Les sceptres et les couronnes sont pulvérisés. N'oublions pas, n'oublions jamais le sort qui menace ainsi nos joies et nos fêtes, qui les change en larmes et en plaintes (1). »
Comme nous, les hommes de la fin du Moyen Age sont dominés par la peur de la mort. Ils n'avancent pas vers leur mort, ils vivent avec leur mort.
Devant Pavye, Charles se tient à genoux, en vêtements de deuil. Le roi d'armes appelle à haute voix : « Don Ferdinand » et, trois fois, il reçoit la réponse : « Il est mort. » L'étendard royal d'Aragon est jeté à terre. Le héraut encore : « Vivent doña Juana et don Carlos, les Rois Catholiques ! » Charles quitte son manteau de deuil, monte sur les marches de l'autel, prend l'épée des mains de l'évêque de Badajoz. Une immense acclamation retentit : le voici roi d'Aragon et de Castille, appelé à régner conjointement avec sa mère.
La cérémonie est ressentie en Castille comme « un véritable coup d'Etat (1) ». Placé devant le fait accompli, le cardinal de Cisneros s'incline. Deux gouvernements vont désormais se disputer le pouvoir, l'un à Valladolid, l'autre à Bruxelles.
Francisco Ximenez de Cisneros tient la Castille, comme il l'a déjà portée après la mort de Philippe le Beau (2). Il appartient à l'ordre de Saint-François ; sous sa pourpre, il porte une robe de bure. La bure dément la pourpre : « C'est le démenti que l'être de sagesse doit porter sans cesse en soi. » Cisneros méprise l'argent, au contraire de Chièvres, mais non le pouvoir. Il montre à tous son cordon de franciscain : « une corde pour attirer à soi les dignités, et pour étrangler ses ennemis », écrit Montherlant (3). Le goût du pouvoir et de l'austérité. Charles lui ressemble, bien qu'il ne l'ait jamais rencontré. Les deux hommes partagent la même idée abrupte du monde, éprouvent la même tentation de la retraite. L'un et l'autre sont mystiques et possèdent de grandes ressources d'insensibilité.
Les décisions de Cisneros sont désavouées par Bruxelles : les candidats aux offices publics s'adressent directement à Chièvres, qui vend les charges au plus offrant. La dualité du pouvoir paralyse l'Etat et nourrit la crise. Les rivalités de clans surgissent à nouveau, l'insécurité grandit dans les campagnes de Castille. Le Conseil royal supplie le roi de venir prendre ses fonctions ; à Valladolid, on murmure que Charles ne quittera pas les Pays-Bas. Les Cortes envisagent même de se substituer au pouvoir royal défaillant (4).
 
 
1. « Ce cabinet fort étroit servait de latrines » (Alexandre Henne, Histoire du règne de Charles Quint en Belgique, tome I, p. 22).
1. Pour déterminer l'heure de naissance de Charles Quint, je me suis référé à Gerhard Dohrn van Rossum, L'histoire de l'heure, l'horlogerie et l'organisation moderne du temps.
2. C'est l'indication que donne Alexandre Henne dans son Histoire du règne de Charles Quint : quatre heures du matin (tome I, p. 23).
3. Jean Molinet, Chroniques, tome V, p. 124.
1. Eléonore est née à Bruxelles le 30 novembre 1498.
2. Michelet, Renaissance et Réforme : histoire de France au xvie siècle, p. 185.
3. Philippe Erlanger, Charles Quint, p. 27.
1. Royall Tyler, L'empereur Charles Quint, p. 6.
2. Karl Brandi, Charles Quint, p. 35.
3. Au xe siècle, le roi Ramiro d'Aragon a un fils de la sœur d'un roi maure. Au xve siècle, Alphonse V est appelé « Adfunch-Ibn-Barbariya », c'est-à-dire le fils de la femme berbère. Dans son Nobiliario imprimé en 1640, Pedro de Barcelos, fondateur de la généalogie espagnole, mentionne aussi, parmi les ancêtres de Charles Quint, un collecteur d'impôts d'origine juive, Ruy Capon, dont la fille épousa Gonzalo Paez de Tavera.
4. Pierre Chaunu, L'Espagne de Charles Quint, tome II, p. 363.
1. Bertrand Schnerb vient de consacrer un beau livre à l'Etat bourguignon, dont le souvenir berça l'enfance de Charles Quint. « L'Etat bourguignon, écrit-il, a bien existé aux xive et xve siècles. » Démembré à la mort du Téméraire, il subsiste encore au début du xvie siècle (Bertrand Schnerb, L'Etat bourguignon, p. 8).
2. Peter Lahnstein, Dans les pas de Charles Quint, p. 36.
1. Joseph Pérez, Isabelle et Ferdinand, rois catholiques d'Espagne, p. 301. Vicente de Cadenas y Vicent, Diario del emperador Carlos V, p. 52.
1. Henri de Montherlant, Le Cardinal d'Espagne, acte II, scène III.
2. Joseph Pérez, La révolution des Comunidades de Castille, p. 81.
3. Malines, située entre Bruxelles et Anvers, a été, sous les ducs de Bourgogne, la capitale administrative et judiciaire des Pays-Bas. Charles le Téméraire y créa en 1473 le Grand Conseil et sa veuve, Marguerite d'York, y résida jusqu'à sa mort.
1. G. Dansaert, Guillaume de Croy-Chièvres, dit Le Sage, p. 93.
2. Adrien Floriszoon est né en 1459 dans une vieille famille d'Utrecht tombée dans la misère. Son père est manœuvre selon les uns, brasseur selon les autres. Sa mère est lavandière.
3. Karl Brandi, Charles Quint, p. 40.
1. Alexandre Henne, Histoire du règne de Charles Quint en Belgique, tome II, p. 82. Charles Quint « s'exerce assidûment sur le clavicordium » sous la conduite d'un grand organiste flamand, Henri Bredemers (Edmond Vander Straeten, Les musiciens néerlandais en Espagne, p. 199). Il joue aussi de la viole.
2. André Le Glay, Correspondance de l'empereur Maximilien Ier et de Marguerite d'Autriche, tome I, Lettre d'Innsbruck du 20 septembre 1507, p. 12-13.
3. Elle est née à Bruxelles le 10 janvier 1480.
1. M. Bruchet et E. Lancien, L'itinéraire de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas.
1. Philippe a souhaité que son corps soit inhumé à Grenade, mais que son cœur soit déposé à Bruges, à côté du tombeau de sa mère.
2. Alexandre Henne, Histoire du règne de Charles Quint en Belgique, tome I, p. 140-142.
3. Michelet, Renaissance et Réforme : histoire de France au xvie siècle, p. 188.
4. Alexandre Henne, Histoire du règne de Charles Quint, tome II, p. 86.
1. Jean-Pierre Soisson, Charles le Téméraire, p. 133-134.
2. Lettre d'Augsbourg de février 1509 publiée par Le Glay, Correspondance, tome I, p. 241-242.
3. Lettre de mai 1513 publiée par Le Glay, Correspondance, tome II, p. 155-156.
1. Alexandre Henne, Histoire du règne de Charles Quint, tome II, p. 82.
2. Ambassadeur à Rome, il sera l'artisan du rapprochement entre Charles Quint et Clément VII.
1. Alexandre Henne, Histoire du règne de Charles Quint, tome II, p. 12.
2. Louis-Prosper Gachard, Itinéraire de Charles Quint, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, tome II, p. 10.
3. Alexandre Henne, Histoire du règne de Charles Quint, tome II, p. 49.
1. Charles Terlinden, Charles Quint, empereur des Deux Mondes, p. 28.
2. Brantôme, Recueil des Dames, La Pléiade, tome II, p. 509-510.
1. Sa description introduit le journal que Jean de Vandenesse a consacré à la vie de Charles Quint (Voyages des souverains des Pays-Bas, tome II).
2. Alexandre Henne, Histoire du règne de Charles Quint, tome II, p. 97.
3. Louis-Prosper Gachard a publié le récit de ses « joyeuses entrées » (Voyages des souverains des Pays-Bas, tome II, p. 519-558).
1. Joseph Pérez, La révolution des Comunidades de Castille, p. 84.
2. Ximenez est le patronyme du cardinal, Cisneros son nom de terre. Jusqu'au xixe siècle, on ne l'a appelé que Ximenez. Aujourd'hui, les Espagnols ne l'appellent que Cisneros.
3. Montherlant, Le Cardinal d'Espagne, acte I, scène I.
4. Joseph Pérez, La révolution des Comunidades de Castille, p. 112.
1. Georges Minois, Henri VIII, p. 137.
1. Louis-Prosper Gachard et Charles Piot, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, tome III, Premier voyage de Charles Quint en Espagne, par Laurent Vital. 
1. Karl Brandi, Charles Quint, p. 54.



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