Premiers chapitres


SHAN SA

Les quatre vies du saule
roman
Shan Sa est née à Pékin en 1972. Après avoir écrit dans sa langue une œuvre poétique, elle quitte en 1990 Pékin pour Paris et le chinois pour la langue française. En 1997, Porte de la Paix céleste (éditions du Rocher), reçoit la bourse Goncourt du Premier Roman.


 
 
n l'an 1430, le bateau d'un riche commerçant de tissus jeta l'ancre dans l'estuaire du lac de Dongting, face au pavillon de la Lune. Pendant que le propriétaire recevait des négociants à bord, Chong Yang, son fils unique, accompagné du précepteur et de deux valets, prit un esquif et gagna la ville de Yue Yang.
Le garçon n'avait que six ans. Il connaissait déjà par cœur plusieurs centaines de vers anciens et venait méditer sur les lieux fréquentés par les poètes de jadis.
Dans les rues, de nombreux passants se retournaient sur la beauté de son visage et la rutilance de son habit. Le garçon marchait sous les regards étonnés avec l'assurance d'un adulte.
Au pied du pavillon de la Lune, un moine taoïste loqueteux et sans âge l'arrêta. Chong Yang ordonna qu'on lui fît l'aumône. Le vieillard lui prédit des rencontres inouïes, la célébrité, une immense fortune. « Mais, ajouta-t-il, ce ne sont là que songes et poussières. » Sans prendre l'argent qu'on lui tendait, il poussa un soupir et se dirigea vers le lac en secouant la tête. Bientôt, le gris de sa robe se fondit dans le scintillement des eaux, puis il disparut comme absorbé par les flots.
Le lendemain, un dignitaire invita le père et le fils à déjeuner. Pour faire un cadeau à l'enfant, il fit défiler devant ses yeux sur des plateaux recouverts de velours des lingots d'or, des manuscrits rares, des instruments de musique, des jouets automatiques venus d'outre-mer. Chong Yang, agrippé à sa chaise, baissant la tête, se refusa à choisir un présent. On le pressa. Un silence se fit. Le père se força à sourire et plaisanta sur la timidité de son fils. Mais il le gronda à voix basse, lui disant combien sa conduite était impertinente. Les joues de Chong Yang se colorèrent de pourpre ; d'une voix sourde, il répliqua que tout lui était indifférent. Le dignitaire considéra la réponse du garçon comme une insulte et se fâcha. Le père de Chong Yang se confondit en excuses. On chuchota.
Tête basse, le garçon se leva et sortit. On le suivit. Il se rendit près d'un étang, où un saule pleureur caressait la surface des eaux de son feuillage magnifique. Dressé sur la pointe des pieds, il en coupa deux longues branches et les serra dans ses bras.
« Voici mon cadeau », murmura-t-il. Intimidé par les rires, il se sauva.
Le père et le fils rentrèrent à la maison par le fleuve Bleu. Chong Yang ne pouvait quitter des yeux les deux branches. Placées dans un vase de porcelaine, elles ondulaient au gré des vagues. A peine arrivé, il se hâta de les planter sous sa fenêtre. Son comportement amusa toute la maison. On lui disait qu'elles ne survivraient pas. Le garçon semblait ne rien entendre. Il les arrosait tous les jours et les admirait avec passion. Les deux branches prirent racine, de nouvelles feuilles poussèrent. En peu d'années, elles atteignirent une belle taille, traînant jusqu'à terre leur chevelure épaisse.
 
Lors d'une tempête, les bateaux emportant les marchandises du père de Chong Yang firent naufrage sur le fleuve Bleu. Puis un été froid et pluvieux fit baisser le prix du tissu de lin dans lequel le négociant avait investi. La famille se ruina. Pour fuir les créanciers, elle s'installa dans une province reculée. Le garçon, qui avait douze ans, fut arraché à ses saules. Il pleura.
Il avait dix-huit ans quand ses parents moururent. Chong Yang mena une vie solitaire au flanc d'une montagne sauvage. Le soir, il préparait l'examen impérial, son seul espoir de sortir de la misère. Pendant la journée, dans un petit village, il faisait le scribe, donnait des leçons aux enfants et gagnait ainsi un peu d'argent.
Un jour, ayant terminé sa tâche, il remonta chez lui. Le printemps touchait à sa fin, les fleurs mortes jonchaient le pâle sentier qui se perdait, en zigzaguant, dans la forêt de bambous. Le couchant voltigeait en papillons dorés. Le chant des oiseaux se mêlait au jaillissement des cascades. Emu par le paysage, Chong Yang déplora la fugacité de la beauté et l'inconstance du monde. Il soupira et improvisa un poème :
« Je monte le sentier solitaire
Les derniers rayons du crépuscule fuient versl'Ouest
en emportant la couleur pourpre de l'Univers
Les oiseaux chantent en couple dans les feuillages sombres
Leur gaieté blesse mon cœur orphelin. »
Un bruit de trot tira Chong Yang de sa rêverie. Il se retourna. Un adolescent, vêtu d'une tunique verte, monté sur un cheval persan, sauta à terre et lui adressa un salut respectueux.
« Je m'appelle Qing Yi, dit-il. Je viens de la province de Zhejiang. Passant tout à l'heure par le village d'en bas, j'ai appris que quelqu'un de mon pays habitait au flanc de cette montagne. Alors je me suis mis à sa recherche. L'inquiétude de ne pas pouvoir le rencontrer m'oppressait. J'ai pensé au poème de Jia Dao1 - " Il est dans cette montagne, parmi les nuages épars, nul ne peut le retrouver " - et vous voici ! »
Le doux accent de la province de Zhejiang fit tressaillir Chong Yang. Il s'empressa de répondre : « Déraciné à l'âge de douze ans, jamais je n'ai pu revoir le sol natal. Si vous daigniez venir dans mon humble demeure, je serais heureux de vous offrir du thé clair et d'entendre les nouvelles de mon pays. »
L'étranger accepta l'invitation avec joie. Il prit son cheval par la bride et suivit Chong Yang. Après un long moment de marche, en remontant un ruisseau, ils arrivèrent devant une chaumière. Chong Yang entra, alluma le fourneau et fit bouillir de l'eau. Il offrit à son hôte du thé vert dans une tasse en porcelaine de Jingde2, d'une minceur presque transparente, un des rares objets sauvés de la déconfiture familiale.
Chong Yang se versa du thé dans un bol de terre cuite, évoqua la province de Zhejiang et ses paysages fameux. Il parla des rues bruyantes où, envoûtés par le parfum des fleurs de jasmin, les vendeurs de soupe de raviolis, les rémouleurs, les coiffeurs, les vitriers circulaient comme des somnambules.
Ses yeux se perdirent dans le vague. Sa famille possédait plusieurs carrosses. Le sien était le plus beau et roulait avec fierté, comme s'il transportait un octogénaire. Au printemps, les nuits de pleine lune, on s'embarquait sur un grand bateau peint et on dînait sur le lac de l'Ouest. Il y avait des mets exquis et des fruits exotiques entassés dans des assiettes de jade. Sur la proue, un joueur tourmentait sa flûte. Les azalées flamboyaient le long de la rive, dans le silence, et le reflet de la lune se brisant sous la rame fuyait dans l'eau noire comme un serpent argenté.
Chong Yang essuya ses larmes discrètement et demanda si l'étranger connaissait son ancienne demeure qui se trouvait dans l'avenue centrale de la ville.
« Bien sûr, répondit-il. Elle est peu à peu tombée en ruine et personne n'a voulu l'acheter. Seuls deux saules pleureurs au feuillage touffu témoignent de la prospérité de jadis.
- Les saules ! s'exclama Chong Yang qui les avait oubliés depuis longtemps. Ah, mes caprices d'enfant ! »
Ému, il se leva et alla chercher une bouteille d'alcool de riz pour trinquer avec son invité.
La conversation était si animée que le temps s'estompa. L'ombre des bambous, déplacée par le clair de lune, rampait lentement sur les murs, entre les fissures. Chong Yang invita son hôte à passer la nuit et Qing Yi resta deux jours.
Au troisième matin, il annonça à son hôte : « Je pars. Ne me retenez pas. Je reviendrai ! »
Il sauta sur son cheval et disparut dans la forêt.
Chong Yang attendait son retour impatiemment. Il avait enfin trouvé un ami avec qui il pouvait discuter arts, philosophie, littérature. Mais Qing Yi tardait à réapparaître et Chong Yang perdait espoir. Trois mois plus tard, un soir, il faisait chauffer de l'eau pour préparer du thé, quand quelqu'un poussa la porte en riant : « J'ai soif ! Offrez-moi une tasse de thé clair. »
Qing Yi se mit à la table et parla à Chong Yang comme s'il l'avait quitté la veille. Le visage poussiéreux, le bas de sa tunique taché de boue, il semblait avoir traversé un pays où le fleuve tord la terre de douleur.
Il l'abandonna trois jours plus tard, revint, pour un nouveau départ aussi imprévisible. Ses visites se multiplièrent. Chong Yang, recevant les nouvelles de l'extérieur, supportait mieux sa solitude.
Le regard de Qing Yi était pénétrant comme celui d'un adulte, parfois voilé d'une étrange mélancolie. Chong Yang l'imaginait nostalgique de reconnaissance sociale. Pour lui permettre de prendre sa revanche, il l'incita à passer l'examen impérial. Mais Qing Yi répondit : « Il y a deux genres de vie différents sur terre : l'un fait penser à la rivière courant vers la mer, l'autre au nuage vagabond qui n'a point de direction. Ne me parlez plus de carrière ni de reconnaissance sociale. Ces jougs me sont insupportables. »
Puis, il se moqua : « Mon bonheur s'appelle l'oisiveté :
" Ce qu'il y a dans la montagne ?
Par-delà les cols de nuages blancs...
Je ne puis qu'en jouir tout seul
Et ne saurais vous le dire3. " »
Un soir, Chong Yang jouait de la cithare à l'ombre des bambous. Lorsqu'il eut terminé, Qing Yi lui demanda si cet air, imprégné de tristesse et de regret, ne se référait pas au poème de Zhang Hua4 : « La belle n'apparaît point. A qui dois-je offrir cette source limpide, et cette rive verte, parsemée d'orchidées sauvages ? »
En voyant son ami rougir, l'adolescent sourit : « A votre âge, il serait bien normal de songer au mariage, d'avoir une femme qui s'occupe du foyer.
- Je suis un pauvre lettré, répondit Chong Yang. Ma maison est si vide que le vent y circule librement. Je ne possède rien d'autre que mon savoir. Que puis-je offrir à une femme ? Qui daignerait partager avec moi une chaumière aux murs nus et mes repas médiocres ?
- J'ai montré vos poèmes à ma sœur jumelle. Elle est séduite par votre talent. Je vais lui parler, peut-être...
- Je vous suis reconnaissant. Mais ma misérable situation ne me permet point d'accepter votre proposition.
- Elle n'est pas laide. Et vous verrez que son esprit est plus vif et son caractère plus fougueux que les nôtres réunis. »
Sans s'attarder avantage, Qing Yi partit.
Trois jours plus tard, Chong Yang lisait à la clarté d'une bougie, lorsque des sons lointains de flûtes, de biba, de luth mêlés au trottinement des chevaux parvinrent à ses oreilles. Il reposa son livre et sortit.
Ombres noires et lueurs rouges montaient de la vallée. Quelques instants plus tard, l'adolescent, à cheval, richement vêtu, apparut au bout du sentier, suivi de jeunes filles, en habit de soubrettes, tenant à la main des lanternes cramoisies. Puis, arrivèrent quatre géants, portant sur leur épaule un palanquin recouvert de soierie. Un cortège de musiciens vint en dernier, jouant des mélodies de liesse.
Qing Yi sauta de cheval et salua Chong Yang : « Pressé par votre bonheur, je me vois obligé de vous amener ma sœur sans vous prévenir. »
Chong Yang fut si surpris qu'il oublia de lui rendre son salut. Sur un signe de l'adolescent, on posa le palanquin à terre. Les soubrettes soulevèrent la portière.
Un parfum exquis envahit les narines de Chong Yang.
Une jeune fille, vêtue de vert émeraude, lui fit une profonde révérence. Son visage était rond, sa peau claire, presque transparente. Elle avait des grands yeux obliques qu'elle gardait baissés. Ses cheveux ondulés s'éparpillaient dans le dos comme le feuillage touffu d'un saule aux reflets noirs.
Chong Yang était incapable de faire le moindre mouvement ni prononcer un seul mot. Qing Yi frappa trois fois dans ses mains. Une dizaine de valets apparurent. Ils allaient déposer dans la maison les lourdes valises qu'ils portaient sur leur dos, lorsqu'une voix jeune mais résolue se fit entendre : « Mon frère, je vous ai déjà dit qu'une femme doit partager la vie de son époux. S'il était mendiant, elle mendierait aussi. Que l'on retire tout cela. Je préfère travailler de mes propres mains.
- Ne te fâche pas », lui dit Qing Yi embarrassé. Visiblement, il avait l'habitude de fléchir devant la volonté de sa sœur. « Excuse-moi, j'ai encore oublié tes principes. Mais je t'en prie, accepte cette table de marbre blanc. »
Sur un signe qu'il fit, les porteurs installèrent une table et trois tabourets sous un bosquet de bambous et se retirèrent. Tourné vers Chong Yang, l'adolescent lui dit tout bas : « Vous voyez, entre ma sœur et moi, c'est elle qui commande ! Maintenant, à vous de la dompter... »
Dans un éclat de rire, il monta en selle.
« Je vous laisse. A plus tard ! »
Les soubrettes suivirent leur maître. La musique s'éloigna et les lanternes voltigèrent dans la forêt de bambous comme des lucioles. Puis tombèrent le silence et l'obscurité.
Chong Yang aurait cru rêver, s'il n'avait trouvé Lü Yi sur le pas de la porte.
Le lendemain, la jeune femme se leva à l'aube. Elle nettoya la maison et prépara le repas. Elle parlait peu, mais les anneaux de jade attachés à sa ceinture de soie tintaient à chacun de ses pas comme de douces paroles. Ses vêtements, de belle étoffe brodée, contrastaient avec le dépouillement de l'endroit. Ses mouvements maladroits montraient qu'elle avait toujours été servie. Lorsque Chong Yang cherchait à l'aider, elle faisait mine de se fâcher et le repoussait.
Il était ébloui par ce bonheur inattendu. L'arrivée de Lü Yi était pour lui une goutte de miel dans une vie qui ressemblait à du thé amer. Elle illuminait ses journées. Elle était un papillon qui venait se poser sur le papier jauni de son livre.
A présent, de chaque instant jaillissait la joie tranquille. L'automne arrivait à la montagne. Les bambous, asséchés par le beau temps, perdaient un peu leurs feuilles. A l'endroit où le soleil stagnait, les mousses brunissaient, les ruisseaux baissaient la voix, les rochers se paraient d'une teinte rosée.
Les anciens avaient raison : misère, peines, solitude étaient les épreuves de ceux auxquels une grande destinée était promise. Comblé par Lü Yi, son cadeau, sa récompense offerte par les dieux, Chong Yang était convaincu qu'il sortirait bientôt de la pauvreté, que son intelligence lui permettrait de faire carrière.
Après les leçons, Chong Yang remontait le sentier ombragé. Il était si heureux qu'il ne pouvait croire à son bonheur. Soudain inquiet, il hâtait ses pas et pénétrait dans la cour. Il cherchait Lü Yi des yeux. Il l'apercevait en train de coudre. Emu, il essuyait quelques gouttes qui perlaient sur ses joues. Il avait peur qu'elle ne disparût comme elle était venue !
Une fois, il trouva la maison vide. Il se précipita dehors. Le soleil couchant l'aveuglait, les bambous pleuraient dans le vent et les nuages, esquifs égarés, allaient se noyer à l'horizon.
Comment vivre sans elle ?
Qing Yi revenait voir sa sœur. Chaque fois, il la taquinait. Elle se fâchait et il se confondait en excuses. Chong Yang comprit que ces disputes les amusaient. En présence de son frère, Lü Yi était moins réservée, et ce changement tracassait Chong Yang. Le soir, tous trois dînaient autour de la table de marbre blanc. Ils buvaient du vin que Qing Yi ramenait de leur pays natal. Lü Yi jouait de la cithare pour accompagner son frère qui chantait un poème improvisé. Chong Yang ne la reconnaissait plus. Ses joues s'empourpraient, ses yeux brillaient, ses rires sonores devenaient ceux de Qing Yi. Une fois, elle décida de faire une balade. Qing Yi, qui obéissait à ses moindres caprices, la fit grimper sur son cheval, montant derrière elle pour tenir les rênes. Chong Yang les vit s'éloigner dans la forêt de bambous, silhouettes jumelles.
La lune était pleine, le ciel sans nuages. Il lui semblait qu'ils retournaient à leur univers. Désespéré, Chong Yang pleura sur le pas de la porte.
Un jour, le jeune homme interrogea Qing Yi sur son origine. L'adolescent s'esquiva dans un sourire. Depuis, une foule de questions hantait Chong Yang. De quel milieu social venaient les jumeaux ? Leur habit, leurs manières, leur culture suggéraient une bonne naissance. Mais à quelle famille de Zhejiang appartenaient-ils ? Quelles fonctions occupait leur père ? Qui étaient leurs ancêtres ? Qing Yi semblait mener une vie aisée. Comment gagnait-il de l'argent ? Que faisait-il dans la vie ?
De temps à autre, pressée par Chong Yang, Lü Yi, d'une voix hésitante, presque un murmure, esquissait un tableau confus de son enfance, et elle était plus mystérieuse qu'un paysage dissimulé derrière le brouillard. Le jeune homme insistait. Elle baissait les yeux et s'obstinait dans le silence. Pourquoi agissait-elle ainsi ? Lü Yi devait lui faire confiance et lui dire la vérité. Il était prêt à partager la tragédie dont elle souffrait en secret. Venait-elle d'une famille ruinée ou disgraciée de la cour ? Où vivaient ses parents ? Avaient-ils été exilés, condamnés ? Pourquoi, lorsque le jeune homme s'acharnait à obtenir une réponse, un indice, des larmes brouillaient-elles les yeux de Lü Yi, muette, bouleversée ?
Pourquoi venait-elle vivre avec un pauvre lettré ?
L'aimait-elle ? Qui était-il pour elle, un refuge, une consolation, un espoir ?
Exaspéré, il décida qu'elle lui serait à jamais une énigme, une femme si supérieure qu'il ne pourrait jamais la comprendre. Il eut honte de son dénuement. Il prit ses distances avec elle et se plongea dans les études. Mais Lü Yi, qui ne comprenait pas son ambition, essaya de le convaincre d'abandonner l'illusion de la gloire et de se contenter d'une vie simple. Il s'emporta. Elle le regarda tristement comme si elle voyait dans sa colère un mauvais présage.
Le lendemain, elle se mit à façonner des paniers avec des lanières de bambous. Elle les vendait aux habitants des villages, et demandait à Chong Yang de cesser son enseignement pour se consacrer aux études. Elle devenait taciturne.
« Dis-moi la vérité : pourquoi tiens-tu à ma misère ? Pourquoi te sacrifies-tu pour moi ? » lui demanda un jour Chong Yang.
Lü Yi se mordit les lèvres et ne répondit pas. Face à ce silence, Chong Yang, envahi d'une grande tristesse, sortit de la maison en claquant la porte et alla soupirer dans la forêt.
Il rentra lorsque le feu du crépuscule s'éteignait à l'horizon. La nuit tombait. Par la porte entrouverte, il aperçut Lü Yi devant le fourneau. De la marmite de fer s'échappaient une épaisse vapeur et une bonne odeur de riz. Assise sur un tabouret, Lü Yi tressait. Eclairée par le feu, elle paraissait pourtant sombre, mélancolique. Ses longs cheveux tombaient jusqu'à terre. Elle les releva, les noua en un chignon qu'elle fixa avec une tige de bambou, puis retourna à sa besogne. Mais elle était distraite. Son bras trembla soudain. Une lanière lui avait entaillé l'index.
En l'an 1444, Chong Yang réussit les deux épreuves du district qui lui permirent de se présenter au concours régional. Il quitta Lü Yi et la montagne, marcha jusqu'au chef-lieu de la province. L'institut d'Offrande, entouré d'un mur fortifié, s'isolait au sud-ouest de la ville. Une haute tour de surveillance s'élevait en son centre. Une centaine de cabines de bois étaient alignées, et les lettrés, fouillés à l'entrée principale, devaient s'y claquemurer. Bientôt, le gong annonça la fermeture de la porte de l'Institut. La cabine où Chong Yang se tenait mesurait deux mètres de hauteur, un mètre de largeur et un mètre et demi de profondeur. Au mois de la huitième lune, le soleil incendiant son mince toit recouvert de tuiles, la transformait en fournaise. Chong Yang agitait inutilement l'éventail de bambou que Lü Yi lui avait fabriqué. Il s'interrompait souvent pour essuyer sa sueur. Chacune des trois épreuves du concours régional exigeait trois jours et deux nuits d'isolement. Le soir, Chong Yang s'allongeait sur sa table d'examen. Le vrombissement des moustiques et la lourde chaleur l'empêchaient de dormir. Seule, la natte sur laquelle il était couché, tressée par Lü Yi, lui procurait un peu de fraîcheur et de repos. Elle était lisse comme la peau d'une femme.
La deuxième journée de la deuxième épreuve, un orage éclata. La pluie s'infiltra dans la cabine à travers le toit et par la fenêtre. La portière se tordait dans le vent. Pour protéger le papier de riz sur lequel il avait écrit sa dissertation, Chong Yang se déshabilla et le couvrit de son vêtement. Soudain des clameurs s'élevèrent. On entendit les gardes et les contrôleurs de cabines s'injurier. Les latrines inondées vomissaient leurs immondices.
Le soir, la pluie s'était affaiblie. Chong Yang grelottait sur sa couche trempée, épuisé, abattu. Il pensa au feu du foyer et à Lü Yi qui travaillait à l'éclat des flammes. Il vit son visage et ses prunelles scintiller sous ses cils épais. Il distingua ses mains calleuses, ses doigts meurtris. Le cœur de Chong Yang se serra. De nouveau, il sentit renaître en lui la rage de réussir.
On donna le résultat à la neuvième lune, quand les canneliers étaient en fleur. Chong Yang, reçu cinquième, eut droit aux lingots d'argent que les dignitaires locaux offraient aux vainqueurs, promus mandarins d'Etat. Le jeune homme dépensa toute sa fortune en achetant pour Lü Yi deux rouleaux de tissu de soie de la meilleure qualité et une paire de boucles d'oreilles en corail. Il y avait si longtemps qu'elle ne portait plus que des robes de coton.
Mais, à son retour, malgré ses protestations, Lü Yi teinta les tissus de soie en bleu foncé et lui tailla deux tuniques neuves. Elle lui cousit aussi deux paires de chaussures.
A la fin de l'automne, Chong Yang repartit pour l'examen impérial. Lü Yi l'accompagna jusqu'au pied de la montagne.
« Je reviendrai dans six mois, lui dit Chong Yang en essuyant ses larmes. Il faut que je réussisse. Ces pénibles travaux te seront épargnés et nous aurons enfin une vie agréable. »
Lü Yi baissa les yeux. Après un long moment de silence, elle dit : « Je n'ai qu'un seul conseil à vous donner. Vous êtes né dans l'opulence et vous l'avez perdue. N'oubliez pas que cette vie-ci est éphémère. Nous ignorons si nous pourrons nous retrouver dans la prochaine. Ni la richesse ni la pauvreté ne doivent faire obstacle à notre bonheur.
- Si jamais il m'arrive un malheur en chemin... »
Chong Yang s'interrompit. Il jeta un regard aux alentours et aperçut un vieux saule pleureur au bord de la route. Il entraîna Lü Yi devant l'arbre et l'obligea à se mettre à genoux comme lui.
« Ce saule est le témoin de notre serment, dit-il. S'il m'arrive un malheur sur la route, si nous ne nous voyons plus dans cette vie, nous nous retrouverons dès le début de la vie prochaine ! Nous serons des jumeaux, naîtrons ensemble et grandirons sans jamais nous quitter. »
Lü Yi fronça les sourcils. Elle n'aimait pas ces paroles de mauvais augure. Mais Chong Yang la pressa. Elle jura aussi. Ils se prosternèrent devant le saule.
« Lü Yi, prends soin... » La voix de Chong Yang s'étrangla. « Attends-moi. Je reviendrai ! »
Lü Yi se détourna pour cacher sa douleur.
« Vous m'avez demandé pourquoi je suis venue chez vous, dit-elle. Vous avez pris mon silence pour de l'indifférence et vous en avez souffert. Je ne vous ai pas répondu parce que j'en ignore la raison. Je voulais vous voir, entendre votre voix, vous offrir ma vie... J'ai trop parlé... Partez maintenant. Je vous en supplie, partez ! »
Comme Chong Yang demeurait immobile, elle tourna le dos et s'en alla. Ses anneaux de jade tintaient et le vent faisait bruire sa robe. Marchant de plus en plus vite, elle semblait flotter. Bientôt sa silhouette se confondit avec les arbres.
Pour le jeune homme, ce fut le commencement des tourments.
Pas un jour il ne songea à abandonner cette marche vers une gloire incertaine et à retourner à sa chaumière. La route menant à la capitale, poussiéreuse, ondulait à travers les champs et les collines. Le soleil brûlant de tous ses feux asséchait la gorge de Chong Yang. Au-dessus de sa tête, infini, le ciel se déployait. Il se trouvait minuscule, risible, se demandant pourquoi, connaissant le bien, il allait vers le pire ; pourquoi à chaque instant, appelé par la vie et l'amour, il se perdait dans l'illusion qui l'étreignait de ses bras mortels.
Les pas alourdis par les doutes, Chong Yang arriva à la capitale deux mois plus tard, le visage sale, hâlé, les chaussures trouées, les vêtements en lambeaux.
Flanquée d'une large douve, Pékin dressait majestueusement son enceinte qui pointait vers le ciel créneaux et drapeaux brodés de dragons. Des hirondelles tournoyaient au-dessus des tours où se promenaient des archers. La foule tapageuse passait sur le pont-levis et entrait par la porte principale qui ressemblait à un œil béant.
Le premier concours impérial eut lieu au mois de la deuxième lune, et on attendit l'épanouissement des fleurs de prunier pour annoncer le résultat. Chong Yang, sélectionné, passa le deuxième concours, ultime étape pour arriver au pied de l'Empereur.
L'épreuve se déroula dans la Cité interdite, sous l'auvent de la salle du trône et sur les marches de marbre blanc. On devait disserter sur un sujet tiré des Quatre Livres5. Ce jour-là, dixième jour de la quatrième lune, l'Empereur Ying Zong, ravi de la douceur du temps, festoyait. Il buvait et riait avec ses ministres à l'intérieur de la vaste salle.
Une lune plus tard, les résultats n'étaient toujours pas annoncés. Chong Yang habitait une auberge à la porte de l'Est de la Cité interdite et, comme sa bourse était plate, il avait quitté sa chambre et partageait une paillasse au rez-de-chaussée avec des marchands ambulants, des forains et des gens à l'identité douteuse. Tous les matins, il sortait de l'auberge, longeait le mur cramoisi des palais impériaux, et allait jusqu'à la porte de la Paix céleste, où les deux colonnes sculptées de dragons, totem de la race chinoise, s'élançaient fièrement vers le ciel. Déçu, rongé par l'impatience, il allait manger une soupe de nouilles au bord de la douve puis s'enfonçait dans les ruelles pour rêvasser, s'interroger sur son sort et noyer ses angoisses dans les bruits de la vie pékinoise.
Mandarin titulaire, vainqueur des concours successifs qui avaient brisé l'ambition d'une dizaine de milliers de lettrés, il recevrait une charge d'Etat et retournerait vers sa province où il occuperait une fonction administrative. Ces honneurs inespérés ne pouvaient combler Chong Yang qui visait, depuis son arrivée à Pékin, une place à la cour.
Lors de ses promenades solitaires, le jeune homme passait devant les palais princiers. Les portes rouges étaient défendues par des lions de marbre et des laquais assis sur le perron. Un clocher, une tour, le faîte d'un pavillon surgissaient des murs, évoquant une vie dérobée aux yeux plébéiens. De temps en temps, une porte latérale s'ouvrait, des valets et des servantes apparaissaient. Des carrosses, recouverts de soieries chatoyantes, escortés de jeunes seigneurs, en sortaient. Le vent soulevait le rideau et, de loin, Chong Yang apercevait parfois un visage, un bout de robe, une chevelure ruisselante de pierres précieuses.
Un matin, Chong Yang se réveilla d'un rêve étrange. Vêtu d'une tunique vermillon, brodée d'oiseaux farouches6, il commandait pourtant une armée rangée au pied de la Grande Muraille. Devant l'auberge se déroulait un combat de coqs. On entendait des injures, des bravos. Deux hommes se mirent à s'affronter et un brouhaha s'éleva. Chong Yang se souvint d'avoir dépensé sa dernière sapèque et bu jusqu'à l'aurore. La tête lourde, couché sur une paillasse qui dégageait une odeur nauséabonde, il regardait le plafond graisseux.
Incapable de mendier argent et nourriture, il avait faim. Le patron de l'auberge allait le jeter à la rue. Où trouverait-il un abri, un travail qui lui permettrait de survivre jusqu'à la proclamation des résultats ?
Il sombrait de nouveau dans le sommeil, lorsque quelqu'un le tira violemment de son lit. Des soldats le prirent par le bras et le firent s'agenouiller devant un officier. L'homme sortit de sa longue manche un rouleau de papier et lut à voix haute.
C'était l'édit impérial qui ordonnait à Chong Yang de se présenter au Palais. Stupéfait, il se prosterna en direction de la Cité interdite. L'officier remit le rouleau dans sa manche. Apercevant une tunique de soie au coin de la paillasse, il la saisit et en revêtit le jeune homme de force. On bouscula le patron de l'auberge et les voyageurs. Encore ivre, Chong Yang fut incapable de marcher. On le traîna dehors et on le mit sur un cheval. Les soldats frappèrent les gongs pour dégager le passage dans la foule. L'escorte s'ébranla.
Au Palais, une dizaine de lettrés s'étaient déjà rassemblés, çà et là, devant la porte de Midi. A l'arrivée de Chong Yang, un officier des rites les regroupa et les escorta jusqu'à la Cité interdite. Il leur fit attendre, sur le perron de la salle de l'Harmonie éternelle, la levée de l'audience. Malgré son hébétude, Chong Yang avait une vague conscience de ce qui se passait. Il gardait la tête baissée, fixait le bout de ses chaussures et s'efforçait de ne pas vomir.
Soudain, la musique éclata comme un coup de tonnerre. On claqua trois fois le fouet rituel. Imitant les autres lettrés, Chong Yang se prosterna.
De l'intérieur de la salle de l'Harmonie éternelle, une voix prononça le nom du lauréat, répété tel un écho interminable par les valets et les gardes impériaux. Chong Yang crut reconnaître son nom, mais ses oreilles bourdonnaient, sa tête tournait. Incapable de distinguer la réalité des illusions, il préféra garder le silence et demeurer immobile.
Voyant Chong Yang, qui, au lieu de se précipiter à terre pour remercier la grâce céleste, s'attardait, sourd et stupéfait, dans le groupe des lettrés, l'officier des rites s'avança et le poussa rudement. Chong Yang tomba à genoux. Il se fit mal, et la douleur le réveilla de sa griserie. Il comprit alors qu'une nouvelle vie venait de commencer.
Lorsque la cérémonie s'acheva, conduits par l'officier des rites, les mandarins impériaux sortirent du Palais par les portes de la Morale éclatante, de la Prudence pure, du Midi, de la Paix céleste. Ils franchirent le pont de la Rivière d'or. Devant la porte de la Longue Paix située à l'est du Palais, un banquet avait été préparé par le ministère des rites et des cérémonies. On drapa les trois premiers reçus impériaux de soie écarlate, les couronna de chapeaux ornés de fleurs d'or. On trinqua à la longévité de l'Empereur et à la gloire de l'Empire. Puis, on aida les mandarins à monter sur leurs chevaux magnifiquement empanachés et l'escorte les raccompagna à leur hôtel.
Chong Yang voyait son nom s'afficher dans les boulevards de la capitale. La foule se bousculait sur les trottoirs pour contempler son visage. Parfois, du haut d'un pavillon, une fenêtre s'ouvrait. De jeunes demoiselles, à demi cachées par le rideau de gaze, riaient, se donnaient des coups d'éventail, lui lançaient des œillades timides.
A l'auberge, le patron, bouleversé, le supplia de venir habiter sa maison. Il déménagea sa famille et offrit au jeune mandarin ses valets et ses servantes.
Soudain, la nuit tomba et le silence se fit. Chong Yang se laissa choir dans le lit. Une profonde mélancolie le saisit. Combien de fois avait-il rêvé de cette vie somptueuse ! Quel bonheur apporte une telle existence ? Serait-il différent d'un lettré ordinaire ? Certes, il ne serait plus jamais affamé, et ne souffrirait plus du froid qui s'abattait parfois sur la montagne. Mais à quel prix ? Chong Yang savait ce qui l'attendait à la cour. La bigoterie confucéenne prêchait l'abnégation, le sacrifice, la dévotion à l'Etat, l'obéissance à son seigneur. Mais, dans les livres d'histoire, on ne lisait qu'intrigues, luttes pour le prestige, insatiable soif d'accroître son pouvoir.
Un rêve réalisé est un rêve qui s'efface. Jamais Chong Yang n'avait été aussi lucide qu'en cet instant. Si aujourd'hui, il acceptait le jeu de la Fortune, demain, d'innombrables autres occasions de gloire viendraient le tenter. Cet avenir lui donnait le vertige.
Il pensa à Lü Yi. Ce fut pour lui une consolation. Il la vit en robe vert émeraude tresser des lanières de bambous. Simple, humble, elle obéissait à des valeurs opposées à celles de ce monde-ci. Il allait rentrer à la maison. Lü Yi déciderait de sa vie. Si elle voulait, il abandonnerait le chapeau du lauréat et quitterait la capitale.
Le lendemain, Chong Yang reçut les présents de l'Empereur : une tunique de la cour avec ses bijoux, des lingots d'or, des rouleaux de brocart. Revêtu de sa nouvelle tenue, Chong Yang devait se présenter au Palais pour remercier Sa Grâce impériale. Elle fit l'éloge de son talent et lui confia une fonction élevée. Lorsque Chong Yang eut terminé ses longues prosternations, l'Empereur lui demanda s'il était marié. Chong Yang hésita. Il n'avait jamais accompli la cérémonie de mariage avec Lü Yi. Devenu rouge, il répondit « non ».
Commença alors le long rituel des félicitations et des remerciements. Les fonctionnaires venaient les uns après les autres chez le nouveau lauréat. Ils cherchaient à s'attirer l'amitié du jeune mandarin que l'Empereur avait daigné complimenter. Ils lui offraient des lingots d'or. Avec une patience faussement amicale, ils brossaient le tableau de la cour. Obséquieux, ils expliquaient les partis en conflit et lui donnaient des avertissements. Chong Yang rendait aux mandarins leurs visites. Il se présentait chez les ministres. Les princes et les ducs l'invitaient aux dîners. On parlait réforme agraire, troubles frontaliers, mutations importantes. Accompagné de poètes légendaires, de courtisanes célèbres, on s'enivrait de la musique jouée par les plus grands maîtres, en dégustant des fruits exotiques dont le transport avait épuisé hommes et chevaux.
Le onzième jour, il reçut le proviseur impérial, octogénaire réservé et hautain. Messager du prince Yi Yu, le frère cadet de l'Empereur, il proposa à Chong Yang un mariage. Le jeune prince, dit-il, ayant maintes fois aperçu le nouveau lauréat, pensait que la délicatesse de ses manières et l'harmonie de sa physionomie présageaient un avenir hors du commun. Il avait décidé de conseiller à l'Empereur son frère - bien sûr avec l'accord de Chong Yang - de lui donner la main d'une de leurs sœurs. Le proviseur, qui connaissait cette princesse de quinze ans, ajouta qu'elle avait un cœur noble et une beauté exceptionnelle.
Les paroles du vieillard plongèrent Chong Yang dans le trouble.
Après ces quelques jours d'observation, il avait compris les enjeux et les réticences de la cour. Dix ans auparavant, l'Empereur était monté sur le trône, âgé de neuf ans à peine. L'impératrice grand-mère observa les règles ancestrales qui défendait aux femmes la politique et refusa la régence. Le pouvoir tomba aux mains des ministres cacochymes qui avaient fait les beaux jours du règne de Re Zong, le grand-père de l'Empereur. Cependant, Wang Zhen, l'eunuque des rites, jouissait de la confiance absolue de l'Enfant céleste. Son autorité s'accroissait au fil des jours et, bientôt, l'Empereur adolescent ne pouvait plus se passer de lui. Quand moururent l'impératrice grand-mère et les ministres régents, Wang Zhen, soutenu par les tortionnaires de Jin Yi7, élimina les oppositions et s'installa au pouvoir. Le prince Yi Yu, malgré son jeune âge, avait l'esprit vif et éclairé. Des ministres, unis par leur haine contre l'eunuque Wang Zhen, s'étaient rassemblés autour de lui et le conseillaient. Si ce prince souhaitait marier Chong Yang à sa sœur, c'était pour l'attirer dans son clan.
Pendant trois jours, Chong Yang feignit d'être malade et s'enferma.
Devant l'Empereur, il avait affirmé vivre seul. En évoquant l'existence d'une femme dans sa vie, il se contredirait. Dissimuler la vérité au Fils du Ciel est un crime de lèse-majesté et on lui couperait la tête. Célibataire donc, s'il refusait la main d'une princesse, il serait un insolent, un ridicule, bon pour l'exil.
On l'obligeait à choisir entre deux genres de vie : être beau-frère de l'Empereur, connaître la magnificence, l'ascension exaltante, mais vivre parmi les tigres, ou retourner à la tranquillité du bonheur conjugal.
Pourquoi Amour et Ambition étaient-ils si exclusifs !
Les festivités du mariage durèrent trois mois. La capitale tout entière était en liesse. Le nouveau membre de la famille céleste séduisit le peuple par sa dignité, sa beauté et son air mélancolique.
Chong Yang avait emménagé dans un palais somptueux, préparé pour le jeune couple. Un jardin, orné de rocaille, de kiosques, s'étendait dans la partie arrière de la maison, devant la chambre conjugale.
Un soir, il se réveilla, croyant entendre Lü Yi l'appeler par son nom. Il se leva. Le vent faisait bruire les feuilles et lui donnait l'impression qu'elle était là, quelque part dans l'obscurité.
« Lü Yi... » murmura-t-il.
Les pivoines se balançaient dans la brise, chuchotant des remontrances.
La princesse était une jeune fille intelligente qui savait prévenir le moindre désir de son époux. Pour dissiper sa tristesse dont elle ignorait la cause, elle fit construire un bateau gigantesque, et, aux jours d'été, le couple princier descendait le Grand Canal, dégustant des mets délicieux au son de la flûte. Elle dressait des grues qui dansaient au clair de lune, animait des fêtes où chantaient les meilleures troupes d'opéra, organisait des concours de poésie, bâtissait des palais dans leurs vastes terres. Pour le convaincre de son amour, elle lui choisissait, avec un soin amoureux et tendre, les plus belles concubines, dont les jeux lui faisaient oublier son chagrin.
A la cour, le nouveau lauréat possédait la froideur grave et la clairvoyance qui imposaient le respect. L'Empereur l'avait chargé des réformes agraires, mission dont il s'acquitta avec brio. Chong Yang rehaussa ainsi le prestige du prince Yi Yu. Mais il avait autour de lui des ennemis. L'eunuque Wang Zhen le haïssait. D'autres enviaient sa fortune, mais admiraient son discernement, sa patience, sa ténacité. Impliqué dans les intrigues, il devint cruel. Pour se préserver, il apprit à amadouer les uns et détruire les autres. Il avait sauvé des milliers de paysans de la famine, mais aussi conduit des rivaux à la torture, à la mort. Son caractère changea. Il se mettait souvent en colère. Parfois, il se réfugiait dans la solitude et soudain resurgissait le gouffre de la vie qu'il avait connue autrefois, après la disparition de ses parents. Le silence le réconfortait et l'oppressait. Alors il sonnait les serviteurs : qu'on prépare un banquet ! Généraux, mandarins, courtisanes arrivaient, son palais se remplissait de soieries, de parures, de visages aimables. De douces louanges lui faisaient oublier la montagne, les bambous, sa chaumière.
Un soir, il rêva de Lü Yi.
« Félicitations », lui dit-elle en s'inclinant légèrement. Il la dévora des yeux. Elle n'avait pas changé.
« Félicitations, répéta-t-elle, d'une voix triste. Vous êtes au comble de la gloire. »
L'émotion avait rendu Chong Yang presque sourd. Il n'avait pas entendu ce qu'elle venait de lui dire. « Enfin tu es là », soupira-t-il.
Il se leva, s'approcha d'elle pour la prendre dans ses bras. Elle recula d'un pas.
Chong Yang avait songé mille fois aux premiers instants de leurs retrouvailles. Jamais il n'aurait imaginé que voir Lü Yi suffirait à le combler d'une telle joie. Il en oubliait qu'il était coupable. Il lui semblait qu'ils s'étaient quittés la veille, et Lü Yi lui avait tant manqué ! Heureux de la retrouver, il sourit.
Son sourire la blessa, elle disparut.
« Attends Lü Yi, attends ! Ne me laisse pas seul ! »
Chong Yang se réveilla, déchiré. Il se dégagea des bras d'une concubine. Le jour n'était pas encore levé. Il se glissa hors de la chambre, prit des lingots d'or, se fit apporter un manteau doublé de fourrure. Prétextant qu'il était appelé d'urgence à la cour, il sauta sur son cheval et refusa qu'on le suivît. Dans une dizaine de jours, escomptait-il, il serait à la montagne et serrerait Lü Yi dans ses bras.
Dans la rue, il se retourna pour contempler son palais. Des lanternes ornées de dragons éclairaient les murs pourpres et les portails hérissés de clous de bronze. Les pavillons et les tours, de l'autre côté de l'enceinte, dessinaient dans la pénombre des ombres grimaçantes. C'était la dernière image de sa gloire. Lorsque le soleil serait levé, les mauvais rêves dissipés, Chong Yang, débarrassé de sa tunique de cour, simple voyageur, rentrerait d'une traite à la maison.
Le jeune homme allait lancer son coursier au galop, quand plusieurs cavaliers firent irruption en l'interpellant par son titre. Les eunuques lui transmirent l'ordre de l'Empereur qui l'appelait à la cour. Les Mongols avaient franchi la frontière chinoise et envahi la ville de Ta Tong.
Au milieu de la septième lune, l'Empereur leva en hâte une armée de cinq cent mille soldats et sortit de la Grande Muraille, par la porte Jü Yong. Sur la route, Wang Zhen, qui avait longtemps entretenu un trafic d'armes avec les Mongols, tyrannisait les troupes. Faute de provisions, les soldats mouraient de faim et de froid. Avant d'arriver à Ta Tong, l'eunuque persuada l'Empereur de retourner à Pékin. L'armée chinoise en débandade fut rattrapée par la cavalerie mongole. Trois cent mille soldats massacrés, une cinquantaine de mandarins, autant de généraux périrent. L'Empereur fut capturé.
Chong Yang rassembla les survivants, fit pendre Wang Zhen et revint, vaille que vaille, à Pékin. A la cour, bouleversé par la défaite, on parlait déjà de déménager la capitale dans le sud. Chong Yang s'opposa à cette idée. Soutenu par les généraux, il plaça sur le trône le prince Yi Yu, déjouant ainsi la menace des ennemis qui tenaient l'Empereur en otage.
Au mois de la dixième lune, les Mongols assiégèrent Pékin. Décontenancés par la résistance de la capitale, les barbares, plutôt pilleurs que conquérants, se retirèrent. Au retour dans les steppes, ils relâchèrent leurs otages. Ying Zong, revenu à Pékin, fut emprisonné dans la Cité interdite par son frère cadet, qui voulait préserver sa couronne.
La guerre accrut le prestige de Chong Yang. Désigné premier conseiller impérial et grand maréchal par le nouvel Empereur, il tenait la cour sous son autorité si solidement qu'il ne craignait plus personne. Même le Fils du Ciel n'osait prendre une décision sans le consulter. Le peuple le vénérait comme le sauveur de la Chine. Il se déplaçait à grand tapage : fanfares, bannières, escortes et crieurs dégageaient les rues en proclamant son titre. Son destin, mince ruisseau au départ, était devenu un fleuve torrentiel, constamment en crue. On venait implorer clémence et protection. Ses directives étaient suivies scrupuleusement. On observait gestes et regards, on devinait ses intentions et on les prévenait pour mieux le servir. D'autres, ne pouvant l'atteindre, cherchaient à corrompre ses domestiques, redoutés comme des seigneurs.
Chong Yang venait d'avoir trente ans. Il voyait s'étendre son pouvoir et sa richesse avec ivresse et mélancolie. Sa grandeur le flattait et l'inquiétait. Craignant l'assassinat, il redoubla ses gardes et fit goûter ses plats. Superstitieux, il pratiquait toutes les religions. Pour attirer la faveur des dieux, il fit construire dans les environs de Pékin un temple taoïste, une pagode tibétaine, un couvent bouddhiste, et ordonna qu'en son nom on y priât. Avant le siège de Pékin, il avait songé à se détourner des honneurs pour se retirer à la montagne, aujourd'hui, devenu maître de l'Empire, soucieux de sa gloire comme de celle de son propre foyer, il renonçait à sa retraite.
Cependant, l'image de Lü Yi le poursuivait. C'était le seul regret de cet homme presque comblé. Gavé de mets raffinés, il rêvait pourtant de sa cuisine frugale. Entouré de beautés célèbres, il regrettait qu'aucune d'elles ne lui fût comparable. Il avait besoin d'une femme comme Lü Yi, toute douceur, pudeur et innocence. Les yeux baissés, elle saurait le consoler. Ses sourires auraient illuminé sa vie comme des rayons de soleil.
Le remords de Chong Yang était si violent qu'il voyait dans sa hantise une punition des dieux. Effrayé, il imposa à la princesse, son épouse, sa décision de prendre une nouvelle concubine et envoya à la montagne une troupe de soldats, valets, servantes, musiciens. Il écrivit une lettre à Lü Yi, dans laquelle il lui racontait sa vie depuis son départ et expliquait sa responsabilité à la cour. Il implorait son pardon pour son silence et la priait de venir à la capitale.
Après avoir mis la patience et l'espoir de Chong Yang à rude épreuve, la délégation s'en revint. L'intendant qui la conduisait rendit à son maître les rouleaux de brocart, les cassettes de perles et les joyaux destinés à Lü Yi. Il lui remit une lettre. Chong Yang reconnut son écriture.
Lü Yi le remerciait pour ses présents. Habituée à une vie rustique, disait-elle, elle n'avait pas besoin de cette abondance. Les années de séparation n'avaient en rien altéré ses sentiments. Elle vivait de ses souvenirs, heureuse d'être entourée des objets qui lui avaient appartenu. Son frère était venu la chercher, mais elle avait refusé de le suivre. Vouée corps et âme à un homme, elle se considérait comme l'ombre attachée à sa lumière. A la cour, elle deviendrait son esclave, son jouet. Dans sa montagne elle pourrait l'aimer et être aimée de lui dans la vérité. Puissance et richesse n'étaient que songes. Elle attendrait son retour, s'il le fallait, jusqu'à la fin de ses jours.
La lettre de Lü Yi désespéra Chong Yang. Fou de rage, il bannit son intendant et dépêcha son secrétaire privé, suivi d'une escorte peu nombreuse et sobrement vêtue, pour porter son message à Lü Yi. Il la suppliait de venir vivre auprès de lui. Pour elle, il bâtirait une colline dans la campagne de Pékin, y planterait une forêt de bambous, où, à l'écart du monde, elle vivrait dans le silence.
Le secrétaire parti, Chong Yang recommença à souffrir d'impatience et d'angoisse. C'était avec un plaisir sombre qu'il revoyait en pensée la montagne, vaste univers devenu confus et lointain. Il se rappelait l'odeur du bambou mêlée à celle de la cuisine, le bruissement du vent, le goût du thé âpre, le ruissellement des sources, de l'existence enfuie.
Mais comment retourner à sa vie antérieure ?
Un soir, Lü Yi lui apparut en rêve, amaigrie. Ses yeux étaient cernés et ses cheveux ternes.
Elle avait poussé un soupir. Après avoir examiné longuement Chong Yang, elle l'avait imploré d'une voix faible de revenir à elle.
En entendant ces mots, Chong Yang sentit ses entrailles se déchirer. Il voulut lui parler de ses tristesses, lui dire combien elle lui manquait. Il était prêt à lui avouer que sa vie de dignitaire était devenue une prison.
Mais étranglé par l'orgueil, il garda le silence.
Lü Yi le fixa de ses yeux devenus encore plus noirs. Soudain, effrayée par une image à elle seule visible, elle couvrit son visage de ses mains et s'éloigna dans l'obscurité. Chong Yang, la voyant disparaître, cria son nom pour la retenir. Elle ne répondit pas. Il entendit le tintement des anneaux de jade et la nostalgie du bonheur d'hier s'empara de lui. Secoué de sanglots, il se réveilla.
Le second cortège revenu, on remit à Chong Yang une nouvelle lettre. Lü Yi lui prêchait la sagesse. Elle lui conseillait de se retirer aussitôt de la cour comme si elle y voyait un danger imminent.
Chong Yang se fâcha. Pourquoi l'attente, pourquoi l'obstination ? Il croyait connaître la réponse.
Elle avait décidé de défier son inconstance par sa fidélité, sa vanité par son humilité.
Personne, excepté elle, n'avait osé le contredire, lui désobéir. Chong Yang finit par se révolter contre celle qui le hantait, le jugeait, et méprisait sa puissance. Il rappela son secrétaire privé et lui fit porter à Lü Yi une lettre vierge, signe de rupture, et des lingots d'or.
Une nuit, alors qu'il était seul sur la véranda, une femme vêtue d'une robe vert émeraude lui apparut au milieu d'une sombre étendue de pivoines. Il sursauta, croyant rêver. Mais elle se mit à parler. Sa voix était claire et distincte malgré le bruissement des fleurs.
« Pourquoi ne me laissez-vous pas attendre ? l'interrogea Lü Yi. Pourquoi m'ôtez-vous l'espoir ? »
Elle s'interrompit pour reprendre son souffle. Son visage était pâle. Chong Yang remarqua qu'elle s'était habillée comme la première fois, lorsqu'elle était venue à lui en palanquin. Ses cheveux, ayant retrouvé leur éclat, luisaient dans la nuit. Elle était légèrement maquillée et son visage rayonnait. Sa robe de soie doublée laissait voir, au niveau du col, une seconde robe turquoise. Elles étaient attachées par une agrafe d'émeraude et une ceinture tressée de fils d'or. Cinq anneaux, noués par le même ruban, y étaient suspendus. Le premier avait la couleur des feuilles d'automne, le deuxième celle des flammes, et le dernier était cramoisi comme le sang.
« Vous m'ordonnez de rompre, dit-elle, désespérée. Je vous obéis ! Adieu, Chong Yang. Vous m'avez donné la vie, vous m'avez soignée avec tendresse. Vous m'avez inspiré un sentiment si fort que je suis incapable de lui donner un nom. Vous m'avez mal comprise. Je ne vous méprise pas. J'ai seulement cherché à m'élever jusqu'à vous. Maintenant, puisque je ne peux plus vous suivre, je vous rends ma vie ! »
Chong Yang voulut lui parler, mais elle détourna le visage. Un vent violent traversa le jardin et fit onduler sa robe. A la clarté de la lune, il vit ses pieds s'enfoncer dans la terre ; ses cheveux s'éparpillèrent dans l'air et se transformèrent en branches sveltes. Ses yeux, sa bouche, son nez se fondirent dans une écorce écailleuse qui couvrait peu à peu sa peau.
Lü Yi avait disparu. A sa place, un saule pleureur agitait ses branches, bruissant comme si la jeune femme parlait encore. Etonné, Chong Yang n'eut pas le temps de prononcer un mot. Les feuilles du saule se mirent à jaunir, se détachèrent de la branche, tourbillonnèrent dans le vent avant de passer par-dessus le mur. En un instant, l'arbre se dessécha, et il ne resta plus qu'un tronc vide de toute sève.
Qing Yi, que Chong Yang n'avait pas vu depuis longtemps, apparut à l'entrée du jardin. Il se précipita vers le saule pleureur, le serra dans ses bras et le baigna de ses larmes.
Puis, il se retourna vers Chong Yang qui l'observait, stupéfait. Il lui dit : « Nous ne sommes pas des humains, mais les deux saules que vous avez plantés sous votre fenêtre. Lorsque nous étions enfants, ma sœur fit le serment de récompenser votre bienfait. Maintenant, le destin nous oblige à vous quitter. »
Il s'inclina devant Chong Yang et disparut dans l'obscurité.
Chong Yang se réveilla soudain, et son regard parcourut le jardin. Il n'y trouva rien d'inhabituel. Les pivoines, bercées par le vent de la nuit, murmuraient comme si quelqu'un parlait tout bas.
Le messager que Chong Yang avait envoyé à la montagne arriva à Pékin. Il lui rendit les lingots d'or.
Des conflits éclatèrent à la frontière. Chong Yang prit son sceau de grand maréchal et quitta Pékin. On l'avertit du risque de s'absenter de la cour. Mais Chong Yang s'ennuyait à la capitale. Il souffrait d'un étrange abattement que seule la guerre, croyait-il, pouvait guérir.
Au-delà de la Grande Muraille, dans le pays des barbares, le vent faisait rouler des pierres grosses comme la roue des chars. Au hennissement des coursiers répondaient en écho le son rauque des cornets, le claquement des drapeaux, le cliquetis des fers. La tension, l'angoisse et l'orgueil étaient si exaltés que Chong Yang y trouvait une sérénité nouvelle.
Au milieu de la sixième lune tombèrent d'épais flocons de neige, pareils à des plumes d'oie. Après les batailles, la blancheur du sol était bafouée par des cadavres d'hommes et de chevaux, par des herbes teintées de sang.
L'Empereur lui envoya une dépêche. Il agonisait. Chong Yang regagna la capitale d'un trait. A la porte du Palais, il fut arrêté par les gardes impériaux.
Quelques ministres, profitant de l'absence de Chong Yang et de l'agonie de Yi Yu, avaient fait encercler le Palais par l'armée.
Après le coup d'Etat qui l'avait libéré et la mort de Yi Yu, Ying Zong reprit sa couronne et condamna Chong Yang à la peine capitale. Un an plus tard, sa peine fut commuée à cause de son mariage avec une princesse impériale et on l'exila à la Falaise du monde.
La route traversait sa ville natale. On emprunta l'avenue principale. Attirée par le bruit des gongs et de la chaîne de fer que Chong Yang traînait aux pieds, la foule se rassemblait sur les trottoirs et s'amusait à voir un criminel passer. Chong Yang aperçut sa maison qu'il n'avait plus revue depuis l'âge de douze ans. Il supplia les gardes de le laisser entrer, leur offrant les quelques sapèques qu'il portait sur lui.
Les volets étaient tombés, les mauvaises herbes avaient poussé sur le toit de cette demeure jadis somptueuse. On avait démoli le mur, extirpé les incrustations de marbre, abattu les colonnes, détaché les châssis de porte en bois précieux. Les pillards avaient tout enlevé, tout volé. Il ne restait rien de son enfance.
Devant les fenêtres de sa chambre, couvertes de poussière et de toiles d'araignée, se dressaient les troncs pourris de deux saules pleureurs. Chong Yang revit la scène de sa séparation avec Lü Yi : il l'entraînait tendrement sous le plus vieux des arbres ; ils juraient de se retrouver dès le début d'une prochaine vie, unis comme frère et sœur.
Pourtant, devant lui, Chong Yang n'avait que les ténèbres.
 
 
1. Jia Dao (779-843) : poète de la dynastie Tang.
2. Sous la dynastie Ming, le bourg de Jingde était réputé pour ses manufactures de porcelaine.
3. Poème de Tao Hong King (452-536), ermite ayant consacré sa vie à l'alchimie et aux sciences occultes afin d'obtenir l'immortalité.
4. Zhang Hua (232-300) : poète de la dynastie Jin.
5. Ces quatre livres sont L'Entretien avec Confucius, Meng Zi, Le Juste Milieu, La Connaissance immanente.
6. Sous la dynastie Ming, les fonctionnaires d'Etat se divisaient en neuf catégories. Les robes de couleur vermillon et brodées d'images d'oiseaux étaient réservées aux mandarins de la première à la quatrième catégorie, tandis que les généraux d'armée portaient la robe brodée d'images de fauves.
7. Jin Yi, « les gardes aux tuniques de brocart », un ministère spécifique à la dynastie Ming (1368-1644). Sa fonction consistait à veiller sur la sécurité de l'Empereur et de l'Etat. Il jouissait d'une totale autonomie vis-à-vis du ministère de l'Intérieur et du ministère de la Justice.


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