Premiers chapitres
Martyne Perrot
Ethnologie de Noël
Une fête paradoxale
essai

 

Martyne Perrot est chargée de recherche en sociologie au CNRS, où elle dirige des travaux concernant entre autres, les mutations du monde rural et la question de l'écriture en sciences sociales. Elle a publié, outre des ouvrages de sociologie et d'ethnologie, un roman : Les Mariés de l'île Maurice (Grasset, 1983).

Chapitre premier
Origines du récit, ou récit des origines ?

Noël, le berceau de toutes les fêtes, celle
qui plus que toute autre inspire le respect
et fait frémir.
Jean Chrysostome (386).

25 décembre, jour de naissance de
toutes les divinités orientales.
Mircea Eliade.

Comme toute institution humaine, la
religion ne commence nulle part.
Emile Durkheim.

 
 
l'instar de toute tradition, celle de Noël renvoie à la question de ses origines et peut-être encore davantage que d'autres à celles de nos sociétés occidentales, car elle fait sans doute partie de nos fêtes les plus anciennes. Cette pérennité exceptionnelle pose alors la question des raisons d'une telle permanence ; celles notamment des fonctions sociales qu'elle continue d'assurer, des symboles qu'elle incarne encore et des sentiments que toujours elle inspire. Fête du solstice d'hiver, puis fête chrétienne de la Nativité, nous renvoyant à l'aube des temps ou au début de notre ère, Noël évoque de lointains rituels et d'archaïques mythologies. Cela explique sans doute qu'elle ait donné lieu à des théories diverses et souvent contradictoires, qu'il s'agisse de la date de son apparition, des références païennes ou chrétiennes, des spécificités culturelles et géographiques.
Sans entrer dans le détail des interprétations théologiques, folkloriques, ou encore dans celles de l'histoire des religions, il est néanmoins possible de distinguer deux grandes thématiques. La première tente de mettre au jour les racines païennes d'une fête chrétienne en la rapportant à une fête du solstice d'hiver, c'est celle des historiens et des mythologues. La seconde essaie au contraire de fonder ses origines purement chrétiennes sur le mode de la rupture avec le monde païen et se trouve plutôt chez les théologiens.
Le point de vue étymologique par lequel il est d'usage de commencer n'est pas dans ce cas décisif. " Noël " viendrait en effet soit du gaulois noio (nouveau) et de hel (soleil), il signifierait " nouveau soleil " et serait donc lié à la renaissance du soleil au moment du solstice d'hiver. Mais " Noël " viendrait aussi du latin natalis (naissance), sous-entendu dies (jour de naissance) et évoquerait la naissance de Jésus. L'étymologie étant décidément labile, ce nom peut encore être issu du latin novella, mot qui désignait au Moyen Age les cris de joie populaires à l'annonce des bonnes nouvelles, comme la naissance d'un héritier du trône ou le mariage d'un prince. La plupart des traductions mettent l'accent sur la naissance : en anglais, Christmas signifie littéralement la messe du Christ. En italien Natale, comme Natividad en espagnol et Natal en portugais ont la même origine. En allemand, enfin, Weihnachten renvoie aux nuits sacrées, car elle dure deux jours du 24 décembre au 26 inclus.
En réalité, l'étymologie contient le paradoxe des origines de la fête qui implique deux conceptions différentes du temps, celle d'un " éternel retour " célébré notamment par des fêtes saisonnières se déroulant au moment du solstice d'hiver, c'est-à-dire une conception mythique, et celle, historique, c'est-à-dire irréversible, du monde judéo-chrétien 1 qui marque le début de notre ère.
Le solstice 2 d'hiver, du latin sol, soleil, et stare, s'arrêter, qui signifie littéralement le soleil s'arrête, en marquant la fin du déclin du soleil annonce aussi sa renaissance. Or cette " transition astronomique " a toujours été effrayante pour les hommes, faisant resurgir des peurs archaïques liées à la crainte de ne pas voir le soleil renaître. Elle est aussi une période dangereuse où les morts hantent les vivants. On conçoit alors que le soleil ait été l'objet de différents cultes très tôt attestés dans toute l'aire indo-européenne, donnant ultimement lieu à la création d'une théologie solaire, qui sera l'aspect le plus déterminant dans l'émergence du monothéisme chrétien 3 et dont de nombreux éléments vont être réinterprétés dans la fête de Noël.
Du nord au sud, l'Europe a ainsi connu des célébrations du solstice d'hiver. La fête de Yule, par exemple, qui est présente dans toute la Scandinavie, était à la fois une célébration des morts et de la fertilité illustrant la rencontre entre les cultes funéraires et agraires. Elle appartient à ce que Mircea Eliade a nommé les " rites de régénération du temps ". Pour les populations nordiques, cette période était favorable au rapprochement des morts et des vivants et, à l'apogée de la fête, les défunts envahissaient le monde pour favoriser un retour de la vie semblable à celui qui s'observe dans le règne végétal. Dans ce modèle dit " agraire ", la mort n'est alors qu'un état provisoire et les longues nuits d'hiver qui favorisent ces cultes anticipent déjà la renaissance de la végétation.
Au sud, dans l'Empire romain à la même période exactement, on pouvait assister au retour d'une des fêtes les plus anciennes et les plus populaires de la religion romaine, les Saturnales, qui se déroulaient entre le 17 et le 24 décembre. Ces libertas decembris, chantées par Horace, célébraient le règne de Saturne, dieu des Semailles et de l'Agriculture, règne qui correspondait à un âge d'or où l'esclavage et la propriété étaient inconnus 4. La fin de l'année était alors vouée à la licence la plus effrénée, l'ordre hiérarchique était systématiquement inversé, le fait le plus marquant étant l'abolition de la distinction entre l'homme libre et l'esclave, ce dernier pouvant se moquer de son maître, s'enivrer comme ses supérieurs. Le roi des Saturnales, un jeune soldat élu par tirage au sort, la clôturait en se donnant la mort, après avoir goûté à tous les plaisirs pendant trente jours. Cette présence des morts, le sacrifice comme les orgies, marquait ainsi la fin de l'année 5. Les derniers jours, lors de la fête des Sigillaires, les Romains échangeaient également des présents, organisaient des festins et décoraient leurs maisons de lierre. C'est là sans doute le plus lointain souvenir du réveillon.
Arnold Van Gennep a vivement critiqué cette théorie dite " solsticiale " en rappelant que la date du solstice d'hiver, soit le 21 décembre, ne correspondait pas à celle de Noël, pas plus que le solstice d'été à celle de la Saint-Jean : " Le folkloriste qui expliquera ce décalage de quatre jours à la Noël comme celui de trois jours à la Saint-Jean aura bien mérité de notre science 6. " Ces quatre jours n'ont pourtant pas troublé d'autres érudits qui, à l'instar de James Frazer, ont assimilé ce décalage à une erreur des Anciens : " Une chose est certaine, écrit-il, c'est que le solstice d'hiver que les Anciens plaçaient par erreur le 25 décembre était célébré dans l'Antiquité comme l'anniversaire de la naissance du soleil, et qu'on faisait des feux de fête et de joie en l'honneur de cet heureux événement. " Pour Noël, ajoute-t-il, " nous n'en sommes pas même réduits aux conjectures... la fête n'est pas autre chose que la continuation, sous un nom chrétien, de cette ancienne fête du soleil. Une coutume semble d'ailleurs avoir survécu dans la chrétienté moderne, celle de la bûche de Noël qui devait ranimer le feu solaire " 7. Comme la Saint-Jean, cette célébration est donc une fête du feu qui porte l'empreinte de ses origines païennes. Ainsi la Nativité et
l'Epiphanie, fêtes jumelles, reprendront le même grand rythme qui correspond dans le calendrier romain aux Saturnales et aux Calendes de janvier, dédiées respectivement à Saturne et à Janus 8.
Une autre survivance païenne se retrouve dans le fameux cycle des douze jours auquel appartient Noël et qu'il inaugure. Dans la pensée populaire, ce cycle qui s'achève le jour de l'Epiphanie est considéré comme une réduction de l'année entière, les douze jours correspondant aux douze mois. Cette croyance est très ancienne puisqu'on la trouve déjà chez les Aryens de l'époque védique en Inde et de multiples superstitions sans rapport avec le christianisme s'y rattachent. James Frazer fit l'hypothèse que cette période intercalaire était destinée à mettre en accord l'année lunaire et l'année solaire. Période extraordinaire où le temps est littéralement suspendu, les règles habituelles de vie ne s'appliquent plus, la loi et la morale sont aussi en attente 9. Il s'agit là d'une sorte d'" interrègne ", selon J. Frazer, dont le " roi de la Fève " peut être un symbole. Le douzième jour est du reste le jour des Rois dans certains pays d'Europe 10.
 
 
Le 25 décembre, un choix stratégique ?
 
Un fait est aujourd'hui bien établi : la fête de Noël célébrée le 25 décembre a été ignorée des chrétiens des trois premiers siècles. " Ce qui allait en effet constituer
une date centrale pour l'Eglise chrétienne ne souciait pas du tout les premiers fidèles pour la simple raison que la naissance du Christ n'était pas mentionnée... Beaucoup plus que l'incarnation, sa mort et sa résurrection intéressaient ces premières communautés ", note le théologien Oscar Cullmann 11. Ces premiers chrétiens ne célébraient d'ailleurs pas davantage la naissance des apôtres ou des martyrs, et Origène attire l'attention sur le fait que, dans la Bible, seuls les impies tels Pharaon et Hérode ont fêté le jour de leur naissance.
Les deux seuls évangélistes qui évoquent cette naissance, saint Luc et saint Matthieu, n'ont cependant jamais donné d'indication calendaire et, lorsque les Pères de l'Eglise voulurent lui attribuer une date précise, leurs savants calculs n'aboutirent pas au même résultat. On trouve ainsi dans un comput pascal datant de l'an 243 que le jour de naissance aurait été d'abord fixé au 28 mars - cette date correspondant à une période où jour et nuit ont la même longueur -, car il est dit dans la Genèse que Dieu, lors de la Création, sépara la lumière des ténèbres. Aux trois premiers siècles, la date est située au printemps 12. La présence des bergers, non loin de la crèche mentionnée par Luc, ferait en effet songer que cette naissance survint plutôt en mars à l'époque plus clémente de l'agnelage.
Au iie siècle, une première mention de la fête se trouve chez Clément d'Alexandrie qui, évoquant les disciples du gnostique Basilide, nous apprend que ceux-ci fêtaient le 6 ou le 10 janvier le baptême du Christ, considéré comme la première " apparition " ou " manifestation " (du grec epiphaneia) divine 13. Dès la première moitié du ive siècle, cependant, la fête de l'Epiphanie réunit à la fois le baptême et la naissance du Christ.
Un papyrus daté du ive siècle découvert en Egypte contient la plus ancienne liturgie de Noël, célébrée alors dans la nuit du 5 au 6 janvier. Une autre description, due à Ephrem, Père de l'Eglise qui vécut également au ive siècle, nous est parvenue de Syrie 14. L'auteur fait mention dans cet extraordinaire document " des maisons ornées de couronnes ", il décrit la joie des enfants et l'allégresse des adultes. La nuit est tout particulièrement évoquée : " Voici la nuit, la Nuit qui donna la paix à l'Univers "... " qui pourrait dormir en cette nuit où veille l'univers entier ? " Etaient alors fêtées la naissance, l'adoration des bergers et l'apparition de l'étoile. Le jour suivant était consacré à l'adoration des Mages et au baptême du Christ dans les eaux du Jourdain. Un troisième document a été conservé où l'on découvre la pèlerine Egérie relatant à son tour cette fête lors de son séjour en Palestine 15. Elle raconte comment, dans la nuit du 5 au 6 janvier, tous se rendaient avec l'évêque en un cortège solennel à Bethléem pour y célébrer un culte nocturne dans la grotte qui était censée être celle où Jésus naquit. A l'aube du 6 janvier tout le cortège arrivait à Jérusalem à l'église de la Résurrection dont l'intérieur était illuminé de " milliers de bougies ".
Le symbole de la lumière est ici encore omniprésent. Mais cette " réunion de deux événements, naissance et baptême, sous un thème commun devint peu à peu difficile à concevoir d'un point de vue théologique ", dit Cullmann, et la nécessité de choisir une date s'imposa. La fixation au 25 décembre s'est faite à Rome sans doute en 336, à la fin du règne de Constantin 16. Ce choix semble avoir été hautement tactique.
 
 
Le culte de " Sol invictus "
 
Le culte de Sol invictus (Soleil invaincu) introduit sous l'Empire romain par les gnoses orientales fut, après une période d'interdiction, proclamé religion officielle sous le règne d'Aurélien (270-275) 17. Ce dernier qui se déclarait " l'incarnation vivante du dieu soleil " conférait ainsi au pouvoir politique une dimension sacrée encore jamais atteinte.
A la même époque, un culte oriental, celui du dieu persan Mithra, importé par les soldats à partir de l'Asie Mineure, joua un rôle majeur. Implanté très tôt à Rome en 75 après J.-C., les sanctuaires se multiplient surtout entre le iie siècle et le ive siècle, essentiellement en milieu urbain, dans l'armée et l'administration. Le mythe nous apprend que Mithra est né d'un rocher le 25 décembre. Tuant sur ordre du Soleil le taureau dont le sang répandu dans les champs va permettre à la nature de renaître, Mithra, héros primordial, est aussi un dieu de la lumière. Juste après le sacrifice du taureau, il monte en effet sur un char solaire. C'est ce dernier caractère qui a permis de l'identifier également à Sol invictus 18.
Cette religion initiatique, dont le sacrifice était une promesse d'éternité et dont l'acte essentiel était le repas pris en commun, fit une très sérieuse concurrence au christianisme primitif. Les premiers chrétiens eux-mêmes y restèrent encore longtemps très attachés car beaucoup d'autres analogies autorisaient en effet des comparaisons. Les mithraïstes sacralisaient par exemple le dimanche et l'oblation du pain ; on représentait Mithra naissant d'un rocher, en présence de bergers, ou faisant sourdre l'eau miraculeuse. Au iiie siècle, le mithraïsme était prêt à convertir le monde gréco-latin 19. Mais cette religion qui restait masculine excluant de fait la moitié du genre humain ne résista pas à l'introduction du culte de la Vierge.
A l'instar de celle de Mithra, la naturalisation romaine d'autres dieux étrangers orientaux eut une influence déterminante sur l'émergence du christianisme. Adonis venu de Syrie et Attis de Phrygie, Isis " véritable madone bienveillante " originaire d'Egypte, tous importaient le sens du sacrifice rédempteur, de la dévotion mystique, d'un dieu sauveur à une époque de crise métaphysique où s'affirme la notion de destinée individuelle et où se font sentir les premières failles de la pax romana. Ces religions à mystères ont en quelque sorte " préparé le terrain ". Toutes comportaient en effet " des initiations capables de frapper l'imagination, des espérances d'immortalisation et de déification, en un mot la certitude d'être protégé ici-bas et sauvé dans l'au-delà 20 ", écrit Pierre Hadot.
Si Aurélien fut le promoteur de la théologie solaire, Constantin fut le premier à reconnaître la domination d'un dieu unique sur le monde et du même coup celle de l'empereur sur le monde romain 21. Premier souverain à se convertir au christianisme, il n'hésite cependant pas à faire ériger des statues du dieu soleil à son image. Dans cette Rome de la première moitié du ive siècle, images païennes et images chrétiennes coexistent encore pacifiquement, les cultes se mêlent et cette symbiose correspond à un certain idéal de tolérance. C'est à cette époque que la célébration de Noël fait son apparition et que le 25 décembre fut choisi, date syncrétique par excellence, le " jour de naissance de toutes les divinités orientales ", dira Mircea Eliade, mais aussi le lieu de rencontre " du mystère de la renaissance avec celui du monothéisme ".
On comprend alors que l'Eglise de Rome ait systématiquement opposé au culte païen du soleil sa propre fête de la lumière. Toutes les prédications conservées pour Noël insistent sur le fait que le Christ est " le nouveau soleil ". Malachie désignait déjà dans ses prophéties (3, 20) le Messie à venir comme le " soleil de justice ". La lumière est aussi au cœur de l'annonce d'Isaïe : le Verbe comme " lumière du monde ". Sans cesse, " il fallait rappeler que le passage de Matthieu (14, 2) : "Pour vous se lèvera le Soleil de justice", était une prédiction qui se rapportait au Christ, et non à Mithra 22 ".
On trouve ainsi plusieurs sermons de saint Augustin qui " exhortent les chrétiens à ne pas adorer ce jour-là le Soleil mais Celui qui l'a créé ". Ambroise de Milan commente d'ailleurs l'appellation populaire du jour de naissance du Christ : " le soleil nouveau " car, disait-il, " avec l'apparition du Sauveur, se renouvellent non seulement le salut de l'humanité, mais aussi la clarté du soleil ". De même que lors de la passion du Christ le soleil s'est obscurci, de même faut-il qu'à sa naissance il resplendisse plus éclatant qu'auparavant (sermon 6). Noël reste ainsi le symbole de cette " lumière nouvelle ", pour les chrétiens.
Longtemps l'Eglise eut à tenir compte des rites païens pour amener les populations à la conversion. Ramsay Mac Mullen cite de nombreux exemples où la pratique chrétienne n'était que " la traduction de la pratique païenne " ; ainsi en est-il de l'encens, de la lumière des lampes et des cierges qui encadraient nombre de rites païens 23.
Choix tactique de l'Eglise primitive pour éliminer progressivement les cultes solaires ou stratégie politique de l'empereur Constantin qui aurait favorisé le christianisme - parce que, religion plus organisée, elle pouvait permettre d'unifier plus facilement l'Empire et asseoir ainsi sa puissance -, il reste que tout en ayant aboli les oracles, les sacrifices privés, Constantin lui-même n'a cessé de favoriser le culte solaire. Sa conversion en 312 inaugure néanmoins une ère nouvelle car, pour la première fois, il exista une religion d'Etat, dotée en outre de ce caractère missionnaire propre au christianisme 24. Les empereurs chrétiens qui succéderont à Constantin hériteront de l'intolérance de leurs prédécesseurs et, les mesures antipaïennes devenant de plus en plus sévères, " l'aristocratie comme le peuple se rallieront par crainte ou par conformisme à la religion triomphante ". Il serait pourtant erroné de croire que le paganisme disparut brutalement, car non seulement la résistance des païens - surtout dans l'aristocratie qui en fut le dernier bastion - fut vigoureuse, mais les premiers prêcheurs chrétiens tenaient aussi souvent compte des coutumes existantes pour mieux imposer le nouveau culte 25. Ainsi en a-t-il été de saint Augustin de Canterbury au vie siècle (envoyé en Angleterre par Grégoire le Grand pour y prêcher l'Evangile en 597), qui reçut la recommandation expresse de respecter les traditions des peuples qu'il allait tenter de convertir et de tirer parti des rites de la fête du solstice au profit de celle de la Nativité, y compris du rite du sacrifice des bœufs 26.
C'est à partir du ive siècle, néanmoins, que la fête de Noël s'est diffusée depuis Rome dans toute la chrétienté, bien que de nombreuses Eglises d'Orient tinssent toujours à fêter l'Epiphanie sous sa forme ancienne 27, le 6 janvier.
A Antioche, en Syrie, l'opposition fut particulièrement vive jusqu'à ce que Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople, dans un sermon resté célèbre du 20 décembre 386, convoque ceux qui l'écoutaient à venir célébrer cinq jours plus tard la naissance du Christ, " le berceau de toutes les fêtes ", naissance " qui, plus que toute autre, inspire le respect et fait frémir ". Chacun doit cette nuit-là, dit-il, " quitter sa maison pour aller contempler Jésus étendu dans la crèche ". Une grande foule semble avoir obéi à son invitation. L'accord des coutumes finit par avoir lieu : le 25 décembre commémora la naissance du Christ, et le 6 janvier sa révélation aux gentils 28.
Au vie siècle, le canoniste Denys le Petit fixa l'année de la naissance du Christ, c'est-à-dire celle de notre calendrier, avec, si l'on en croit les découvertes récentes, six années de retard - ce qui implique pour l'anecdote que l'an 2000 aurait dû être fêté en janvier 1994 !
 
 



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