Alain Lallemand et Pierre Schepens
Les nouvelles drogues de la génération « rave »
Parents, que savez-vous ?
Document
Alain Lallemand, 39 ans : depuis plus de dix ans,
grand reporter au service international du journal Le Soir,
de Bruxelles. Spécialiste du crime organisé et des stupéfiants,
il a publié L’Organizatsiya, la mafia russe à l’assaut du monde,
(1996, Calmann-Levy), et en Belgique, un best seller : Le
cannabis expliqué aux parents (1999, Luc Pire).
Dr Pierre Schepens, 40 ans : chef du service de psychiatrie
de la clinique St Pierre (Université Catholique de Louvain, Belgique).
Impliqué dans le développement de l’éthique psychiatrique, il explore
au quotidien l’usage des substances psychoactives détournées de
leur usage médical.
Préliminaires
Tu es en terrain ardent.
Tu n’ignores pas ce refrain : qui courtise
le savoir tutoie le diable.
Martine Azoulai, La Chair des dieux.
ui
sommes-nous?
Quel curieux livre! Ses auteurs affirment d’emblée qu’il existe
des drogués heureux. Heureux, donc sans histoire. Voilà qui est
en nette rupture avec la tradition française. C’est entendu :
le recours aux drogues révèle la quête d’un plaisir supérieur ou
d’une douleur atténuée. Il dénote l’existence d’une attente déçue
face à la vie réelle. Mais réduire l’usage des drogues aux statistiques
des services d’urgence et commissariats de police, bref, réduire
les drogues à un malaise puis aux drames qu’il engendrerait inévitablement,
revient à sous-estimer le pouvoir propre de séduction des stupéfiants.
A nier les usages purement récréatifs et contrôlés. Nous avons même
la faiblesse de penser que ces usages bénins – comme on évoque une
maladie «bénigne» – sont majoritaires.
Pour autant, aucun usage de drogue ne se produit sans risque, et
les pages qui suivent ne sont pas exemptes de drames. Ce pour quoi
l’association d’un reporter et d’un psychiatre était indispensable :
pour raconter l’«histoire des sans-histoire», l’un a trouvé des
documents confidentiels en tous genres, fouillé les archives de
police, les comptes-rendus de services hospitaliers, décrypté les
formules chimiques, écumé les recoins de l’Internet. L’autre, outre
l’accès privilégié aux sources médicales et académiques dont il
bénéficie, était à même d’y superposer la rigueur du praticien mais
surtout de sonder les âmes, les vertiges de l’absence de bonheur,
et d’apporter aux faits bruts la chair dont ils sont dépourvus.
Mais au fait, qui sommes-nous? Les auteurs de ce livre sont tous
deux de nationalité belge, ce qu’on pourrait résumer ainsi :
mi-français mi-néerlandais dans un pays qui fut le champ de bataille
des puissances voisines, et où continuent à s’entrechoquer les politiques
antidrogues les plus divergentes de l’espace européen. De 1997 à
2001, nous étions aux premières loges lorsque notre pays s’est engagé
dans la dépénalisation de fait du cannabis et de sa détention pour
usage personnel. Cette minirévolution a permis de confirmer le manque
d’information de base sur ce qui demeure pourtant le stupéfiant
illicite le plus répandu dans toute l’Europe : les parents,
les éducateurs – et les consommateurs eux-mêmes – étaient particulièrement
dépourvus d’informations fiables, livrées de manière claire et sur
un support adéquat. Nous avons été fiers de combler ce vide en diffusant
en Belgique le premier ouvrage de vulgarisation spécifiquement destiné
aux parents, aux éducateurs et, ne soyons pas naïfs, aux consommateurs.
Son fil conducteur : par le seul recours à l’autorité, le meilleur
des parents n’est pas en mesure d’éviter un éventuel usage de stupéfiants
par l’enfant si celui-ci a décidé de passer à l’acte. Par contre,
l’adulte peut devenir une source d’information digne d’être écoutée
pour autant qu’elle relaie une information objective, dénuée de
biais idéologique. Et cette fonction de «leader d’opinion» peut
être, elle, décisive.
Mais aujourd’hui, l’information doit porter aussi sur d’autres stupéfiants,
plus récents, moins répandus et plus complexes que le cannabis,
également plus dangereux. La crédibilité du discours est à nouveau
primordiale : si elle le fut face au cannabis, elle l’est davantage
encore lorsque surgit la menace des drogues synthétiques. Des drogues
qui, elles, peuvent tuer.
Notre axiome : les plus jeunes sont perméables à la rumeur,
mais les adultes ont souvent l’avantage de pouvoir collecter et
organiser une information fiable, crédible, qui sera peut-être entendue
par les plus jeunes. Voilà pourquoi ce livre existe et veut être
un joker dans les mains des parents.
Par-delà notre complémentarité rationnelle, il faut ajouter que
le reporter et le psychiatre partagent des convictions qui en font
des amis, voire des complices, à l’heure de livrer la substance
de cette enquête.
o Parents, qui vous informe?
Un premier constat, essentiel : en matière de stupéfiants,
le grand public et les supports d’information de large diffusion
viennent de prendre dix années de retard. L’information récente
est livrée par bribes, sans continuité, ou doit être recherchée
dans les seules publications «tendance» et underground. Pas dans
les médias de masse. L’Internet, qui s’est développé en même temps
que les nouvelles drogues, les a intégrées de manière exemplaire.
Mais combien de parents iront y puiser une information qui reste
brute et multilingue?
Nous n’avons pas trouvé d’explication rationnelle à cette absence
d’information générale, cet aveuglement qui couvre une période importante :
pourquoi l’émergence du crack, puis la vulgarisation de l’ecstasy
(1988) demeurent-ils les derniers repères forts dans un monde en
mouvement perpétuel? Est-ce par désintérêt, ou parce que la matière
est extrêmement rébarbative? Est-ce parce que l’information, notamment
policière, a été verrouillée durant une pleine décennie? Est-ce
dû au manque de pédagogie et de remise en question de nos médias?
Toujours est-il que bien peu de parents – et combien de médecins?
– ont aujourd’hui une idée claire de ce que représentent les nouvelles
drogues, fussent-elles au nombre des plus connues : buprénorphine,
GHB, 4-MTA, kétamine. Curieusement, il se trouve dans le seul monde
du polar des auteurs qui décrivent avec maints détails ce que sont
les nouveaux ressorts de la «planète drogue». Mais peut-on parler
de grande diffusion? Et ces bribes d’information contiennent-elles
une valeur autre que romanesque?
Le premier problème est d’ordre sémantique : au début de ce
siècle, le mot «ecstasy» qui désignait à l’origine la seule molécule
chimique MDMA, puis qui a été utilisé pour nommer les dérivés d’amphétamines,
est devenu un terme générique vidé de son sens. Les dealers vendent
«de l’ecstasy», faute de savoir ce que renferment leurs comprimés.
Lors de saisies, les policiers eux-mêmes parlent d’ecstasy par prudence
– en attendant les résultats d’analyse – ou par facilité. Dû à un
effet de contagion, et parce que les politiques sont rarement mieux
renseignés que le grand public, le mot «ecstasy» s’est dissous dans
un océan chimique inexploré. Pour tenter de comprendre un phénomène
aussi complexe et souterrain que l’usage des drogues, on ne peut
pas réunir sous une même étiquette des produits aussi contraires
que les dépresseurs et les stimulants, liés à des besoins et usages
radicalement opposés. Le pire des dangers étant que l’on avale l’un
pour l’autre.
Or l’information est une clé de la prévention des drogues, et en
est peut-être même la plus importante.
Deuxième constat, apparenté au manque d’information : les idées
reçues ont la peau dure. Bien que les enquêtes par sondage donnent
une vision plus nuancée des nouveaux usages de stupéfiants, la seule
évocation des drogues synthétiques renvoie quasi automatiquement
à la vision de raves, de rébellions, d’adolescents en recherche
vivant un certain malaise. La vision n’est pas fausse, mais cruellement
incomplète : d’une part, elle gomme l’aspect purement festif
des raves, et, d’autre part, fait l’économie des adultes
parfaitement intégrés socialement qui se défoncent dans la
sphère privée, loin du beat des DJ’s, et y trouvent sinon
le bonheur, du moins le plaisir qu’ils en attendaient. La règle
n’est pas ici celle de l’adolescence ni de la rébellion. L’ordre
public n’en est pas affecté, raison pour laquelle, sans doute, ces
«voyages» n’apparaissent guère dans les statistiques.
Comme le veut l’adage, «les gens heureux n’ont pas d’histoire».
Si une consommation n’est pas problématique, elle n’est pas visible
et, en termes répressifs ou politiques, n’existe pas. Pourtant,
à défaut d’image statistique du phénomène, qu’il soit simplement
permis de rappeler que, pendant plusieurs années, la consommation
de tranquillisants en France a été l’une des plus élevées d’Europe :
plus du double, en moyenne, que la consommation allemande ou norvégienne#1.
Paris prendra des années avant de s’en rendre compte et de ramener
la France à des usages plus rationnels. Par ailleurs, dans les années
soixante-dix, la France produisait à tour de bras des amphétamines
et méthamphétamines à usage médical2#, sans réaliser l’impact que
cette surconsommation allait avoir. Le constat est valable pour
d’autres pays d’Europe : l’usage de tranquillisants dans la
population féminine belge (26,1 %) talonne celle du cannabis
(32,4 %)3#, et il apparaît par ailleurs que 10,9 % des
Belges admettent prendre des médicaments (et singulièrement des
antidépresseurs) uniquement – uniquement! – pour se sentir en meilleure
forme. Bref, notre expérience professionnelle et privée nous incite
à penser qu’il existe dans toutes les strates de la population européenne
une généralisation de l’usage de substances, disons, dérivatives,
dont nous ne soupçonnons ni la diversité ni l’abondance. Le détournement
des médicaments licites n’est pas seul en cause, et la percée des
nouvelles drogues n’est pas liée à la seule jeunesse. L’explosion
des substances psychédéliques aphrodisiaques, comme le 2C-B ou le
GHB, est là pour le démontrer : il existe un marché privé,
notamment à connotation sexuelle, qui capte avec divers produits
les jeunes comme les adultes, et qui a pour objet, non pas de combler
des «moins», mais d’apporter des «plus» à la vie. En ce sens – et
ce peut être terrifiant – nous vivons déjà ce qu’Aldous Huxley avait
décrit dans Le Meilleur des mondes.
Nous devons admettre que l’usage de drogues synthétiques ne peut
être systématiquement réduit à la notion de malaise. Si nous admettons
que les drogués heureux ne consultent ni médecins ni psychiatres,
nous aurons alors une vision toute différente du phénomène. Les
overdoses mortelles, les effets d’annonce de la guerre à la drogue
ne doivent pas dissimuler l’émergence d’une culture basée sur le
plaisir immédiat, la quête du bonheur chimique, sans exclure la
possible réapparition d’un authentique mouvement psychédélique qui
rappelle celui de Timothy Leary, des années soixante et du LSD.
Il n’est pas question de juger cette culture spécifique, encore
moins d’y souscrire, mais de conserver dans son champ de vision
des produits et des usages qui, parce que conformes à l’ordre ambiant,
risqueraient de nous échapper.
Si nous admettons l’idée selon laquelle tout usage de stupéfiants
révèle une inadéquation face à la vie (nous exigeons davantage de
la vie, ou, au contraire, la vie est trop exigeante vis-à-vis de
nous), nous refusons d’assimiler le consommateur au délinquant,
au rebelle, au ferment de trouble social. Dans certains cas, la
consommation de stupéfiants, notamment stimulants, est même due
à l’évolution de nos sociétés. Exemple classique : le camionneur
use d’amphétamines pour traverser l’Europe et respecter les horaires
que lui impose un monde industriel qui, lui, souhaite éviter la
constitution de stocks. L’économie à flux tendus, peu respectueuse
de l’être humain, est entre autres génératrice de délits individuels
qui vont de l’excès de vitesse à l’ingestion de substances détournées
ou prohibées. Ce constat d’un «usage délinquant de produits prohibés
à seule fin de mieux s’intégrer à son environnement» n’est d’ailleurs
pas lié au seul monde économique : combien d’épouses ne vont-elles
pas abuser de Xanax® pour se donner l’impression de «gérer» un conflit
grave au sein du couple? Un parallèle s’impose avec la consommation
de drogues dites douces par l’adolescent : consomme‑t‑on
du haschisch dans les cours de récréation par pure volonté d’être
rebelle, ou pour mieux s’intégrer à un sous-groupe et à ses codes
de conduite? En définitive, le concept même de plaisir immédiat,
livré en mode d’emploi des stupéfiants, ne serait-il pas l’aboutissement
d’une logique de société? Avant même que l’enfant ne se frotte au
quotidien à la réalité économique, on lui inocule l’exemple de compétiteurs
sportifs dopés à l’EPO. Une substance dont il ne découvrira que
bien plus tard qu’elle est cousine de l’ecstasy, et produite en
outre par les même filières criminelles. S’il est des sportifs pour
admettre que le niveau actuel des performances ne peut être atteint
sans dopage, quel sera le comportement de l’adolescent à la veille
des examens?
o Bonheur®, en vente dans toutes les pharmacies
Notre troisième constat : l’apparition en fin de siècle dernier
d’une foule de médicaments de confort aux effets parfois psychotropes.
Le Prozac® n’en est que l’avatar le mieux connu. L’abus éventuel
de ces substances, par-delà la lettre des lois, rend dérisoire toute
tentative de séparation claire et radicale des usages légitimes
ou non. En France, au premier mois de son lancement, il s’est vendu
400000 boîtes de Viagra®. Etait-ce le signe d’une authentique pathologie,
ou plutôt celui d’une «médicalisation de l’existence»? Médicalisation
que nous infligeons en outre à nos enfants puisque 7 % des
nourrissons de trois mois auraient déjà consommé tranquillisants
et hypnotiques4… Le secrétaire d’Etat à la Santé Bernard Kouchner
détecte là une menace spécifique : «A vouloir gommer systématiquement
par des drogues ou des médicaments les expériences et les rugosités
de la vie, nous obtiendrons une société sans goût, sans but, incapable
d’avancer sans béquille. Bref, un bonheur insoutenable… Interrogeons-nous,
dès lors, sur l’insupportable et très recherché risque zéro5.»#
La médecine est en tout cas devenue le réceptacle de toutes nos
attentes, convoquée aux moment les plus incongrus. Nous attendons
des médecins qu’ils soient infaillibles, d’où leur apparition croissante
au titre de prévenu devant les tribunaux. Mais on leur demande paradoxalement
qu’ils soient auxiliaires de justice et interprètent le droit, d’où
la montée en puissance des experts judiciaires. Nous espérons de
nos «french doctors» qu’ils règlent les crises humanitaires, et
les invoquons enfin pour nous rassurer et nous border, le dimanche
soir, dans nos séries télévisées (Urgences). Dans ces conditions,
comment ne pas leur confier, outre nos malheurs, nos attentes de
bonheur?
C’est alors qu’il faut relever un second obstacle sémantique :
nous distinguons généralement médicaments et drogues, là où les
Anglo-Saxons ne parlent que de drugs. Or c’est Bayer qui
a inventé l’héroïne, commercialisée comme «antitussif n’entraînant
pas d’assuétude». C’est la société Merck qui fut la première à breveter
l’ecstasy6. C’est un salarié de Sandoz qui découvrit les propriétés
du LSD7#. Ironie du sort, les toxicomanes eux-mêmes baptisent désormais
le Rohypnol® du nom de la société pharmaceutique qui le commercialise :
un «Roche». La rédaction de ce livre nous a obligés à retrouver
sur notre clavier d’ordinateur la commande «®», tant les drogues
ont été et sont toujours un enjeu commercial. Un enjeu qui parfois
– on le verra avec le GHB – a compromis la lutte antidrogue au niveau
européen.
L’interaction entre le commerce licite de médicaments et le commerce
illicite des drogues nous a poussés à ouvrir ce livre par les «défonces
médicales», lesquelles ne représenteraient, à lire la majorité des
auteurs, qu’un bruit de fond dans nos sociétés. Nous sommes loin
d’en être convaincus : généralement occulté, ce «bruit de fond»
est assourdissant et s’est accru sans relâche depuis 1960. Nous
espérons que son évocation aura d’emblée pour effet de pousser les
parents à s’interroger sur leurs propres pratiques : avant
de condamner la drogue des autres, ne faut-il pas s’interroger sur
le contenu de sa propre table de nuit?
Nous avons intégré à notre récit les expériences de consommateurs,
parce que les drogues représentent en premier lieu, par-delà les
équations chimiques, une réalité subjective, à explorer de l’intérieur.
Pour comprendre un produit, il faut connaître ses attraits. Mais
soyons clairs : jamais nous n’avons testé les substances traitées
dans cet ouvrage et n’en émettons aucun désir ni regret. Ce livre
n’est pas Acid Test8#. Nous rendons compte d’usages, des
cultures qui leur sont associées, sans pudeur ni préjugés, mais
sans y souscrire. Nous conservons à l’esprit qu’information et militance
font mauvais ménage. Et, en outre, que la grande majorité des substances
présentées ici sont dangereuses, parfois mortelles.
NOTES
1. Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS),
rapport 2000.
2. OICS, op. cit.
3. René Patesson, Pascale Steinberg, Enquête sur les Belges
et la drogue, ULB, novembre 2000.
4. Résultat d’une enquête menée sur les nourrissons du xvie
arrondissement de Paris.
5. Bernard Kouchner, préface à Bernard Roques, La Dangerosité
des drogues, éd. Odile Jacob, Paris, janvier 1999.
6. OEDT, New trends in synthetic drugs
in the European Union, Lisbonne, 1997.
7. OEDT, op. cit.
8. Le livre de Tom Wolfe, Acid Test, publié en 1967,
était en voyage à l’intérieur du mouvement psychédélique et de la
beat generation.
La mort sans ordonnance
Jackie is just speedin’ away
Thought she was James Dean for a day
Then I guess she had to crash
Valium would’ve helped that bash
She said hey babe, take a walk on
the wild side
Lou Reed, «Walk on the wild side».
Cela ressemble à une vague. A moins qu’il ne s’agisse, le recul
aidant, d’une montagne russe, de l’un de ces incessants manèges
qui passent et reviennent sur l’obstacle jusqu’à vous chavirer le
cœur : Rohypnol®, Valium®, ecstasy. Rohypnol®,
Valium®, ecstasy…
Plus bas, une autre vague déferle – Valium®, Subutex®, Rohypnol® –
et vient mourir en héroïne et Survector®. Tout un poème : «Survector»,
voilà un nom qui appelle le souvenir des héros d’enfance. Survector,
Superman et Mandrake le magicien…
Mais nous sommes bien loin de Gotham City. Nous sommes dans un monde
où «Superman» désigne un comprimé d’ecstasy, et où seuls les somnifères
s’appellent Mandrax. Nous voilà rue Lafayette, à Paris, à un jet
de pierre de la gare du Nord, au siège de l’Observatoire français
des drogues et des toxicomanies (OFDT). Ici, on analyse les première
percées, la diffusion et l’apogée des nouvelles drogues, puis leur
déclin prévisible. Que ce soit dans l’espace festif – les raves,
soirées techno, clubs – ou dans l’«espace urbain», les grandes villes
abritent en majorité des usagers à problèmes. Les vagues qui ont
capté notre attention décrivent la consommation de drogues telle
qu’elle pouvait être établie en France en mars 2000, au départ des
sites d’observation de Paris et banlieue, Metz, Lille, Lyon, Dijon,
Rennes, Bordeaux, Toulouse, Marseille. Dans la «première vague»,
qui décrit le milieu festif, le Rohypnol est en début de parcours,
le Valium a le vent en poupe, et l’ecstasy s’essouffle déjà. Dans
la «deuxième vague», centrée sur les villes, le Valium est en début
de parcours, le Subutex est à plein régime, et le Rohypnol, déjà,
s’épuise.
La surprise n’est évidemment pas de constater qu’après dix ans de
succès populaire, l’ecstasy a atteint son plafond dans les soirées
techno; ou que les décoctions artisanales de pavot atteignent désormais
une large diffusion dans l’Hexagone. Non, la surprise provient du
succès des substances médicales auprès des toxicomanes : dans
les villes françaises, le Rohypnol détrône l’héroïne, alors que
d’autres substances médicales, comme l’Artane® et le Valium, déjà
dans le pipe-line, attendent leur heure de gloire. Particularité
française : les héroïnomanes n’y sont pas traités majoritairement
à la méthadone, substitut le plus fréquent en Europe, mais au Subutex.
Ce qui complique le tableau et ajoute ce médicament aux drogues
de large diffusion illégale telles que la cocaïne : car, bien
évidemment, s’il est prescrit, ce médicament apparenté à l’opium
se retrouve rapidement dans les filières de trafic1. Bien loin des
images traditionnellement véhiculées par nos téléviseurs, la «drogue»
n’est pas uniquement le fruit de laboratoires clandestins, de chimistes
allumés retraitant la production d’humbles cultivateurs des forêts
tropicales. Il y a aussi, derrière ces marchés, du «copyright» et
des marques déposées…
Nous n’avons cité que quelques médicaments, et voilà qui est déjà
trop. Lorsqu’il s’agit de parler de drogues illicites en général,
rien de plus facile : trois ou quatre produits d’origine végétale
dominent le marché : cannabis, cocaïne, héroïne. Pas de quoi
en attraper des maux de tête. Mais lorsqu’il s’agit de médicaments
détournés, comment s’y retrouver sans être chimiste ni médecin?
L’industrie pharmaceutique recense plus de 6100 substances dites
«psychotropes» – agissant chimiquement sur le psychisme – dont l’écrasante
majorité est commercialisée sous diverses étiquettes : analgésique,
anesthésique, antidépresseur, neuroleptique, anxiolytique, etc.
Qui plus est, le jeu des licences nationales multiplie les appellations
commerciales, au point qu’une même molécule, comme celle du «diazépam»,
utilisée entre autres pour le sevrage alcoolique et le traitement
de l’insomnie, est vendue légalement dans le monde sous 85 noms
différents. Pour cet exemple heureusement, il existe une dénomination
commerciale dominante utilisée dans presque toute l’Europe, la Suisse,
les Etats-Unis : le Valium. Malheureusement, en retenant ce
seul nom, on tronque déjà la réalité : si cette appellation
commerciale est utilisée, parle‑t‑on effectivement du
Valium produit légalement par les laboratoires X (la société Roche
en l’occurrence) puis détourné des circuits commerciaux, ou parle-t‑on
d’un produit similaire, voire contrefait? Par ailleurs, puisque
l’objectif est celui de la clarté, comment le lecteur britannique
pourrait-il deviner que cette molécule est également vendue dans
son pays, et dans les mêmes doses, non seulement sous le nom de
Valium mais aussi de Tensium®, voire sans étiquette commerciale
aucune (ce qu’on appelle un «médicament générique»)?
Le problème se complique encore lorsqu’on traite de médicaments
dont le nom scientifique est une horreur («trihexyphénidyl hydrochloride»…),
connus dans certains pays d’Europe sous le nom d’Artane®, mais inconnu
dans d’autres. L’Artane® est un produit utilisé dans le traitement
de la maladie de Parkinson ainsi que pour corriger les effets secondaires
des neuroleptiques, mais qui dispose par ailleurs d’effets hallucinogènes.
On peut se droguer avec des comprimés de 2 mg d’Artane®, vendus
en pharmacie à 0,3 FF (0,05 €) et qu’on retrouve sur le marché
noir parisien au prix de 5 à 10 FF (0,76 à 1,52 €). Cet
antiparkinsonien semble prisé dans le milieu festif, «notamment
au sein des boîtes de nuit pour homosexuels ainsi que dans les clubs
de gym»2.
Un Suédois devra savoir que, dans son pays, ce produit s’appelle
Pargitan®, alors que le Norvégien l’appelle Peragit®.
L’exemple du Subutex français est plus compliqué : il équivaut
au Temgésic® commercialisé dans la majeure partie de l’Europe3.
Mais les doses commercialisées en France sont 25 fois plus puissantes
que dans les autres pays d’Europe.
Pour éviter de sombrer dans un charabia de pharmacien à propos des
trafics de médicaments en Europe, nous retiendrons l’essentiel :
dans un pays, ou un groupe de pays donné, un produit ou un groupe
de produits pose, à un moment donné, un problème. A partir de là,
et comme il est impossible de le cerner dans son ensemble, dans
tous ses détails, on parviendra, par analogie, à en comprendre les
dimensions. Notre démarche n’est pas académique, c’est celle de
la vulgarisation. Nous opterons pour le nom le plus simple à retenir,
qu’il soit chimique ou commercial, et, lorsque nécessaire, nous
donnerons les «traductions».
o Les trafics de «benzos»
En mars 2000, au moment où la France constate la montée en puissance
de la consommation de médicaments non seulement parmi ses toxicomanes
mais aussi parmi les usagers récréatifs, quelle est la situation
internationale du trafic de médicaments?
Interpol4 dénonce, ce même mois de mars 2000, un trafic constant
d’un groupe précis de produits pharmaceutiques appelés «benzodiazépines».
Ce sont des anxiolytiques, donc des produits utilisés pour diminuer
l’anxiété. En gros, des tranquillisants. On les connaît sous les
noms de : Normison®, Halcion®, Lexomil®, etc.
En 1999, onze pays dans le monde ont réalisé des saisies importantes
de ces «benzos» dans des réseaux de trafics illicites. Trois molécules
connues en tête : le flunitrazépam (c’est la molécule du Rohypnol),
le diazépam (celle du Valium) et le témazépam (de type Normison5).
Un trio auquel les Nations unies, via son organe de contrôle des
stupéfiants, ajoutera un an plus tard l’alprazolam, cette «benzo»
mieux connue en Europe sous le nom de Xanax. En 2000, l’Organisation
mondiale des douanes signale la saisie de près d’un million de comprimés
de benzodiazépines dans le monde, et constate que ces saisies, en
Europe, ont quadruplé : plus de 600000 comprimés pour
ce seul continent. Qu’est-ce que cela signifie? On sait que les
saisies représentent sans doute moins d’un dixième du volume effectivement
trafiqué. On peut en conclure que sont livrés chaque année sur le
marché noir européen environ 6 millions de comprimés, presque
l’équivalent de toute la consommation licite d’un pays comme la
Belgique (8 millions de comprimés).
Ces dernières années, les trafics de «benzos» démantelés ont surtout
concerné les pays scandinaves, lesquels ont effectué de larges saisies
de Rohypnol. Au Danemark, les «benzos» figurent parmi les quatre
drogues les plus fréquemment utilisées, aux côtés de l’héroïne,
du cannabis et de la méthadone, ce produit utilisé pour le sevrage
des héroïnomanes6. La Suède annonce pour sa part, de 1985 à 1998,
une multiplication par cinq des saisies de médicaments, pour la
plupart des tranquillisants et des sédatifs : ce pays est passé
de 500 à 2500 saisies annuelles, dont le produit-phare est
la benzodiazépine, et singulièrement le Rohypnol dont le prix d’un
seul comprimé, sur le marché illicite suédois, est de un à deux
euros7. Si on se réfère aux 294000 comprimés pharmaceutiques saisis
en Suède sur la seule année 1998, un tiers des saisies de police
et la moitié de toutes les saisies douanières de médicaments étaient
composées de comprimés de Rohypnol.
Le trafic des «benzos» est très organisé mais volatil, et profilé
pour chaque région du monde. Même des Etats où le Rohypnol® est
strictement interdit en sont submergés : de 1985 à 2001, 4500
cas de trafic de Rohypnol seront découverts aux Etats-Unis8. Il
est partout, les trafiquants copient les produits commerciaux, réalisant
des contrefaçons. Ainsi, l’Afrique a‑t‑elle été confrontée
à de faux comprimés de Rohypnol, d’une curieuse teinte rose.
En Scandinavie, les routes du trafic partaient, jusqu’il y a peu,
d’Europe de l’Est. Parmi les pays fournisseurs : la Tchéquie
et la Slovaquie9. Interpol annonce en 2000 que ces filières ont
été démantelées. Mais une nouvelle piste apparaît aussitôt :
la Norvège annonce en 1999 avoir réalisé deux saisies de Valium,
pour plus de 100000 comprimés au total, dont l’origine présumée
était la Thaïlande via la Suisse.
En Asie, les mouvements clandestins de «benzos» se multiplient.
En 1997, une cargaison de 1,8 tonne de diazépam (donc, de type «Valium»)
est interceptée entre la Chine et Singapour. Les policiers s’aperçoivent
que la cargaison est destinée à l’Indonésie, un pays où l’on constate
depuis 1996 de nombreuses tentatives de détournement de ce produit.
De son côté, l’Inde signalera avoir intercepté, en janvier 1999,
un passager embarquant à destination de Tachkent (Ouzbékistan) avec
plus de 500000 comprimés de diazépam. Près d’un an plus tard, le
25 décembre 1999, les Indiens appréhendaient un Ouzbek, en route
lui aussi pour Tachkent, avec 92000 comprimés de diazépam dans ses
bagages… En 2000, la Fédération de Russie saisit en un seul coup
250 kilos de diazépam (équivalant à 125 millions de comprimés!)
venus de Chine et destiné à la Roumanie10. L’Europe est sans doute
approvisionnée en benzodiazépines illégales au départ de l’Asie.
De 1993 à 1997, la production mondiale de diazépam est de plus de
80 tonnes par an. En 1998, seuls 9 pays en produisaient, et la part
de la Chine représentait 58 % de la production mondiale, celle
de l’Inde 12 %. L’Asie en est donc, et de très loin, le premier
producteur et la première source d’approvisionnement possible des
trafiquants en diazépam.
Mais on ne parle ici que d’un seul type de benzodiazépines. Si on
élargit le champ de vision , le rôle joué par l’Asie s’estompe.
Ainsi, en juillet 1998, à l’aéroport du Caire, deux trafiquants
sont interceptés en possession de 500000 comprimés de type «Rohypnol»,
en fait du flunitrazépam conditionné en sachets de 1000 comprimés.
Ils viennent d’Addis-Abeba, en Ethiopie, et se rendent en Syrie,
à Damas. Source d’approvisionnement présumée : l’Afrique de
l’Ouest, cette fois. L’Afrique n’est plus, et depuis longtemps,
ce continent qui ne connaît que les drogues végétales : les
médicaments dérivés de l’opium se trafiquent en Mauritanie, les
comprimés indiens abreuvent l’est du continent.
Et il ne faut pas sous-estimer les filières purement européennes.
Entre 1996 et 1999, les Pays-Bas ont intercepté 2,75 millions de
comprimés de témazépam (donc analogues au Normison), destinés au
marché illicite britannique. La source? «Un autre pays d’Europe»,
note Interpol. En 2000, l’enquête était toujours en cours.
o Une pluie de «stimuls»
Après le trafic des benzodiazépines, Interpol connaît un autre sujet
d’inquiétude : les trafics de stimulants. Faut-il encore parler
des trafics de Captagon®, ce stimulant composé de fénétylline et
commercialisé sous ce nom notamment en Belgique et en Allemagne?
Légalement, il est utilisé pour le traitement des épuisements, de
la narcolepsie (des accès brusques de sommeil en pleine journée),
et des troubles de la concentration. En 1997, date pivot pour ce
produit, plus de 15 millions de comprimés en ont été saisis dans
le monde, mais dans des zones géographiques extrêmement délimitées :
presque 11 millions en Arabie Saoudite, près de 3 millions en Jordanie,
et d’un million en Turquie. Deux ans plus tard, Interpol constate
que le niveau des saisies s’est considérablement réduit, avec quelque
300000 comprimés saisis en 1999 en Turquie, et moins de 84000 en
Jordanie. Le trafic de Captagon appartient donc au passé.
Si ce danger semble s’éloigner, Interpol est plus discret sur le
trafic d’autres stimulants11. Ainsi, l’amfépramone, une amphétamine
proche de la mescaline dont aucune des vingt appellations commerciales
n’est connue du grand public. On l’utilise dans toute l’Europe pour
le traitement de l’obésité, en particulier en Europe francophone.
En juin 1998, les autorités indiennes saisissent une cargaison de
75 kilos de comprimés fabriqués en Belgique, vendus à une société
indienne et déclarés frauduleusement au titre de spécialités pharmaceutiques
inoffensives.
Une autre molécule, commercialisée en Europe sous les noms de Ritalin®
et/ou Rilatine®12, naît d’un trafic spécifique aux Etats-Unis. On
la vole en pharmacie, la revend illégalement, et elle s’obtient
par ailleurs sous couvert de prescriptions falsifiées. Ce stimulant,
utilisé aussi pour traiter des désordres de comportement chez l’enfant,
est parfois stocké dans les dispensaires des écoles et dans les
orphelinats, lesquels font l’objet de cambriolages. Les trafiquants
vont jusqu’au braquage à main armée. De janvier 1996 à décembre
1997, les vols connus de Ritalin® déclarés sur le seul territoire
des Etats-Unis totalisent 700000 comprimés.
o Le boom des analgésiques
L’alerte planétaire la plus récente13 concerne au premier chef l’Europe,
même si le nœud du trafic est en Asie du Sud : il s’agit d’un
produit de la famille des analgésiques, qui suppriment la sensibilité
à la douleur. C’est la buprénorphine, un médicament utilisé dans
certains pays pour le traitement des héroïnomanes, ce fameux Subutex®
qui frappe la France.
La buprénorphine est connue en Europe sous les noms de Temgésic®
(Belgique, Pays-Bas, France, Italie, Allemagne, Danemark, Suisse,
Suède et Irlande), de Subutex® (France), d’Anorfin® (Danemark),
de Buprex® et Prefin® (Espagne), mais elle porte bien d’autres noms
encore dans le monde14. En 1997, six saisies de buprénorphine ont
été réalisées en Inde, dont l’une de plus de 43000 ampoules.
Et encore, New Delhi ne mentionne‑t‑elle pas les petites
saisies réalisées sur les touristes qui quittent le pays. A titre
d’exemple, en 1998 à l’aéroport de la capitale, les autorités indiennes
ont intercepté un Géorgien qui transportait 2900 ampoules de
buprénorphine15.
Le trafic de buprénorphine entre l’Inde et le Bangladesh est d’ailleurs
devenu un classique : sur sa frontière ouest, Dacca a vu croître
les saisies de ce produit, passant de moins de 800 ampoules en 1993
à plus de 10000 en 1997. Dans ce pays, sous le nom de Tidigesic®,
la buprénorphine est injectée et attire 90 % des toxicomanes
qui se défoncent à la seringue. Injecté, ce produit procure des
effets plus rapides et plus puissants pour un prix qui reste des
plus bas : un dollar l’ampoule.
Ce mouvement a gagné en ampleur non seulement dans d’autres pays
voisins de l’Inde comme le Népal, mais aussi en Asie centrale et
dans la Communauté des Etats indépendants : Arménie, Azerbaïdjan,
Russie. Moscou évoque ainsi sept saisies réalisées en 1996-1997,
et un flux régulier d’ampoules introduites sur son territoire par
les touristes venus d’Inde. En Azerbaïdjan, en mai 1997, une seule
saisie a permis de mettre la main sur près de 35000 ampoules.
L’usage de Subutex est devenu l’un des problèmes majeurs de la France,
surtout dans les catégories sociales les moins favorisées, comme
le relève l’Association française d’anciens usagers «Asud». Le Subutex
devenant le produit de base pour «la défonce», de nouveaux rituels
s’organisent autour de la prise de ce produit. Asud constate que
la population la plus exclue fume le Subutex plutôt que se l’injecter
ou le sniffer. Si cette pratique est plus propre que l’injection,
elle dénote une volonté d’améliorer l’image du produit pour en faire
une drogue à part entière.
o Un péril croissant et multiple
Benzodiazépines, stimulants, opioïdes…
Les Nations unies le constatent en 2000 : le détournement de
produits pharmaceutiques psychotropes par les fournisseurs de drogues
illicites ne fait qu’augmenter16. En France, dans les soirées techno
et rave, un curieux anesthésiant vétérinaire produisant chez
l’homme des «expériences aux frontières de la mort», la kétamine,
est largement diffusé. Les Etats-Unis redoutent une molécule destinée
au traitement de l’obésité que l’on ne produit qu’en France, en
Espagne et au Mexique : le clobenzorex17. Pourquoi? Parce que
cette molécule, une fois ingérée, a la particularité de se transformer
(notamment) en amphétamines. Et que, ces dernières années, les Etats-Unis
en ont saisi près de trente envois illicites sur leur territoire,
notamment dans une zone sous forte influence mexicaine, San Diego
(Californie)18.
De manière quasi incontrôlable, des substances médicales apparaissent
au sein même des substances illicites de type ecstasy, LSD, etc.
En France, des médicaments sont inclus dans 15 % des échantillons
d’ecstasy analysés, et dans 9 % des échantillons de LSD, ce
qui donne aux substances avalées des effets imprévisibles. Avec
ou sans raison, on mélange des substances pharmaceutiques détournées
du milieu médical dans des drogues de base qui n’ont jamais eu d’utilité
médicale. Un exemple parmi les plus étranges : en 1999, le
laboratoire de police de Palerme (Sicile) a découvert dans des buvards
de LSD la présence de clotiapine, un neuroleptique19 destiné au
traitement des psychoses et de l’alcoolisme.
Lorsqu’on évolue dans le milieu du pharmaceutique détourné, il faut
s’attendre à tout : en 2000 en Oklahoma ont été découvertes
des capsules de «Prozac 20 mg» dont le contenu avait été vidé
pour les remplir de… mercure. A la même période, un laboratoire
de l’Alabama analysera 18 comprimés de morphine saisis sur un toxicomane.
Les comprimés étaient authentiques… mais dataient de 190420.
Les ressources des trafiquants sont multiples, leurs pratiques parfois
obscures. Comme nous allons le voir dans la première partie de cet
ouvrage, la très large diffusion licite des produits et l’ouverture
des professions pharmaceutiques aux dieux du marketing, sont les
meilleurs alliés des trafiquants.
NOTES
1. OFDT, Tendances récentes. Rapport Trend, Paris, mars
2000.
2. OFDT, Tendances récentes. Rapport Trend, Paris, juin
2001.
3. Anorfin® au Danemark, Buprex® ou Prefin® en Espagne.
4. Sous-section drogues, 1999 trends and patterns of illicit
drug traffic, Interpol, mars 2000.
5. Aussi commercialisé sous les noms de Dormapam® (Danemark),
Euhypnos® (Royaume-Uni et Belgique), Neodorm® et Norkotral® (Allemagne),
etc.
6. Danemark, Rapport national sur les drogues, 1999.
7. Suède, Rapport national sur les drogues, 1998-1999.
8. DEA, Diversion control program.
9. Interpol, Weekly intelligence message, n° 28/99.
10. OMD, Douanes et drogues 2000, Bruxelles, 2001.
11. Interpol, op. cit.
12. Il s’agit du méthylphénidate, commercialisé en Espagne
sous le nom de Rubifen®.
13. Interpol, Weekly intelligence message, n° 12/99.
14. Interpol, op. cit., mentionne les appellations commerciales
d’«Anorfin, Anphin, Buprenex, Buprex Finibron, Norphin, Nophen,
Prefin, Sangesic, Subutex, Temgésic, Tidigesic, Uniphin».
15. Les ampoules étaient estampillées sous la marque «Norphin».
16. OICS, Rapport 2000.
17. Source : «Request for information on clobenzorex»,
Microgram, vol. XXXII, n° 9, septembre 1999. Le
clobenzorex est commercialisé en Europe sous les noms de Dinintel®
(France) et Finedal® (Espagne). Au Mexique, ce médicament s’appelle
Asenlix®.
18. «Clobenzorex reported by the San Diego
county sheriff’s crime laboratory», Microgram, vol. XXXII,
n° 6, juin 1999.
19. Médicament utilisé essentiellement pour soigner les psychoses.
20. «Unusual submissions», Microgram, vol. XXXIII, n° 5,
mai 2000.
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