CARLO
JANSITI
Violette Leduc
Carlo Jansiti vit à Paris depuis
1986. Il est l'auteur d'une préface
à l'édition italienne de la
Bâtarde (Mondadori) et le responsable
du fonds Violette Leduc à l'IMEC.
Chapitre VI
Une rencontre décisive : Maurice Sachs
eule
et sans moyens de subsistance, il lui fallait
trouver un gagne-pain dans les plus brefs
délais. Ce n'était pas une mince
affaire pour une femme de trente ans restée
inactive pendant plusieurs années.
Début 1937, la chance lui sourit : Violette
est engagée comme scénariste chez
Synops, une maison de production de
scénarios, située au 25 de la rue
d'Astorg. Créée au printemps 1936 par
Denise Tual et les éditions Gallimard, cette
société a pour but d'adapter au
cinéma des romans de la NRF. Violette
obtient cet emploi non pas en lisant les Petites
Annonces, comme elle le prétend dans La
Bâtarde, mais grâce à la
chaleureuse recommandation d'Alice Cerf.
D'après La Bâtarde, Denise
Tual, que Violette nomme à tort «
impresario », eut pitié de sa solitude
et lui fit connaître Alice Cerf. Or ce fut
précisément le contraire. C'est Alice
Cerf qui la mit en rapport avec Denise Tual, lui
affirmant qu'elle « écrivait
très bien ». Pourquoi inverser les
faits ? Volonté de se montrer, encore une
fois, isolée et pitoyable ? Il y a tout lieu
de le croire, d'autant que dans La Bâtarde
elle ne précise pas que, chez Synops,
elle avait été d'abord engagée
comme scénariste.
Voici en quels termes Denise Tual se souvient de
Violette Leduc :
Violette Leduc avait atterri dans mon bureau,
envoyée par une amie qui m'assurait qu'elle
avait un « talent fou », que, de plus,
elle avait « faim ». Cette horrible
introduction me donnait l'obligation de l'engager
sans même la connaître.
Je vis arriver un long pantin qui se
balançait d'une jambe tordue sur l'autre et
qui recalait sur des pieds
démesurément longs un corps absurde
surmonté d'une tête surprenante,
tignasse d'où émergeait un nez long,
immense, comme je n'en avais jamais vu d'autre.
(...) C'est sans la regarder que je lui donnai du
travail. Il s'agissait d'un sujet à
résumer, en magnifiant le rôle du
personnage central.
En quelques heures elle me rendit un remarquable
papier, mais qui n'avait plus rien de commun avec
l'histoire originale.
Pour ne pas la décourager, je lui donnai
plusieurs semaines de suite des travaux analogues.
Le même phénomène se
reproduisait invariablement. Je lui avais
confié des histoires de Simenon, de Mac
Orlan, de Marcel Aymé ; elle me remettait
des histoires méconnaissables, souvent
amusantes, de Violette Leduc. Je devais
récrire moi-même chaque synopsis et
résolus de m'en expliquer avec elle.
Violette dut convenir que son imagination
travaillait dans un sens personnel et qu'elle se
sentait incapable de se maîtriser pour
rentrer dans « le sillon creusé par un
autre ». Ce n'était donc pas de cette
façon que je pouvais l'employer. Avait-elle
écrit elle-même une histoire qui
pourrait faire un film ? Hélas !
l'écrivain qui s'affirma en elle si
brillamment plus tard n'était pas
scénariste-née. Elle avait un don
d'écriture qui lui faisait instinctivement
escamoter le rôle d'une vedette. Par contre,
elle développait avec jubilation un
rôle épisodique. Elle possédait
les antiqualités d'un scénariste,
doublées d'un amateurisme redoutable.
J'étais dans l'impasse, obligée de
lui dire que je ne voyais pas de collaboration
possible dans le cadre de SYNOPS, lorsque ma
standardiste vint à tomber malade.
Sautant sur la possibilité qui
m'était offerte de n'avoir pas à la
renvoyer, je la poussais sans
réfléchir, devant le standard. Elle
resta silencieuse, debout, les bras ballant devant
les fiches emmêlées.
Son martyre et le mien durèrent le temps
d'une grippe de secrétaire,
c'est-à-dire deux semaines environ. Violette
ne pouvait apprendre à passer une
communication d'un bureau à l'autre sans la
couper ; elle rêvait, ou bien elle discutait
littérature avec les visiteurs. En
écoutant un poème ou en entendant une
sonnerie, elle poussait d'une main nonchalante une
fiche à tout hasard et coupait
invariablement la communication importante avec
Londres1.
Le témoignage de Denise Tual, qui n'aimait
guère Violette Leduc (« Elle
était imprévisible,
inquiétante, j'avais l'impression d'avoir un
serpent dans mon bureau2 »,
devait-elle avouer plus tard), confirme que,
dès la moitié des années
trente, Violette écrit ou tout au moins s'y
essaie, peut-être même pour le compte
d'Alice qui travaille à la radio. Si rien ne
laisse supposer qu'elle compte s'engager dans une
carrière d'écrivain, il est probable
que Violette a déjà suffisamment
confiance en son talent pour s'orienter vers ce
travail de scénariste. Si ce métier
ne lui convient point, son originalité se
révèle parfois utile. Par exemple,
lorsqu'il s'agit de trouver un titre insolite pour
un film de Carné : c'est Violette Leduc qui,
« sortant de sa rêverie, se souvient
encore Denise Tual, lança d'une voix blanche
: " Drôle de drame ! " - titre qui fut
accepté sur-le-champ3 ».
Quant à son peu de goût pour le
travail de standardiste, elle évoque avec
humour dans La Bâtarde ses «
performances », et y reviendra avec amusement
vers la fin de sa vie lors d'une interview : «
J'ai été fille de course et
standardiste ratée. Je n'avais pas du tout
de doigté. Quand Denise Tual me disait " Je
ne suis pas là pour tel metteur en
scène ou tel producteur ", sans diabolisme
je disais qu'elle était là ou alors
je disais le contraire. Et c'est dans ce bureau que
j'ai vu les yeux étonnants de Simone
Signoret ; j'ai vu Jean Gabin presque tous les
jours (il était très gentil avec nous
tous), Jacques Prévert, enfin beaucoup
d'acteurs4. »
C'est dans l'antichambre de Synops, en mai 1938,
que Violette Leduc fait connaissance avec
l'écrivain Maurice Sachs, alors
âgé de trente et un ans et inconnu.
Elle a relaté dans La Bâtarde,
ainsi que dans ses entretiens, les circonstances de
cette rencontre, qui allait modifier de
manière décisive le cours de son
existence. Ce jour-là, Sachs est venu rendre
visite à Denise Tual afin de trouver de
jeunes interprètes pour L'Ecurie
Watson, une pièce anglaise qu'il a
traduite. Chargée de faire patienter les
visiteurs, Violette accompagne Sachs dans la salle
d'attente, lui tend des revues. Il en ouvre une et,
ironique, lui demande à
brûle-pourpoint : « Mademoiselle, que
pensez-vous de l'amour ? » (C'était le
titre d'un reportage.) « Beaucoup de bien et
beaucoup de mal », répond-elle.
Denise Tual se souvient de la visite de Sachs ce
jour-là : « En entrant dans mon bureau,
Maurice s'esclaffa : " Ma chère, quelle
curieuse personne vous avez dans votre
entrée ! Elle parle de vous en disant tous
les deux mots : l'impresario par-ci, l'impresario
par-là. Quelle idée ! Et quel nez
elle a ! " ajouta-t-il, stupéfait. " Quel
nez ! Mais où l'avez-vous
dénichée cette créature ? " Il
poursuivit avec un rire sardonique : " Je lui ai
demandé si elle pensait du bien ou du mal de
l'amour5 ! " »
A moins que les souvenirs de Denise Tual n'aient
été déformés par la
lecture de La Bâtarde, ce fut bien
cette question-là, sardonique et
prémonitoire, qui établit le contact
entre ces deux êtres singuliers, point de
départ d'une impossible passion.
On connaît une version
légèrement différente de cette
rencontre. Sachs l'aurait relatée quelques
années plus tard à Madeleine
Castaing. Dans l'entrée de Synops, il aurait
vu une femme qui balayait « avec intelligence
», il lui aurait alors posé des
questions, et c'est « avec intelligence »
également qu'elle lui aurait
répondu6. On reconnaît trop
le ton cocasse et le goût de l'anecdote
propres à Maurice Sachs pour lui faire
entièrement confiance. Cela dit, Violette ne
l'a certainement pas laissé
indifférent. Cette rencontre a
été un coup de foudre de la
sympathie.
A quelques jours de là, Sachs invite
Violette à dîner chez sa
grand-mère, Madame Alice Bizet, chez qui il
habite alors, 127 bis de la rue
du Ranelagh. « J'ai couru comme une folle aux
Galeries Lafayette, où j'ai acheté
une robe blanche et noire à carreaux, et
j'ai changé ma coiffure, devait raconter
Violette Leduc à un journaliste. Je suis
partie à la recherche, le lendemain soir, de
la rue du Ranelagh. Je suis arrivée et il
m'a tout de suite introduite - ce qui était
très joli - dans sa chambre. Il m'a offert
du whisky, m'a montré beaucoup de photos de
Wilde au mur, et j'ai déjà un peu
compris. Avant que nous passions à table, il
a tout d'un coup ouvert un livre et il a sorti une
photo où il était près d'un
très beau garçon. Il m'a dit : "
Mademoiselle, c'est mon ami. Je suis homosexuel.
Vous savez ce que ça veut dire. " " Oui,
Monsieur ", ai-je répondu très
poliment. A table, j'ai fait la connaissance de sa
grand-mère. Le repas a été un
peu morose. J'ai été très
intimidée. C'était un milieu
très bourgeois. Ensuite, nous sommes
retournés dans sa chambre et il m'a tout de
suite dit qu'il voulait devenir un grand
écrivain. Je suis rentrée chez moi.
J'étais plus qu'émue, j'étais
grisée7. »
Assurément, l'homosexualité de Sachs,
sa qualité d'écrivain, se
révèlent déterminantes dans ce
premier émoi, puis dans l'amour impossible,
voire inguérissable, qu'elle vouera à
cet homme. Dans La Bâtarde elle
analyse avec une extrême lucidité le
caractère singulier de ces premières
impressions : « Je revins à Maurice
Sachs, à sa chambre, à la
soirée rue du Ranelagh. L'obscurité
en moi-même n'était pas suffisamment
profonde : j'appuyai mes mains sur mes
paupières, j'espérai un homme en
cristal à la place d'un homosexuel. Je ne
désirais pas voir l'accouplement dans ma
nuit intérieure. (...) Je voulais mesurer
leur capacité de tendresse, prendre le pouls
de leurs émotions. Je n'obtenais rien. Je
voyais la masse informe de Maurice Sachs
couché, sur son divan que nous avions
dédaigné. Je le voyais seul,
très seul sous le toit de sa
grand-mère. Sa bouche qui m'effrayait
accablait son visage jusque dans le sommeil,
cependant la lune éclairait et
délabrait les photographies d'hommes
célèbres sur le mur. J'allumai, je
regardai l'heure. Une heure moins le quart du
matin. Je voulus m'habiller, je voulus sortir,
chercher un café ouvert, lui
téléphoner, le remercier de la
soirée, entendre sa voix d'homme à
part, pendant que les femmes avec les hommes
s'aimaient, dansaient, dormaient enlacés. Je
renonçai. Il m'intimidait, il
m'intimiderait8. »
Violette lui écrit alors des lettres
passionnées - malheureusement perdues - et
retrouve Sachs un an plus tard, aux éditions
de la Nouvelle Revue Critique, 12, rue Chanoinesse,
où elle travaille comme secrétaire
d'édition. Elle a quitté Synops pour
entrer dans cette petite maison dirigée par
les frères Fernand et Alfred Keller (ce
premier est M. de Saint-Ange dans La
Bâtarde), encore une fois
recommandée par sa fidèle amie Alice
Cerf.
Sachs est venu à la NRC signer son contrat
pour un livre : Au temps du Buf sur le
toit, chronique divertissante des Années
folles. Là, il incite pour la
première fois Violette Leduc à
écrire. « Toujours ayant l'air de se
moquer de soi-même et des autres,
racontera-t-elle bien des années plus tard,
il m'a dit : " Ma chère, quand on
écrit ces lettres-là, eh bien on
écrit un livre. " Je lui ai ri au nez. J'ai
répondu : " Vous êtes fou9.
" »
Mis à part ces retrouvailles fugaces avec
Maurice Sachs, Violette fréquente surtout
Alice Cerf et une certaine Lucienne Fouvrault
(Julienne dans La Bâtarde) ; on ignore
toutefois la nature exacte de la relation qu'elles
entretiennent. Violette tente, comme en
témoigne une lettre du 28 février
1939, de renouer avec Adrienne Monnier. C'est
d'ailleurs le premier écrit qu'on connaisse
d'elle :
Chère Mademoiselle,
Depuis septembre je suis secrétaire aux
éditions de la Nouvelle Revue Critique. Je
me suis donc permis de vous faire envoyer en SP les
nouveautés les plus intéressantes de
cette maison.
Ma vie est possible mais l'essentiel me manque
encore : une amie.
Je voulais aussi vous faire savoir que mon
amitié pour vous est toujours vivace.
Plusieurs pensées affectueuses de
Violette Leduc10.
Violette n'a donc pas surmonté sa rupture
avec Denise. Une rencontre, cependant, vient briser
un instant sa solitude. Si l'on en croit un long
passage inédit de La Bâtarde,
Violette vit à cette époque une
aventure avec un agent de police :
Je retrouvais souvent un grand jeune homme brun
à la moustache brune genre acteur moderne de
cinéma auquel je donnais vingt-cinq ans. Il
me regardait avec douceur, avec insistance. Je suis
grande, sa taille me faisait un peu peur, son
manque d'expression m'ennuyait à l'avance.
Il se décida à me parler, il sortit
chichement l'argent de son porte-monnaie pour payer
notre tasse de café. Je devinais que je
n'avais rien à redouter. Je lui dis qu'il
pourrait venir dans ma chambre puisqu'il insistait,
puisqu'il souffrait, disait-il impassible. Il y est
venu et moi je l'avais oublié. Je fus
flattée. Rien à boire, rien à
manger. Il m'offre une cigarette, il dit que la
patronne de l'hôtel est gentille, qu'il
espère que je serai gentille aussi. Et puis,
timide, il fait salon. Irrésolus, nous
écoutions Paris dans l'encadrement de la
fenêtre ouverte. Paris se prélasse,
ses autos se promènent ici et là.
« Je ne vous dérange vraiment pas ?
» « Je vous le dirais. » J'en passe.
J'ai posé mes conditions, il est
entré dans les draps. Ses grands pieds
m'affligeaient. Je me croyais jeune fille
malgré le sang, la force d'Isabelle au
dortoir, je me voulais jeune fille jusqu'à
la fin du monde. C'était mon patrimoine,
c'était mon immortalité. Je lui
tournai le dos, je le forçai à
prendre son plaisir ainsi. Un peu de trouble de
l'arrière à l'avant me donna la
nostalgie du plaisir. Comme un clairon jouant au
loin dans le brumes d'un étang. Il poussa le
gémissement pour la délivrance, il me
bouleversa. Il semait quand même le grain
dans les sillons. Délivré de sa
semence, il demanda à venir dans mes bras.
Loin de ma toison, loin de son
sexe11.
Septembre 1939. La guerre est
déclarée. Les directeurs des
éditions de la Nouvelle Revue Critique sont
mobilisés, Violette perd son emploi de
secrétaire. Que faire ? Retrouver un
travail, en ces temps difficiles, est peu probable.
Elle songe à s'installer chez sa mère
qui s'est réfugiée à la
campagne.
Dans cette période de grandes
inquiétudes, en septembre 1939, Violette
rencontre devant Notre-Dame, après neuf ans
d'absence, son ami Jacques Mercier devenu
entre-temps photographe de mariages. Ils renouent
et deviennent amants. Drôles d'amants si l'on
en croit Violette. Car elle oblige Jacques à
faire l'amour « à la sodomite »,
selon son expression. Un passage inédit de
Ravages évoque dans les moindres
détails et avec une crudité cocasse
ces accouplements « forcés » :
« Il ne savait pas viser avec son sexe. (...)
J'attendais, je patientais, j'étais
satisfaite de me donner et de garder la face
féminine de mon corps. (...) Il se
plaça, il entra, puis il m'agrippa aux
épaules pour s'enfoncer dans un fourreau
plus étroit que celui du sexe. (...) Il
m'emplissait de grenaille, d'éclats de
guerre. Ce lent enfoncement était une force
de mystère. Je serrais si fort Marc en moi
que ma chair le possédait12.
» Dans La Bâtarde, elle livre la
clé de ses amours qu'elle appelle «
singulières » : « La frousse, la
terreur sacrée de la petite croix à
côté de la date sur le calendrier ? Au
premier plan, oui. Le second plan, en y
réfléchissant trente ans plus tard,
est le vrai. Au second plan, le souhait d'un couple
d'homosexuels sur ma couche13. »
Ainsi se donne-t-elle l'illusion d'être
aimée « comme un homme aime un autre
homme ». Une manière aussi, sans doute,
de ne pas renier ses amours avec Isabelle et
Denise.
Au cours du mois de septembre, Jacques vient
dîner à plusieurs reprises chez
Violette, dans sa chambre meublée de
Levallois-Perret. Et c'est lors d'un de ces
dîners en tête à tête
qu'elle lui propose le mariage. «
C'était la guerre, nous étions tous
troublés, se souvenait Jeanne Good, la
deuxième épouse de Jacques Mercier.
Dans son émotion, se sentant probablement
perdue, Violette a demandé à Jacques
de l'épouser, ce qu'il a accepté sans
réfléchir14. » En
fait Jacques, pris au dépourvu, ne se
prononce pas, ce qui angoisse Violette. Pour elle
non seulement il y a urgence, mais d'autres
raisons, plus complexes, s'ajoutent si l'on en
croit ce passage inédit de Ravages :
« Je voulais reconquérir le
passé, je voulais retrouver en lui
l'amoureux bafoué. (...) Je désirais
jouer au mariage comme on désire jouer avec
les allumettes, le feu. Il me semblait que nous
formerions un couple singulier mais
régulier. Je considérais notre union
dans le juste milieu entre les couples, dits
normaux, et les couples dits anormaux15.
»
Dans le manuscrit de Ravages, elle
évoque par le menu les circonstances du
mariage de Thérèse. Celle-ci s'est
réfugiée auprès de sa
mère à la campagne. Mobilisé
à Paris, Marc lui écrit qu'il accepte
enfin de se marier. Il veut bien s'occuper de
toutes les formalités, mais ne participera
pas aux frais. C'est un « avertissement
». La date du mariage est finalement
fixée. L'affaire est close. L'avant-veille,
cependant, une violente dispute éclate entre
Thérèse et sa mère. Cette
dernière approuve ce mariage car Marc est un
homme « fin » qui « ne (lui) fera
pas d'enfants ». Le doute s'installe alors
chez Thérèse : sa mère veut se
« débarrasser » d'elle. Hormis la
scène avec la mère, qui ne figure pas
dans La Bâtarde, cette version
correspond, à quelques détails
près, à celle de son
autobiographie.
Le matin du 14 octobre 1939, à la mairie du
XIe arrondissement, Violette Leduc
devient Madame Jacques Mercier. Le couple
s'installe dans ce même quartier du
XIe, au 20, rue Paul-Bert, une petite
pièce sans lumière au
rez-de-chaussée sur cour, qui servait de
laboratoire à Jacques, « au-dessous du
hangar aux poubelles ». Violette demeurera
dans cet immeuble jusqu'à sa mort.
Voici comment, dans un passage inédit de
Ravages, elle évoque son
arrivée rue Paul-Bert :
Nous passâmes le seuil d'une porte
cochère fraîchement repeinte en blond,
hétéroclite dans cette rue
commerçante, grise, laide que je ne
connaissais pas. (...) J'entrai dans le couloir
sale de mon théâtre. La
pauvreté des murs était de la
pauvreté barbouillée. La fine
résille de la misère couvrait la
peinture. Nous aboutîmes dans la cour de
l'immeuble dont la richesse inattendue, le robinet
de cuivre de la fontaine, brillait. Nous
étions encaissés entre les murailles,
les étages, les fenêtres, les
peuplades de locataires enfermés. Les
poubelles vides n'avaient pas été
rentrées dans le hangar au-dessous de la
fenêtre d'un premier étage. Le ciel
d'octobre à une hauteur décourageante
qui renforçait la hauteur des immeubles
était sale aussi. Ce ciel donnait le mal du
torticolis. Nous entrâmes dans un
deuxième couloir, plus sinistre que le
premier16.
Le mariage se révèle aussitôt
un désastre. Des années plus tard,
Jacques Mercier fera à sa deuxième
femme, Jeanne Good, des confidences sur sa vie de
couple avec Violette. « J'ai toujours
pensé que les rapports de mon mari avec sa
première femme ne me concernaient pas,
dit-elle. Sachant qu'il en gardait de
pénibles souvenirs je ne l'ai jamais
interrogé sur ce sujet. Il m'en parlait
parfois, surtout après lecture de ses
livres. Jacques et Violette étaient tous
deux des grands névrosés. J'ai
toujours considéré mon mari comme un
écorché vif. Quant à Violette,
elle se droguait beaucoup : somnifères,
euphorisants. Ajoutez à cela la guerre.
Jacques, jusqu'ici dispensé de service
militaire, fut mobilisé à Paris.
Absent toute la journée, il pouvait rentrer
le soir, mais avait dû cesser son travail de
photographe et n'avait comme toute ressource que
son prêt de soldat de deuxième classe.
Ils ont connu la gêne et cela ne devait pas
améliorer leur relation. D'après ce
que Jacques m'a dit, Violette avait des goûts
dispendieux, aimait les belles choses, et a
sûrement souffert de leur
pauvreté17. »
Violette devait relater bien des années plus
tard à Simone de Beauvoir une aventure
extra-conjugale : « Mon mari ne m'aimait plus.
Par rage autant que par chagrin, je l'ai
trompé une fois (avec un vendeur de
pistaches à la terrasse du Café de la
Paix.) Je lui ai dit sans donner des
détails18. » Cet
épisode est évoqué dans La
Bâtarde mais l'amant est un vendeur
d'amandes grillées...
Son amie Lucienne lui procure un travail pendant
quelque temps. Il s'agit de taper à la
machine la correspondance de Jules Laforgue.
Ensuite, c'est Maurice Sachs, mobilisé
à Caen, qui lui vient en aide. Il a repris
contact avec elle, lui a demandé un service
: aller chercher ses affaires rue du Ranelagh. Il
la présente au libraire Pierre
Bérès qui lui propose un emploi de
dactylographe. Violette ne restera qu'une
journée dans la librairie de
Bérès. « C'était une
femme remarquablement intelligente, se souvient ce
dernier, une très forte personnalité,
mais j'ai tout de suite compris qu'elle
était inapte à ce genre de
travail19. » Sachs incite Violette
à collaborer à des magazines, la
recommande à la rédaction de
l'hebdomadaire féminin Pour Elle qui
allait sortir son premier numéro au cours de
l'été 1940. Violette hésite,
se sent « fondre de bonheur et de tristesse
». « Ecrire... Oh oui, oh non. Il me
demandait de bâtir une maison alors que je
n'étais pas maçon20.
» Elle se décide enfin, prend
rendez-vous avec le directeur de la
rédaction. Un passage de La
Bâtarde exprime son étonnement,
ses doutes, le vertige qui la saisit à ce
moment-clé de sa vie : « Je sortis de
la salle de rédaction, la ville me montra
ses griffes. Toi écrire oh la la parlons-en
chuchotèrent dans mes yeux les paillettes
d'un escalier de métro. Tu passais, nous
existions. C'était cela te mettre à
écrire avec tes petits yeux. Maintenant que
tu nous vois, tu te prends au sérieux. Je
vous décrirai. Tu n'en seras pas capable.
C'est vrai, je ne vous voyais pas. Tu commences
à nous exploiter. (...) Tu n'as rien
à dire, les images sont dans leurs nids.
N'assassine pas cette chaleur en haut d'un arbre.
Les choses parlent sans toi, retiens-le. Ta voix
les étouffera21. »
En pleine Occupation, Violette Leduc fait donc ses
débuts comme journaliste. Une nouvelle,
« Le jour se lève... »,
paraît en août 1940 dans le premier
numéro de la revue. C'est l'histoire
mélodramatique d'un soldat de
deuxième classe démobilisé
qui, d'une ville du Sud, se propose de rejoindre
Paris à pied. Au cours de son voyage, il se
souvient des moments de bonheur passés en
compagnie de sa fiancée qu'il retrouve, de
façon inattendue, lors d'une halte dans un
village. Les références à sa
propre vie sont évidentes. Il s'agit d'une
transposition de ses retrouvailles avec Jacques
Mercier. Le soldat a d'ailleurs plusieurs points
communs avec son mari. On y découvre
même certaines des expressions - « mon
petit bonhomme » par exemple - qu'elle lui
prête dans La Bâtarde.
A partir de l'été 1940, et pendant
toute l'année 1941, Violette publie assez
régulièrement des nouvelles ainsi que
des reportages sur la mode dans le même
hebdomadaire. Bien qu'elle soutienne avoir
parallèlement signé des reportages
sur les grands couturiers dans le quotidien
Paris-Soir, on n'a pu retrouver aucun de ces
textes. Au-delà du caractère
évidemment conventionnel de ces
écrits parus dans le magazine Pour
Elle, on y décèle quelques
formules caractéristiques de son style. Dans
presque tous ces textes, on découvre nombre
d'éléments autobiographiques, qu'il
s'agisse de situations, de traits de
caractère des personnages, ou de
prénoms. Le dernier de ces articles
retrouvé, publié à la veille
de Noël 1941, est par exemple
entièrement consacré au personnage de
sa grand-mère Fidéline. Les titres
naïfs de ces récits et nouvelles
reflètent les clichés féminins
dominants de l'époque : « Un miracle...
Hommage à l'institutrice au grand cur
», « Petits miracles d'un jour
d'été », « La Beauté
: mystère en cinq pots »...
C'est au début des années quarante
que Violette se fait avorter à cinq mois et
demi de grossesse22. Elle échappe
de justesse à la mort. Contrairement
à ce qu'elle raconte dans La
Bâtarde, son mari n'était pas au
courant de son état. « Après son
avortement, Violette était chez sa
mère, témoigne Jeanne Good. Ne la
voyant pas rentrer à la maison, Jacques est
allé la chercher chez ses beaux-parents, rue
Stanislas-Meunier. Violette était
alitée, presque en danger. Il a appris
qu'elle s'était fait avorter et il s'en est
suivi une scène terrible qui a
décidé de leur rupture. Jacques lui a
alors cédé le logement de la rue
Paul-Bert et est allé habiter à deux
pas de là, rue de Chanzy. Pendant la guerre
le divorce n'était pas possible et c'est
seulement en 1947 que Violette nous annonça
par une lettre qu'elle avait fait les
démarches nécessaires. Je sais que
Jacques n'a jamais cessé de penser à
elle et de l'aimer. C'est tout à fait par
hasard que nous avons appris le succès de
La Bâtarde. Je vois encore la surprise
et le contentement de Jacques en découvrant
à la devanture d'une librairie le livre de
Violette. Il voulait lui écrire et lui
envoyer un de ses tableaux - il s'était
remis à peindre - mais c'est resté un
projet, de même que la lettre qu'il voulait
envoyer à Simone de Beauvoir, après
la mort de Violette, pour la remercier de ce
qu'elle avait été pour elle. Je ne
l'ai jamais entendu dire du mal de Violette.
Jacques lui a toujours reconnu des qualités
de cur, de sensibilité, et un grand
talent, ne lui reprochant que son extrême
nervosité et son incapacité à
accepter la vie telle qu'elle se
présentait23. »
A en croire Violette, après leur
séparation, elle aurait tenté de
s'asphyxier au gaz.
Quand elle divorcera, lors de sa convocation au
Tribunal, Violette indiquera les motifs suivants
:
1o - Jamais M. Mercier ne prit au
sérieux son mariage. Il a continué de
mener sa vie de garçon, ne donnant jamais
d'argent à sa femme.
2o - Des discussions incessantes
naissaient entre les époux, Mme Mercier
tentant vainement de faire comprendre à son
mari que, puisqu'il l'avait épousée,
il devait participer aux dépenses
communes.
3o - M. Mercier s'éloigna peu
à peu de sa femme et finit par se retirer
chez ses parents, au bout de quatre mois de vie
commune.
4o - Depuis lors, il laissa sa femme
sans ressources. Il la fit sortir deux fois par
semaine et lui offrit à dîner deux
fois par semaine pendant quelques mois, mais depuis
trois ans, il s'est complètement
désintéressé d'elle.
5o - Mme Mercier a récemment
appris que son mari avait quitté le domicile
de ses parents pour habiter seul, 27, rue de
Chanzy. Il n'a rien tenté pour inviter sa
femme à l'y rejoindre.
C'est au courant de l'été 1942, alors
qu'elle est séparée de son mari
depuis longtemps, que Violette retrouve Maurice
Sachs. Il lui a écrit de nouveau, habite
à présent un petit hôtel
près de l'Ecole militaire. Il se «
refait ». Par nécessité sans
doute, et aussi par ce goût
indéfectible de l'aventure, Sachs est
entré en contact avec nombre de juifs
désireux de se réfugier en zone
libre. Tous les matins, dans un café du
quartier, il reçoit la «
clientèle », négocie le prix. Il
partage ses gains avec un jeune homme qui est
chargé de faire franchir la ligne de
démarcation aux juifs.
Lorsque Violette lui rend visite, Sachs l'invite
aussitôt à s'installer dans son
hôtel. Toujours amoureuse de Maurice, elle
accepte d'emblée, ignorant tout de la vie
qu'ils vont mener. Cet homme à la fois
naïf et désabusé, dont les
malversations ont fini par écurer tout
le monde, croit trouver chez Violette un point
d'ancrage. « J'aimais du moins son
dévouement, écrira-t-il dAllemagne
à son ami, le philosophe Yvon Belaval. (...)
Je ne rencontrerai pas souvent quelqu'un qui m'aime
si vivement. J'aurais souhaité en profiter
(au bon sens du mot) joyeusement et faire profiter
Violette de ma naturelle
reconnaissance24. »
Il en profite en fait. Parfois jusqu'à la
rapacité. Violette, elle, n'a jamais
été dupe de Sachs. «
J'étais quand même l'espoir, la
confiance, l'optimisme de Maurice. (...) Il
connaissait des gens fortunés et
voilà qu'il se tournait vers une pauvre, une
obscure. Répondre à l'appel d'un ami
dont les amis sont las. On dit que les homosexuels
abusent des femmes qui sont folles d'eux. Tant pis
pour elles, tant pis pour moi. La folie d'un
sentiment se paie de trente-six façons. Les
aimer est un égarement luxueux25.
»
Sachs apprécie l'intelligence de Violette,
son extrême sensibilité. A sa
manière, il est aussi vulnérable
qu'elle, aussi complaisant dans le malheur, aussi
acharné dans le dénigrement de soi.
Il tient compte de ses jugements littéraires
(il lui donne à lire ses livres et ses
manuscrits), car il admire le style de ses lettres.
Ne lui a-t-il pas conseillé de
rédiger des nouvelles pour des magazines
féminins, lui révélant ainsi
qu'elle était capable d'écrire ?
Ayant cessé son activité de
journaliste (dans La Bâtarde elle
attribue la perte de son travail à
l'attitude hostile de la rédactrice en chef
du magazine Pour Elle), Violette vit
désormais aux crochets de Sachs qui la tient
pourtant soigneusement à l'écart de
ses trafics, même lorsque des amis communs
viennent les retrouver. « Nous allions tous
les jours dans un café-tabac, Le Rubis,
devait-elle confier à Simone de Beauvoir.
C'est là qu'il recevait les clients, qui
voulaient aller en zone libre, mais pas en ma
présence. Il me disait que je devais aller
me promener pendant qu'il faisait des affaires et
je m'en allais. Un jour, Alice (Cerf) est venue et
il n'a pas voulu que je reste26.
»
En août 1942, Sachs annonce à Violette
qu'ils vont bientôt quitter Paris pour la
Normandie. Sous la pression de ses amis, il a enfin
décidé de se cacher. Il a trop
d'ennemis dans la capitale. Les créanciers
qu'il a allégrement escroqués sont
à ses trousses. Qui plus est, il est juif.
L'idée, du reste, de s'isoler à la
campagne pour écrire et vivre paisiblement
l'enchante.
Dans la partie inédite de L'Asphyxie
consacrée à Sachs (une quarantaine de
pages manuscrites), que Simone de Beauvoir lui
conseillera de couper, Violette Leduc décrit
en ces termes son départ pour la Normandie
:
Il y avait trois ans que j'attendais ça de
lui.
Vers quatre heures de l'après-midi je
commençais de vivre une vie enchantée
: je désirais qu'il m'offrît un cadeau
de départ. J'ai choisi chez un marchand de
couleurs un cabas de rafia (sic) (...) Il en acheta
deux. Puis il m'a demandé d'aller chez sa
blanchisseuse. J'ai mis ses chemises dans le cabas.
C'était doux à toucher et à
porter. De loin je le vis entrer chez le coiffeur.
C'est encore plus doux un homme qui se fait lisser
le visage pour voyager avec vous. Je l'ai attendu
dans un petit café. C'est très doux
d'attendre quelqu'un qui partira avec vous. Il a
demandé l'heure des trains pour L...
J'étais déjà partie. Nous
avons bourré les cabas avec des paquets de
cigarettes, des livres, des fioles de cognac pour
le petit matin. Une demi-heure après un
fiacre est arrivé. Je suis montée
dedans émue comme une mariée mais
plus à l'aise avec ma jupe courte. Nous
bavardions, nous fumions. Il disait qu'on irait aux
Indes, au Liban, en Amérique. Avec mon
épaule qui effleurait la sienne, j'avais mon
Liban, mes Indes. Le dos du cocher était un
panorama agréable.
Près de la Gare Montparnasse, il a retenu
deux chambres. On remplissait chacun sa fiche avec
entrain. Il a prié le garçon de nous
éveiller. Je n'ai pas osé lui dire
que j'irais frapper à sa porte, que je
pressentais une insomnie de joie... (...) Il avait
fait retenir une table chez Zatoste. (...) Il me
parlait longtemps de Max Jacob. (...) Nous sommes
rentrés à pied, vite, en silence.
Nous avons traversé les Tuileries. C'est
aussi beau que la mer cette immobilité dans
l'air, ces arbres prostrés dans le calme. On
effleurait l'infini. Je me dépêchais
de revenir près de lui.
(...)
Dans la gare, il a navigué entre les
guichets, les chefs de train, les bagages, la
foule. Pour moi, c'était un héros
à l'ouvrage. (...) Le train était
complet. On a acheté d'autres livres. On les
jetait dans le cabas comme les charbonniers jettent
les briquettes par le soupirail. (...) Pendant
qu'il écrivait des lettres (...) je lisais
les journaux. Le temps coulait comme du
lait27.
Un incident cependant vient, le temps d'une
soirée, troubler son bonheur. C'est la seule
ombre au tableau, dont le récit est absent
du manuscrit de L'Asphyxie. Elle s'en
souviendra aux alentours de l'année 1955, au
début de son délire de
persécution, comme en témoignent ses
lettres. Elle l'évoque en ces termes dans
La Bâtarde :
La veille de notre départ, allant comme
d'habitude retrouver Maurice dans le café,
je le rencontrai dans la rue en compagnie d'une
jeune fille. (...)
La jeune fille s'inquiétait. Maurice
viendrait-il ? Bien sûr. Serait-il à
la gare après-demain matin ? Bien sûr.
Je regardai Maurice avec intensité, il me
regarda avec indifférence. La jeune fille
disparut dans une rue déserte.
- Pourquoi lui dire que vous irez puisque nous
serons partis ?
- Vous m'emmerdez et je vous prie de ne pas
vous mêler de mes affaires, trancha Maurice
Sachs.
J'oubliai sur-le-champ la jeune
fille28.
Sachs n'a pas hésité à toucher
l'argent de cette jeune juive, tout en sachant
parfaitement qu'il allait partir pour la Normandie
le lendemain et qu'il ne remplirait pas son
contrat. Violette, qui a assisté à la
scène sans oser souffler mot, sera plus tard
tourmentée par le remords :
Douze années passèrent. (...) Le
monde entier me le reprochait. Toutes les jeunes
filles que je rencontrais avaient attendu Maurice
Sachs dans une gare. (...) Mon remords, leur
jeunesse qu'elles me jetaient à la face.
(...) Maurice fricotait, il ne s'en est pas
caché. J'en profitais puisque je vivais avec
lui sans rien lui donner29.
Il est certain que dès 1942 Violette Leduc
s'est posé bien des questions au sujet de
Sachs. Sa drôlerie, ses ruses l'amusent.
Parfois même ses vols. Mais pas ce qui touche
à des questions plus graves. Dans la partie
inédite de L'Asphyxie, on trouve des
remarques fort éloquentes à cet
égard :
- De l'homme qui est devant toi,
n'espère rien même pas une
amitié vivace. C'est un aventureux (sic)
infatigable. Suis-le, deviens sa complice, c'est ta
seule chance.
- Je veux rester digne.
Ou bien :
Ses défauts ne m'attristent pas mais ils
m'égratignent jusqu'au sang. (...) Son
courage, sa probité, sa bravoure
intellectuelle rachètent le reste qui ne
vaut pas cher.
Sa gentillesse est une escroquerie.
Le séjour en Normandie va renforcer leur
complicité intellectuelle, mais aiguiser
aussi leur mésentente. Violette va
douloureusement mesurer toute la portée de
sa passion pour Sachs. Une expérience
déterminante pour le futur
écrivain.
1. Denise Tual, Le Temps
dévoré, Fayard, 1980, pp.
124-125.
2. Entretien de l'auteur avec Denise Tual,
septembre 1986.
3. Le Temps dévoré, op.
cit., pp. 123-124.
4. « Radioscopie », émission de
Jacques Chancel, France-Inter, 28 avril 1970.
5. Le Temps dévoré, op.
cit., p. 125.
6. Cette version est relatée par Henri
Raczymow dans Maurice Sachs ou les travaux
forcés de la frivolité,
Gallimard, 1988, p. 295.
7. Entretien de Violette Leduc avec Pierre
Démeron, Dim Dam Dom, 6 avril
l970.
8. La Bâtarde, Gallimard, collection
L'Imaginaire, 1996, p. 268.
9. « Radioscopie », op. cit.
10. Fonds Adrienne Monnier, Bibliothèque
Jacques Doucet.
11. Archives IMEC.
12. Ibid.
13. La Bâtarde, op. cit., p.
287.
14. Lettre de Jeanne Good à l'auteur, 12
février 1987.
15. Archives IMEC.
16. Ibid.
17. Lettre de Jeanne Good à l'auteur, 12
février 1987.
18. Lettre du 14 juin 1957.
19. Entretien de l'auteur avec Pierre
Bérès, septembre 1998.
20. La Bâtarde, op. cit., p.
308.
21. Ibid., pp. 311-312.
22. Elle écrira à Simone de Beauvoir
au printemps 1954 : « J'eus un horrible
malaise, comme si mon cur s'écroulait
sur mon pied, comme j'en ai eu un quand le futur
petit garçon avait cinq mois et demi.
»
23. Lettre de Jeanne Good à l'auteur, 12
février 1987.
24. Lettre du 4 mai 1943.
25. La Bâtarde, op. cit., p.
351.
26. Lettre sans date (1956). Collection
particulière.
27. Collection particulière.
28. La Bâtarde, op. cit., p.
367.
29. Ibid., pp. 367-368.
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