Premiers chapitres

CARLO JANSITI
Violette Leduc
Carlo Jansiti vit à Paris depuis 1986. Il est l'auteur d'une préface à l'édition italienne de la Bâtarde (Mondadori) et le responsable du fonds Violette Leduc à l'IMEC.

 

Chapitre VI
Une rencontre décisive : Maurice Sachs

eule et sans moyens de subsistance, il lui fallait trouver un gagne-pain dans les plus brefs délais. Ce n'était pas une mince affaire pour une femme de trente ans restée inactive pendant plusieurs années. Début 1937, la chance lui sourit : Violette est engagée comme scénariste chez Synops, une maison de production de scénarios, située au 25 de la rue d'Astorg. Créée au printemps 1936 par Denise Tual et les éditions Gallimard, cette société a pour but d'adapter au cinéma des romans de la NRF. Violette obtient cet emploi non pas en lisant les Petites Annonces, comme elle le prétend dans La Bâtarde, mais grâce à la chaleureuse recommandation d'Alice Cerf.
D'après La Bâtarde, Denise Tual, que Violette nomme à tort « impresario », eut pitié de sa solitude et lui fit connaître Alice Cerf. Or ce fut précisément le contraire. C'est Alice Cerf qui la mit en rapport avec Denise Tual, lui affirmant qu'elle « écrivait très bien ». Pourquoi inverser les faits ? Volonté de se montrer, encore une fois, isolée et pitoyable ? Il y a tout lieu de le croire, d'autant que dans La Bâtarde elle ne précise pas que, chez Synops, elle avait été d'abord engagée comme scénariste.
Voici en quels termes Denise Tual se souvient de Violette Leduc :

Violette Leduc avait atterri dans mon bureau, envoyée par une amie qui m'assurait qu'elle avait un « talent fou », que, de plus, elle avait « faim ». Cette horrible introduction me donnait l'obligation de l'engager sans même la connaître.
Je vis arriver un long pantin qui se balançait d'une jambe tordue sur l'autre et qui recalait sur des pieds démesurément longs un corps absurde surmonté d'une tête surprenante, tignasse d'où émergeait un nez long, immense, comme je n'en avais jamais vu d'autre. (...) C'est sans la regarder que je lui donnai du travail. Il s'agissait d'un sujet à résumer, en magnifiant le rôle du personnage central.
En quelques heures elle me rendit un remarquable papier, mais qui n'avait plus rien de commun avec l'histoire originale.
Pour ne pas la décourager, je lui donnai plusieurs semaines de suite des travaux analogues. Le même phénomène se reproduisait invariablement. Je lui avais confié des histoires de Simenon, de Mac Orlan, de Marcel Aymé ; elle me remettait des histoires méconnaissables, souvent amusantes, de Violette Leduc. Je devais récrire moi-même chaque synopsis et résolus de m'en expliquer avec elle.
Violette dut convenir que son imagination travaillait dans un sens personnel et qu'elle se sentait incapable de se maîtriser pour rentrer dans « le sillon creusé par un autre ». Ce n'était donc pas de cette façon que je pouvais l'employer. Avait-elle écrit elle-même une histoire qui pourrait faire un film ? Hélas ! l'écrivain qui s'affirma en elle si brillamment plus tard n'était pas scénariste-née. Elle avait un don d'écriture qui lui faisait instinctivement escamoter le rôle d'une vedette. Par contre, elle développait avec jubilation un rôle épisodique. Elle possédait les antiqualités d'un scénariste, doublées d'un amateurisme redoutable.
J'étais dans l'impasse, obligée de lui dire que je ne voyais pas de collaboration possible dans le cadre de SYNOPS, lorsque ma standardiste vint à tomber malade.
Sautant sur la possibilité qui m'était offerte de n'avoir pas à la renvoyer, je la poussais sans réfléchir, devant le standard. Elle resta silencieuse, debout, les bras ballant devant les fiches emmêlées.
Son martyre et le mien durèrent le temps d'une grippe de secrétaire, c'est-à-dire deux semaines environ. Violette ne pouvait apprendre à passer une communication d'un bureau à l'autre sans la couper ; elle rêvait, ou bien elle discutait littérature avec les visiteurs. En écoutant un poème ou en entendant une sonnerie, elle poussait d'une main nonchalante une fiche à tout hasard et coupait invariablement la communication importante avec Londres1.

Le témoignage de Denise Tual, qui n'aimait guère Violette Leduc (« Elle était imprévisible, inquiétante, j'avais l'impression d'avoir un serpent dans mon bureau2 », devait-elle avouer plus tard), confirme que, dès la moitié des années trente, Violette écrit ou tout au moins s'y essaie, peut-être même pour le compte d'Alice qui travaille à la radio. Si rien ne laisse supposer qu'elle compte s'engager dans une carrière d'écrivain, il est probable que Violette a déjà suffisamment confiance en son talent pour s'orienter vers ce travail de scénariste. Si ce métier ne lui convient point, son originalité se révèle parfois utile. Par exemple, lorsqu'il s'agit de trouver un titre insolite pour un film de Carné : c'est Violette Leduc qui, « sortant de sa rêverie, se souvient encore Denise Tual, lança d'une voix blanche : " Drôle de drame ! " - titre qui fut accepté sur-le-champ3 ». Quant à son peu de goût pour le travail de standardiste, elle évoque avec humour dans La Bâtarde ses « performances », et y reviendra avec amusement vers la fin de sa vie lors d'une interview : « J'ai été fille de course et standardiste ratée. Je n'avais pas du tout de doigté. Quand Denise Tual me disait " Je ne suis pas là pour tel metteur en scène ou tel producteur ", sans diabolisme je disais qu'elle était là ou alors je disais le contraire. Et c'est dans ce bureau que j'ai vu les yeux étonnants de Simone Signoret ; j'ai vu Jean Gabin presque tous les jours (il était très gentil avec nous tous), Jacques Prévert, enfin beaucoup d'acteurs4. »
C'est dans l'antichambre de Synops, en mai 1938, que Violette Leduc fait connaissance avec l'écrivain Maurice Sachs, alors âgé de trente et un ans et inconnu. Elle a relaté dans La Bâtarde, ainsi que dans ses entretiens, les circonstances de cette rencontre, qui allait modifier de manière décisive le cours de son existence. Ce jour-là, Sachs est venu rendre visite à Denise Tual afin de trouver de jeunes interprètes pour L'Ecurie Watson, une pièce anglaise qu'il a traduite. Chargée de faire patienter les visiteurs, Violette accompagne Sachs dans la salle d'attente, lui tend des revues. Il en ouvre une et, ironique, lui demande à brûle-pourpoint : « Mademoiselle, que pensez-vous de l'amour ? » (C'était le titre d'un reportage.) « Beaucoup de bien et beaucoup de mal », répond-elle.
Denise Tual se souvient de la visite de Sachs ce jour-là : « En entrant dans mon bureau, Maurice s'esclaffa : " Ma chère, quelle curieuse personne vous avez dans votre entrée ! Elle parle de vous en disant tous les deux mots : l'impresario par-ci, l'impresario par-là. Quelle idée ! Et quel nez elle a ! " ajouta-t-il, stupéfait. " Quel nez ! Mais où l'avez-vous dénichée cette créature ? " Il poursuivit avec un rire sardonique : " Je lui ai demandé si elle pensait du bien ou du mal de l'amour5 ! " »
A moins que les souvenirs de Denise Tual n'aient été déformés par la lecture de La Bâtarde, ce fut bien cette question-là, sardonique et prémonitoire, qui établit le contact entre ces deux êtres singuliers, point de départ d'une impossible passion.
On connaît une version légèrement différente de cette rencontre. Sachs l'aurait relatée quelques années plus tard à Madeleine Castaing. Dans l'entrée de Synops, il aurait vu une femme qui balayait « avec intelligence », il lui aurait alors posé des questions, et c'est « avec intelligence » également qu'elle lui aurait répondu6. On reconnaît trop le ton cocasse et le goût de l'anecdote propres à Maurice Sachs pour lui faire entièrement confiance. Cela dit, Violette ne l'a certainement pas laissé indifférent. Cette rencontre a été un coup de foudre de la sympathie.
A quelques jours de là, Sachs invite Violette à dîner chez sa grand-mère, Madame Alice Bizet, chez qui il habite alors, 127 bis de la rue du Ranelagh. « J'ai couru comme une folle aux Galeries Lafayette, où j'ai acheté une robe blanche et noire à carreaux, et j'ai changé ma coiffure, devait raconter Violette Leduc à un journaliste. Je suis partie à la recherche, le lendemain soir, de la rue du Ranelagh. Je suis arrivée et il m'a tout de suite introduite - ce qui était très joli - dans sa chambre. Il m'a offert du whisky, m'a montré beaucoup de photos de Wilde au mur, et j'ai déjà un peu compris. Avant que nous passions à table, il a tout d'un coup ouvert un livre et il a sorti une photo où il était près d'un très beau garçon. Il m'a dit : " Mademoiselle, c'est mon ami. Je suis homosexuel. Vous savez ce que ça veut dire. " " Oui, Monsieur ", ai-je répondu très poliment. A table, j'ai fait la connaissance de sa grand-mère. Le repas a été un peu morose. J'ai été très intimidée. C'était un milieu très bourgeois. Ensuite, nous sommes retournés dans sa chambre et il m'a tout de suite dit qu'il voulait devenir un grand écrivain. Je suis rentrée chez moi. J'étais plus qu'émue, j'étais grisée7. »
Assurément, l'homosexualité de Sachs, sa qualité d'écrivain, se révèlent déterminantes dans ce premier émoi, puis dans l'amour impossible, voire inguérissable, qu'elle vouera à cet homme. Dans La Bâtarde elle analyse avec une extrême lucidité le caractère singulier de ces premières impressions : « Je revins à Maurice Sachs, à sa chambre, à la soirée rue du Ranelagh. L'obscurité en moi-même n'était pas suffisamment profonde : j'appuyai mes mains sur mes paupières, j'espérai un homme en cristal à la place d'un homosexuel. Je ne désirais pas voir l'accouplement dans ma nuit intérieure. (...) Je voulais mesurer leur capacité de tendresse, prendre le pouls de leurs émotions. Je n'obtenais rien. Je voyais la masse informe de Maurice Sachs couché, sur son divan que nous avions dédaigné. Je le voyais seul, très seul sous le toit de sa grand-mère. Sa bouche qui m'effrayait accablait son visage jusque dans le sommeil, cependant la lune éclairait et délabrait les photographies d'hommes célèbres sur le mur. J'allumai, je regardai l'heure. Une heure moins le quart du matin. Je voulus m'habiller, je voulus sortir, chercher un café ouvert, lui téléphoner, le remercier de la soirée, entendre sa voix d'homme à part, pendant que les femmes avec les hommes s'aimaient, dansaient, dormaient enlacés. Je renonçai. Il m'intimidait, il m'intimiderait8. »
Violette lui écrit alors des lettres passionnées - malheureusement perdues - et retrouve Sachs un an plus tard, aux éditions de la Nouvelle Revue Critique, 12, rue Chanoinesse, où elle travaille comme secrétaire d'édition. Elle a quitté Synops pour entrer dans cette petite maison dirigée par les frères Fernand et Alfred Keller (ce premier est M. de Saint-Ange dans La Bâtarde), encore une fois recommandée par sa fidèle amie Alice Cerf.
Sachs est venu à la NRC signer son contrat pour un livre : Au temps du Bœuf sur le toit, chronique divertissante des Années folles. Là, il incite pour la première fois Violette Leduc à écrire. « Toujours ayant l'air de se moquer de soi-même et des autres, racontera-t-elle bien des années plus tard, il m'a dit : " Ma chère, quand on écrit ces lettres-là, eh bien on écrit un livre. " Je lui ai ri au nez. J'ai répondu : " Vous êtes fou9. " »
Mis à part ces retrouvailles fugaces avec Maurice Sachs, Violette fréquente surtout Alice Cerf et une certaine Lucienne Fouvrault (Julienne dans La Bâtarde) ; on ignore toutefois la nature exacte de la relation qu'elles entretiennent. Violette tente, comme en témoigne une lettre du 28 février 1939, de renouer avec Adrienne Monnier. C'est d'ailleurs le premier écrit qu'on connaisse d'elle :

Chère Mademoiselle,

Depuis septembre je suis secrétaire aux éditions de la Nouvelle Revue Critique. Je me suis donc permis de vous faire envoyer en SP les nouveautés les plus intéressantes de cette maison.
Ma vie est possible mais l'essentiel me manque encore : une amie.
Je voulais aussi vous faire savoir que mon amitié pour vous est toujours vivace.
Plusieurs pensées affectueuses de

Violette Leduc10.

Violette n'a donc pas surmonté sa rupture avec Denise. Une rencontre, cependant, vient briser un instant sa solitude. Si l'on en croit un long passage inédit de La Bâtarde, Violette vit à cette époque une aventure avec un agent de police :

Je retrouvais souvent un grand jeune homme brun à la moustache brune genre acteur moderne de cinéma auquel je donnais vingt-cinq ans. Il me regardait avec douceur, avec insistance. Je suis grande, sa taille me faisait un peu peur, son manque d'expression m'ennuyait à l'avance. Il se décida à me parler, il sortit chichement l'argent de son porte-monnaie pour payer notre tasse de café. Je devinais que je n'avais rien à redouter. Je lui dis qu'il pourrait venir dans ma chambre puisqu'il insistait, puisqu'il souffrait, disait-il impassible. Il y est venu et moi je l'avais oublié. Je fus flattée. Rien à boire, rien à manger. Il m'offre une cigarette, il dit que la patronne de l'hôtel est gentille, qu'il espère que je serai gentille aussi. Et puis, timide, il fait salon. Irrésolus, nous écoutions Paris dans l'encadrement de la fenêtre ouverte. Paris se prélasse, ses autos se promènent ici et là. « Je ne vous dérange vraiment pas ? » « Je vous le dirais. » J'en passe. J'ai posé mes conditions, il est entré dans les draps. Ses grands pieds m'affligeaient. Je me croyais jeune fille malgré le sang, la force d'Isabelle au dortoir, je me voulais jeune fille jusqu'à la fin du monde. C'était mon patrimoine, c'était mon immortalité. Je lui tournai le dos, je le forçai à prendre son plaisir ainsi. Un peu de trouble de l'arrière à l'avant me donna la nostalgie du plaisir. Comme un clairon jouant au loin dans le brumes d'un étang. Il poussa le gémissement pour la délivrance, il me bouleversa. Il semait quand même le grain dans les sillons. Délivré de sa semence, il demanda à venir dans mes bras. Loin de ma toison, loin de son sexe11.

Septembre 1939. La guerre est déclarée. Les directeurs des éditions de la Nouvelle Revue Critique sont mobilisés, Violette perd son emploi de secrétaire. Que faire ? Retrouver un travail, en ces temps difficiles, est peu probable. Elle songe à s'installer chez sa mère qui s'est réfugiée à la campagne.
Dans cette période de grandes inquiétudes, en septembre 1939, Violette rencontre devant Notre-Dame, après neuf ans d'absence, son ami Jacques Mercier devenu entre-temps photographe de mariages. Ils renouent et deviennent amants. Drôles d'amants si l'on en croit Violette. Car elle oblige Jacques à faire l'amour « à la sodomite », selon son expression. Un passage inédit de Ravages évoque dans les moindres détails et avec une crudité cocasse ces accouplements « forcés » : « Il ne savait pas viser avec son sexe. (...) J'attendais, je patientais, j'étais satisfaite de me donner et de garder la face féminine de mon corps. (...) Il se plaça, il entra, puis il m'agrippa aux épaules pour s'enfoncer dans un fourreau plus étroit que celui du sexe. (...) Il m'emplissait de grenaille, d'éclats de guerre. Ce lent enfoncement était une force de mystère. Je serrais si fort Marc en moi que ma chair le possédait12. » Dans La Bâtarde, elle livre la clé de ses amours qu'elle appelle « singulières » : « La frousse, la terreur sacrée de la petite croix à côté de la date sur le calendrier ? Au premier plan, oui. Le second plan, en y réfléchissant trente ans plus tard, est le vrai. Au second plan, le souhait d'un couple d'homosexuels sur ma couche13. » Ainsi se donne-t-elle l'illusion d'être aimée « comme un homme aime un autre homme ». Une manière aussi, sans doute, de ne pas renier ses amours avec Isabelle et Denise.
Au cours du mois de septembre, Jacques vient dîner à plusieurs reprises chez Violette, dans sa chambre meublée de Levallois-Perret. Et c'est lors d'un de ces dîners en tête à tête qu'elle lui propose le mariage. « C'était la guerre, nous étions tous troublés, se souvenait Jeanne Good, la deuxième épouse de Jacques Mercier. Dans son émotion, se sentant probablement perdue, Violette a demandé à Jacques de l'épouser, ce qu'il a accepté sans réfléchir14. » En fait Jacques, pris au dépourvu, ne se prononce pas, ce qui angoisse Violette. Pour elle non seulement il y a urgence, mais d'autres raisons, plus complexes, s'ajoutent si l'on en croit ce passage inédit de Ravages : « Je voulais reconquérir le passé, je voulais retrouver en lui l'amoureux bafoué. (...) Je désirais jouer au mariage comme on désire jouer avec les allumettes, le feu. Il me semblait que nous formerions un couple singulier mais régulier. Je considérais notre union dans le juste milieu entre les couples, dits normaux, et les couples dits anormaux15. »
Dans le manuscrit de Ravages, elle évoque par le menu les circonstances du mariage de Thérèse. Celle-ci s'est réfugiée auprès de sa mère à la campagne. Mobilisé à Paris, Marc lui écrit qu'il accepte enfin de se marier. Il veut bien s'occuper de toutes les formalités, mais ne participera pas aux frais. C'est un « avertissement ». La date du mariage est finalement fixée. L'affaire est close. L'avant-veille, cependant, une violente dispute éclate entre Thérèse et sa mère. Cette dernière approuve ce mariage car Marc est un homme « fin » qui « ne (lui) fera pas d'enfants ». Le doute s'installe alors chez Thérèse : sa mère veut se « débarrasser » d'elle. Hormis la scène avec la mère, qui ne figure pas dans La Bâtarde, cette version correspond, à quelques détails près, à celle de son autobiographie.
Le matin du 14 octobre 1939, à la mairie du XIe arrondissement, Violette Leduc devient Madame Jacques Mercier. Le couple s'installe dans ce même quartier du XIe, au 20, rue Paul-Bert, une petite pièce sans lumière au rez-de-chaussée sur cour, qui servait de laboratoire à Jacques, « au-dessous du hangar aux poubelles ». Violette demeurera dans cet immeuble jusqu'à sa mort.
Voici comment, dans un passage inédit de Ravages, elle évoque son arrivée rue Paul-Bert :

Nous passâmes le seuil d'une porte cochère fraîchement repeinte en blond, hétéroclite dans cette rue commerçante, grise, laide que je ne connaissais pas. (...) J'entrai dans le couloir sale de mon théâtre. La pauvreté des murs était de la pauvreté barbouillée. La fine résille de la misère couvrait la peinture. Nous aboutîmes dans la cour de l'immeuble dont la richesse inattendue, le robinet de cuivre de la fontaine, brillait. Nous étions encaissés entre les murailles, les étages, les fenêtres, les peuplades de locataires enfermés. Les poubelles vides n'avaient pas été rentrées dans le hangar au-dessous de la fenêtre d'un premier étage. Le ciel d'octobre à une hauteur décourageante qui renforçait la hauteur des immeubles était sale aussi. Ce ciel donnait le mal du torticolis. Nous entrâmes dans un deuxième couloir, plus sinistre que le premier16.

Le mariage se révèle aussitôt un désastre. Des années plus tard, Jacques Mercier fera à sa deuxième femme, Jeanne Good, des confidences sur sa vie de couple avec Violette. « J'ai toujours pensé que les rapports de mon mari avec sa première femme ne me concernaient pas, dit-elle. Sachant qu'il en gardait de pénibles souvenirs je ne l'ai jamais interrogé sur ce sujet. Il m'en parlait parfois, surtout après lecture de ses livres. Jacques et Violette étaient tous deux des grands névrosés. J'ai toujours considéré mon mari comme un écorché vif. Quant à Violette, elle se droguait beaucoup : somnifères, euphorisants. Ajoutez à cela la guerre. Jacques, jusqu'ici dispensé de service militaire, fut mobilisé à Paris. Absent toute la journée, il pouvait rentrer le soir, mais avait dû cesser son travail de photographe et n'avait comme toute ressource que son prêt de soldat de deuxième classe. Ils ont connu la gêne et cela ne devait pas améliorer leur relation. D'après ce que Jacques m'a dit, Violette avait des goûts dispendieux, aimait les belles choses, et a sûrement souffert de leur pauvreté17. »
Violette devait relater bien des années plus tard à Simone de Beauvoir une aventure extra-conjugale : « Mon mari ne m'aimait plus. Par rage autant que par chagrin, je l'ai trompé une fois (avec un vendeur de pistaches à la terrasse du Café de la Paix.) Je lui ai dit sans donner des détails18. » Cet épisode est évoqué dans La Bâtarde mais l'amant est un vendeur d'amandes grillées...
Son amie Lucienne lui procure un travail pendant quelque temps. Il s'agit de taper à la machine la correspondance de Jules Laforgue. Ensuite, c'est Maurice Sachs, mobilisé à Caen, qui lui vient en aide. Il a repris contact avec elle, lui a demandé un service : aller chercher ses affaires rue du Ranelagh. Il la présente au libraire Pierre Bérès qui lui propose un emploi de dactylographe. Violette ne restera qu'une journée dans la librairie de Bérès. « C'était une femme remarquablement intelligente, se souvient ce dernier, une très forte personnalité, mais j'ai tout de suite compris qu'elle était inapte à ce genre de travail19. » Sachs incite Violette à collaborer à des magazines, la recommande à la rédaction de l'hebdomadaire féminin Pour Elle qui allait sortir son premier numéro au cours de l'été 1940. Violette hésite, se sent « fondre de bonheur et de tristesse ». « Ecrire... Oh oui, oh non. Il me demandait de bâtir une maison alors que je n'étais pas maçon20. » Elle se décide enfin, prend rendez-vous avec le directeur de la rédaction. Un passage de La Bâtarde exprime son étonnement, ses doutes, le vertige qui la saisit à ce moment-clé de sa vie : « Je sortis de la salle de rédaction, la ville me montra ses griffes. Toi écrire oh la la parlons-en chuchotèrent dans mes yeux les paillettes d'un escalier de métro. Tu passais, nous existions. C'était cela te mettre à écrire avec tes petits yeux. Maintenant que tu nous vois, tu te prends au sérieux. Je vous décrirai. Tu n'en seras pas capable. C'est vrai, je ne vous voyais pas. Tu commences à nous exploiter. (...) Tu n'as rien à dire, les images sont dans leurs nids. N'assassine pas cette chaleur en haut d'un arbre. Les choses parlent sans toi, retiens-le. Ta voix les étouffera21. »
En pleine Occupation, Violette Leduc fait donc ses débuts comme journaliste. Une nouvelle, « Le jour se lève... », paraît en août 1940 dans le premier numéro de la revue. C'est l'histoire mélodramatique d'un soldat de deuxième classe démobilisé qui, d'une ville du Sud, se propose de rejoindre Paris à pied. Au cours de son voyage, il se souvient des moments de bonheur passés en compagnie de sa fiancée qu'il retrouve, de façon inattendue, lors d'une halte dans un village. Les références à sa propre vie sont évidentes. Il s'agit d'une transposition de ses retrouvailles avec Jacques Mercier. Le soldat a d'ailleurs plusieurs points communs avec son mari. On y découvre même certaines des expressions - « mon petit bonhomme » par exemple - qu'elle lui prête dans La Bâtarde.
A partir de l'été 1940, et pendant toute l'année 1941, Violette publie assez régulièrement des nouvelles ainsi que des reportages sur la mode dans le même hebdomadaire. Bien qu'elle soutienne avoir parallèlement signé des reportages sur les grands couturiers dans le quotidien Paris-Soir, on n'a pu retrouver aucun de ces textes. Au-delà du caractère évidemment conventionnel de ces écrits parus dans le magazine Pour Elle, on y décèle quelques formules caractéristiques de son style. Dans presque tous ces textes, on découvre nombre d'éléments autobiographiques, qu'il s'agisse de situations, de traits de caractère des personnages, ou de prénoms. Le dernier de ces articles retrouvé, publié à la veille de Noël 1941, est par exemple entièrement consacré au personnage de sa grand-mère Fidéline. Les titres naïfs de ces récits et nouvelles reflètent les clichés féminins dominants de l'époque : « Un miracle... Hommage à l'institutrice au grand cœur », « Petits miracles d'un jour d'été », « La Beauté : mystère en cinq pots »...


C'est au début des années quarante que Violette se fait avorter à cinq mois et demi de grossesse22. Elle échappe de justesse à la mort. Contrairement à ce qu'elle raconte dans La Bâtarde, son mari n'était pas au courant de son état. « Après son avortement, Violette était chez sa mère, témoigne Jeanne Good. Ne la voyant pas rentrer à la maison, Jacques est allé la chercher chez ses beaux-parents, rue Stanislas-Meunier. Violette était alitée, presque en danger. Il a appris qu'elle s'était fait avorter et il s'en est suivi une scène terrible qui a décidé de leur rupture. Jacques lui a alors cédé le logement de la rue Paul-Bert et est allé habiter à deux pas de là, rue de Chanzy. Pendant la guerre le divorce n'était pas possible et c'est seulement en 1947 que Violette nous annonça par une lettre qu'elle avait fait les démarches nécessaires. Je sais que Jacques n'a jamais cessé de penser à elle et de l'aimer. C'est tout à fait par hasard que nous avons appris le succès de La Bâtarde. Je vois encore la surprise et le contentement de Jacques en découvrant à la devanture d'une librairie le livre de Violette. Il voulait lui écrire et lui envoyer un de ses tableaux - il s'était remis à peindre - mais c'est resté un projet, de même que la lettre qu'il voulait envoyer à Simone de Beauvoir, après la mort de Violette, pour la remercier de ce qu'elle avait été pour elle. Je ne l'ai jamais entendu dire du mal de Violette. Jacques lui a toujours reconnu des qualités de cœur, de sensibilité, et un grand talent, ne lui reprochant que son extrême nervosité et son incapacité à accepter la vie telle qu'elle se présentait23. »
A en croire Violette, après leur séparation, elle aurait tenté de s'asphyxier au gaz.
Quand elle divorcera, lors de sa convocation au Tribunal, Violette indiquera les motifs suivants :

1o - Jamais M. Mercier ne prit au sérieux son mariage. Il a continué de mener sa vie de garçon, ne donnant jamais d'argent à sa femme.
2o - Des discussions incessantes naissaient entre les époux, Mme Mercier tentant vainement de faire comprendre à son mari que, puisqu'il l'avait épousée, il devait participer aux dépenses communes.
3o - M. Mercier s'éloigna peu à peu de sa femme et finit par se retirer chez ses parents, au bout de quatre mois de vie commune.
4o - Depuis lors, il laissa sa femme sans ressources. Il la fit sortir deux fois par semaine et lui offrit à dîner deux fois par semaine pendant quelques mois, mais depuis trois ans, il s'est complètement désintéressé d'elle.
5o - Mme Mercier a récemment appris que son mari avait quitté le domicile de ses parents pour habiter seul, 27, rue de Chanzy. Il n'a rien tenté pour inviter sa femme à l'y rejoindre.

C'est au courant de l'été 1942, alors qu'elle est séparée de son mari depuis longtemps, que Violette retrouve Maurice Sachs. Il lui a écrit de nouveau, habite à présent un petit hôtel près de l'Ecole militaire. Il se « refait ». Par nécessité sans doute, et aussi par ce goût indéfectible de l'aventure, Sachs est entré en contact avec nombre de juifs désireux de se réfugier en zone libre. Tous les matins, dans un café du quartier, il reçoit la « clientèle », négocie le prix. Il partage ses gains avec un jeune homme qui est chargé de faire franchir la ligne de démarcation aux juifs.
Lorsque Violette lui rend visite, Sachs l'invite aussitôt à s'installer dans son hôtel. Toujours amoureuse de Maurice, elle accepte d'emblée, ignorant tout de la vie qu'ils vont mener. Cet homme à la fois naïf et désabusé, dont les malversations ont fini par écœurer tout le monde, croit trouver chez Violette un point d'ancrage. « J'aimais du moins son dévouement, écrira-t-il d’Allemagne à son ami, le philosophe Yvon Belaval. (...) Je ne rencontrerai pas souvent quelqu'un qui m'aime si vivement. J'aurais souhaité en profiter (au bon sens du mot) joyeusement et faire profiter Violette de ma naturelle reconnaissance24. »
Il en profite en fait. Parfois jusqu'à la rapacité. Violette, elle, n'a jamais été dupe de Sachs. « J'étais quand même l'espoir, la confiance, l'optimisme de Maurice. (...) Il connaissait des gens fortunés et voilà qu'il se tournait vers une pauvre, une obscure. Répondre à l'appel d'un ami dont les amis sont las. On dit que les homosexuels abusent des femmes qui sont folles d'eux. Tant pis pour elles, tant pis pour moi. La folie d'un sentiment se paie de trente-six façons. Les aimer est un égarement luxueux25. »
Sachs apprécie l'intelligence de Violette, son extrême sensibilité. A sa manière, il est aussi vulnérable qu'elle, aussi complaisant dans le malheur, aussi acharné dans le dénigrement de soi. Il tient compte de ses jugements littéraires (il lui donne à lire ses livres et ses manuscrits), car il admire le style de ses lettres. Ne lui a-t-il pas conseillé de rédiger des nouvelles pour des magazines féminins, lui révélant ainsi qu'elle était capable d'écrire ?
Ayant cessé son activité de journaliste (dans La Bâtarde elle attribue la perte de son travail à l'attitude hostile de la rédactrice en chef du magazine Pour Elle), Violette vit désormais aux crochets de Sachs qui la tient pourtant soigneusement à l'écart de ses trafics, même lorsque des amis communs viennent les retrouver. « Nous allions tous les jours dans un café-tabac, Le Rubis, devait-elle confier à Simone de Beauvoir. C'est là qu'il recevait les clients, qui voulaient aller en zone libre, mais pas en ma présence. Il me disait que je devais aller me promener pendant qu'il faisait des affaires et je m'en allais. Un jour, Alice (Cerf) est venue et il n'a pas voulu que je reste26. »
En août 1942, Sachs annonce à Violette qu'ils vont bientôt quitter Paris pour la Normandie. Sous la pression de ses amis, il a enfin décidé de se cacher. Il a trop d'ennemis dans la capitale. Les créanciers qu'il a allégrement escroqués sont à ses trousses. Qui plus est, il est juif. L'idée, du reste, de s'isoler à la campagne pour écrire et vivre paisiblement l'enchante.
Dans la partie inédite de L'Asphyxie consacrée à Sachs (une quarantaine de pages manuscrites), que Simone de Beauvoir lui conseillera de couper, Violette Leduc décrit en ces termes son départ pour la Normandie :

Il y avait trois ans que j'attendais ça de lui.
Vers quatre heures de l'après-midi je commençais de vivre une vie enchantée : je désirais qu'il m'offrît un cadeau de départ. J'ai choisi chez un marchand de couleurs un cabas de rafia (sic) (...) Il en acheta deux. Puis il m'a demandé d'aller chez sa blanchisseuse. J'ai mis ses chemises dans le cabas. C'était doux à toucher et à porter. De loin je le vis entrer chez le coiffeur. C'est encore plus doux un homme qui se fait lisser le visage pour voyager avec vous. Je l'ai attendu dans un petit café. C'est très doux d'attendre quelqu'un qui partira avec vous. Il a demandé l'heure des trains pour L... J'étais déjà partie. Nous avons bourré les cabas avec des paquets de cigarettes, des livres, des fioles de cognac pour le petit matin. Une demi-heure après un fiacre est arrivé. Je suis montée dedans émue comme une mariée mais plus à l'aise avec ma jupe courte. Nous bavardions, nous fumions. Il disait qu'on irait aux Indes, au Liban, en Amérique. Avec mon épaule qui effleurait la sienne, j'avais mon Liban, mes Indes. Le dos du cocher était un panorama agréable.
Près de la Gare Montparnasse, il a retenu deux chambres. On remplissait chacun sa fiche avec entrain. Il a prié le garçon de nous éveiller. Je n'ai pas osé lui dire que j'irais frapper à sa porte, que je pressentais une insomnie de joie... (...) Il avait fait retenir une table chez Zatoste. (...) Il me parlait longtemps de Max Jacob. (...) Nous sommes rentrés à pied, vite, en silence. Nous avons traversé les Tuileries. C'est aussi beau que la mer cette immobilité dans l'air, ces arbres prostrés dans le calme. On effleurait l'infini. Je me dépêchais de revenir près de lui.
(...)
Dans la gare, il a navigué entre les guichets, les chefs de train, les bagages, la foule. Pour moi, c'était un héros à l'ouvrage. (...) Le train était complet. On a acheté d'autres livres. On les jetait dans le cabas comme les charbonniers jettent les briquettes par le soupirail. (...) Pendant qu'il écrivait des lettres (...) je lisais les journaux. Le temps coulait comme du lait27.

Un incident cependant vient, le temps d'une soirée, troubler son bonheur. C'est la seule ombre au tableau, dont le récit est absent du manuscrit de L'Asphyxie. Elle s'en souviendra aux alentours de l'année 1955, au début de son délire de persécution, comme en témoignent ses lettres. Elle l'évoque en ces termes dans La Bâtarde :

La veille de notre départ, allant comme d'habitude retrouver Maurice dans le café, je le rencontrai dans la rue en compagnie d'une jeune fille. (...)
La jeune fille s'inquiétait. Maurice viendrait-il ? Bien sûr. Serait-il à la gare après-demain matin ? Bien sûr. Je regardai Maurice avec intensité, il me regarda avec indifférence. La jeune fille disparut dans une rue déserte.
- Pourquoi lui dire que vous irez puisque nous serons partis ?
- Vous m'emmerdez et je vous prie de ne pas vous mêler de mes affaires, trancha Maurice Sachs.
J'oubliai sur-le-champ la jeune fille28.

Sachs n'a pas hésité à toucher l'argent de cette jeune juive, tout en sachant parfaitement qu'il allait partir pour la Normandie le lendemain et qu'il ne remplirait pas son contrat. Violette, qui a assisté à la scène sans oser souffler mot, sera plus tard tourmentée par le remords :

Douze années passèrent. (...) Le monde entier me le reprochait. Toutes les jeunes filles que je rencontrais avaient attendu Maurice Sachs dans une gare. (...) Mon remords, leur jeunesse qu'elles me jetaient à la face.
(...) Maurice fricotait, il ne s'en est pas caché. J'en profitais puisque je vivais avec lui sans rien lui donner29.

Il est certain que dès 1942 Violette Leduc s'est posé bien des questions au sujet de Sachs. Sa drôlerie, ses ruses l'amusent. Parfois même ses vols. Mais pas ce qui touche à des questions plus graves. Dans la partie inédite de L'Asphyxie, on trouve des remarques fort éloquentes à cet égard :

- De l'homme qui est devant toi, n'espère rien même pas une amitié vivace. C'est un aventureux (sic) infatigable. Suis-le, deviens sa complice, c'est ta seule chance.

- Je veux rester digne.

Ou bien :

Ses défauts ne m'attristent pas mais ils m'égratignent jusqu'au sang. (...) Son courage, sa probité, sa bravoure intellectuelle rachètent le reste qui ne vaut pas cher.
Sa gentillesse est une escroquerie.

Le séjour en Normandie va renforcer leur complicité intellectuelle, mais aiguiser aussi leur mésentente. Violette va douloureusement mesurer toute la portée de sa passion pour Sachs. Une expérience déterminante pour le futur écrivain.
1. Denise Tual, Le Temps dévoré, Fayard, 1980, pp. 124-125.
2. Entretien de l'auteur avec Denise Tual, septembre 1986.
3. Le Temps dévoré, op. cit., pp. 123-124.
4. « Radioscopie », émission de Jacques Chancel, France-Inter, 28 avril 1970.
5. Le Temps dévoré, op. cit., p. 125.
6. Cette version est relatée par Henri Raczymow dans Maurice Sachs ou les travaux forcés de la frivolité, Gallimard, 1988, p. 295.
7. Entretien de Violette Leduc avec Pierre Démeron, Dim Dam Dom, 6 avril l970.
8. La Bâtarde, Gallimard, collection L'Imaginaire, 1996, p. 268.
9. « Radioscopie », op. cit.
10. Fonds Adrienne Monnier, Bibliothèque Jacques Doucet.
11. Archives IMEC.
12. Ibid.
13. La Bâtarde, op. cit., p. 287.
14. Lettre de Jeanne Good à l'auteur, 12 février 1987.
15. Archives IMEC.
16. Ibid.
17. Lettre de Jeanne Good à l'auteur, 12 février 1987.
18. Lettre du 14 juin 1957.
19. Entretien de l'auteur avec Pierre Bérès, septembre 1998.
20. La Bâtarde, op. cit., p. 308.
21. Ibid., pp. 311-312.
22. Elle écrira à Simone de Beauvoir au printemps 1954 : « J'eus un horrible malaise, comme si mon cœur s'écroulait sur mon pied, comme j'en ai eu un quand le futur petit garçon avait cinq mois et demi. »
23. Lettre de Jeanne Good à l'auteur, 12 février 1987.
24. Lettre du 4 mai 1943.
25. La Bâtarde, op. cit., p. 351.
26. Lettre sans date (1956). Collection particulière.
27. Collection particulière.
28. La Bâtarde, op. cit., p. 367.
29. Ibid., pp. 367-368.
 

 

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