Premiers chapitres

STEPHANE BOURGOIN
Serial killers
Enquête sur les tueurs en série.
document
Stéphane Bourgoin est analyste au Centre International de Sciences Criminelles et Pénales. Il est un des organisateurs du premier colloque international consacré aux serial killers qui a rassemblé les plus grands enquêteurs et profilers du monde entier à Paris, en octobre 1998. Libraire, journaliste, il dirige aux éditions Méréal une collection consacrée aux serial killers et est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages sur les tueurs en série ; et de plusieurs documentaires télévisés sur le sujet, tournés aux Etats-Unis et, plus récemment, en Afrique du Sud.

Le site Internet de STEPHANE BOURGOIN: www.au-troisieme-oeil.com

 

Du crime en général
et des
«serial killers»
en particulier


es films tels que Le Silence des agneaux, Psychose, Massacre à la tronçonneuse, Vendredi 13, Henry Portrait of a Serial Killer, la série des Freddy ou L'Inspecteur Harry ont popularisé et mis en scène ce nouveau type de criminel : le serial killer ou tueur en série.
Pour clarifier le propos, il est bon de rappeler la définition du serial killer. Ce type de criminel est un récidiviste du meurtre. Pendant des mois, parfois des années, il tue, avec un certain intervalle de temps entre ses crimes. On parle habituellement de tueur en série lorsque celui-ci commet plus de trois meurtres. La spécificité de ce genre d'assassin réside dans cette boulimie de meurtres qui le différencie du tueur passionnel, lequel ne tue en général qu'une fois, ou même du tueur de masse qui va exécuter en peu de temps un grand nombre de personnes. Les tueurs de masse sont très souvent des malades atteints de psychose.
Jusqu'au début des années 80, ces homicides multiples étaient classés sous l'appellation unique de « meurtres de masse » (mass murders), sans établir la moindre différence entre Albert DeSalvo, « l'Étrangleur de Boston », et Charles Whitman, qui, le 31 juillet 1966, abattait seize personnes à Austin avec un fusil à lunette.
Depuis, le FBI, grâce à son Centre d'analyse des crimes violents (National Center for the Analysis of Violent Crime, ou NCAVC), a établi une différence entre ces homicides multiples : Meurtre de masse (« mass murder ») : quatre victimes ou plus à un même endroit lors d'un même événement.
« Spree killer » : des meurtres à des endroits différents dans un laps de temps très court. Ces crimes découlent d'un événement. unique, et leur enchaînement peut s'étendre sur une certaine période de temps. « Serial killer » : trois événements distincts, ou plus, avec un intervalle de temps séparant chacun des homicides. Lors de ces événements, le serial killer peut fort bien tuer plusieurs victimes à la fois.
Le tueur de masse est donc très différent du tueur en série. Il s'attaque en général aux membres de sa propre famille ou à un groupe de gens qui n'ont rien à voir avec ses problèmes. Il utilise une arme à feu ou un poignard. Gene Simmons est un meurtrier de masse du type « familial » : cet ancien sergent de l'US Air Force, à Noël 1987, tua les quatorze membres de sa famille dans une ferme de l'Arkansas. Aux États-Unis, en 1991 et 1992, on assiste à une véritable vague de tueurs de masse. Licenciés de leur emploi, ils se vengent en ouvrant le feu sur leurs anciens collègues. On remarque qu'ils visent plus particulièrement les bureaux de poste. La plupart du temps, un tueur de masse se laisse abattre par la police ou se suicide.
Un spree killer célèbre, c'est Howard Unruh. Le 6 septembre 1949, il tire au petit bonheur avec un Lüger en traversant la banlieue de Camden, dans le New Jersey, tue treize personnes et en blesse d'autres. En vingt minutes, cette odyssée sanglante se déroule dans des lieux différents, et Unruh ne peut donc pas être considéré comme un véritable tueur de masse.
Il existe une foule de différences entre ces catégories de meurtriers. Le tueur de masse classique et le spree killer ne s'intéressent pas à l'identité de leurs victimes : ils massacrent ceux qui ont la malchance de les rencontrer. Le serial killer, lui, choisit ses victimes. Il pense qu'il ne sera jamais capturé, et parfois il a raison. Un tueur en série contrôle les événements là où un spree killer ne maîtrise plus la situation qu'il a créée. A l'occasion, un serial killer peut se transformer en spree killer lorsqu'il découvre que la police l'a identifié et le suit à la trace. La tension du fugitif, ses actes spectaculaires amenuisent l'intervalle de temps entre ses divers crimes. Il se rend compte qu'on va bientôt l'attraper, à tel point que sa proche confrontation avec la police devient un élément de ses crimes. Il peut même se placer dans une situation où la police sera obligée de le tuer. Un exemple ? Christopher Wilder.
La question qui se pose est alors de connaître le nombre de serial killers et de leurs victimes. Des chiffres fantaisistes ont été avancés par des écrivains ou des journalistes : ceux-ci évoquent la présence de plusieurs milliers de serial killers en activité aux États-Unis, qui auraient massacré près de 7 000 personnes. Ces chiffres sont faux et inutilement alarmistes. Hélas, le très officiel Uniform Crime Reports du Département de la Justice, qui publie tous les ans les statistiques du crime aux États-Unis, ne mentionne pas ces serial killers et leurs victimes en tant que tels. Les crimes sans motif apparent, dans lesquels il n'existe au préalable aucune relation connue entre l'assassin et sa victime, englobent les meurtres commis par les serial killers et d'autres types de forfaits. Pour 1990, le nombre des victimes s'établit à 6 500, dont on peut penser qu'une bonne partie est l'œuvre des tueurs en série. En 1966, les meurtres sans motif apparent représentaient 640 victimes, en 1981, 4 007 morts, et en 1989, 5 096. Seule statistique officielle, en date de janvier 1990, un tableau fourni par le FBI indique, pour la période de janvier 1977 à novembre 1989, 112 meurtriers de masse, 169 tueurs en série et 50 spree killers. Ce chiffre reste en dessous de la vérité, car l'on peut supposer que de nombreux meurtres isolés n'ont pas été reconnus comme appartenant à une série. Les victimes sont classées en trois catégories :
- tuées (si le meurtrier a plaidé coupable ou a été condamné pour ce crime) ;
- supposées (si le meurtrier a été inculpé ou rattaché à ce crime) ;
- tentatives (si la victime a survécu à l'assaut ou échappé au criminel).
L'âge moyen des meurtriers de masse est de 31,15 ans.
L'âge moyen des spree killers est de 29,85 ans.
L'âge moyen des serial killers est de 27,27 ans au moment de leur premier crime et de 31,44 ans lors du dernier meurtre.


TYPE DE MEURTRIER


VICTIMES TUÉES


SUPPOSÉES


TENTATIVES


Tueur de masse
(nombre : 112)


657


45


217


Spree killer
(nombre : 50)


306


16


112


Serial killer
(nombre : 169)


935


834


125

 

Le même type de statistique nous permet de savoir qu'en un an, de 1988 à 1989, 29 nouveaux serial killers ont tué 140 personnes ; ils sont suspectés de 122 autres crimes, et 14 de leurs victimes ont survécu ou ont réussi à s'échapper. De façon officieuse, les agents spéciaux du FBI estiment entre 35 et 100 le nombre de serial killers actuellement en activité aux États-Unis.

Le crime aux États-Unis

D'après les chiffres officiels du Uniform Crime Reports, on compte 23 438 victimes d'homicides en 1990 contre 21 500 en 1989, soit une augmentation de 9 % en un an. En 1962, on dénombrait 8 404 morts par homicide. Les viols sont au nombre de 102 555 en 1990, une augmentation de 8,5 % par rapport à l'année précédente (94 504 viols en 1989).
En 1990, aux États-Unis, un crime violent est commis toutes les dix-sept secondes et un vol toutes les deux secondes. Parmi les crimes violents, on note :
- un meurtre toutes les vingt-deux minutes ;
- un viol toutes les cinq minutes ;
- une agression avec voies de fait toutes les trente secondes.
Peut-être plus alarmant encore, le pourcentage des meurtres résolus par l'arrestation du coupable a chuté de manière dramatique au fil des ans. En 1960, 94 % des assassins avaient été arrêtés : cela signifie que moins de 500 meurtres n'avaient pas encore été élucidés à la fin de l'année 1960. Six ans plus tard, ce chiffre tombe à 88 % d'affaires résolues, et le pourcentage continue à baisser : 68 % en 1989, 67 % en 1990. Ainsi, en l'espace de trente ans, le nombre des homicides non résolus est passé d'un peu moins de 500 à plus de 7 000.
En 1990, d'après les statistiques du Uniform Crime Reports (daté du 11 août 1991), les 23 438 victimes se répartissent de la manière suivante :
- 78 % des victimes sont des hommes  et 49 % d'entre eux ont entre 20 et 34 ans ;
- 49 % sont de race blanche ;
- 49 % sont de race noire ;
- 93 % des victimes de race noire sont tuées par des Noirs ;
- 86 % des victimes de race blanche sont tuées par des Blancs ;
- 85 % des victimes masculines sont tuées par des hommes (toutes races confondues) ;
- 90 % des victimes féminines sont tuées par des hommes (toutes races confondues).
Comme il n'existe pas de statistiques officielles sur les serial killers, c'est en effectuant diverses recherches que j'arrive aux chiffres officieux suivants :
- 65 % des victimes de serial killers sont des femmes ;
- 35 % des victimes de serial killers sont des hommes (alors que pour les autres crimes ils le sont à 78 %).
Les meurtres des serial killers sont également interraciaux à 65 %.
Les victimes de serial killers, qu'elles soient masculines ou féminines, se répartissent de la façon suivante :
- 89 % sont de race blanche ;
- 10 % sont de race noire ;
- 1 % pour les autres.
Les chiffres cités ci-dessus concernent les victimes, et il paraît intéressant d'établir une comparaison entre les meurtriers ordinaires, pour lesquels il existe des statistiques officielles, et les serial killers en particulier. En l'absence de statistiques, je propose des pourcentages approximatifs qui concernent 1990 :


RACE


MEURTRIERS (en général)


SERIAL KILLERS


Noirs


57 %


17 %


Blancs


41 %


83 %


Orientaux


0,8 %



Indiens


0,5 %


 

Les tueurs en série orientaux, comme Charles Ng, ou d'origine indienne, se comptent sur les doigts d'une main et n'apparaissent donc pas dans le tableau ci-dessus. Quant au sexe des serial killers comparés à l'ensemble des tueurs, voici ce que donne le tableau :


SEXE


MEURTRIERS (en général)


SERIAL KILLERS


Hommes


87%


89 %


Femmes


13%


11 %

 

Un autre élément de comparaison entre les assassins en général et les serial killers réside dans leur façon de tuer. On sait qu'aux États-Unis, en 1990, trois crimes sur cinq sont commis avec une arme à feu, soit 12 847 sur un total de 20 045 meurtres. Pour 3 393 homicides, l'arme du crime n'a pas pu être déterminée, à cause, par exemple, de l'état de décomposition trop avancé du corps...
Par rapport au criminel en général, qui utilise en principe une arme à feu, le tueur en série préfère le contact avec sa victime. Il emploie un couteau, il étrangle, il frappe avec un objet. Comme le serial killer tue à plusieurs reprises, il change quelquefois de méthode, cela se remarque surtout chez le psychotique qui ne prépare pas son crime à l'avance et improvise sur les lieux de son forfait, d'où l'apparition dans les statistiques de ce mélange entre armes naturelles et armes à feu. Les femmes qui tuent en série s'avèrent moins violentes que les hommes : elles ont une préférence marquée pour le poison (45 %), l'arme favorite des « veuves noires » et « infirmières de la mort »..

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