Alexandre Adler
Sociétés secrètes
Des secrets de Léonard de Vinci à Rennes-le-Château
En coédition avec France Culture
Ancien élève de l'Ecole normale supérieure
de la rue d'Ulm, agrégé d'histoire, Alexandre Adler
est chroniqueur sur France Culture et membre du comité éditorial
du Figaro. Il est l'auteur de J'ai vu finir le monde ancien (Grasset,
2002), de L'Odyssée américaine (Grasset, 2004) et
de Rendez-vous avec l'Islam (Grasset, 2005), qui ont été
des succès de librairie.
Da Vinci Code, une réaction alchimique
e roman de Dan Brown,
le Da Vinci Code, a été un succès mondial.
C'est un phénomène historique en lui-même, bien
au-delà des thèses qui y sont défendues. Un
public immense a voulu prendre connaissance de ce roman, à
la fois roman à rebondissements à la Ponson du Terrail,
énigme policière, mais aussi révélation
historique prise au sérieux par nombre de ses lecteurs. Le
Da Vinci Code est devenu un phénomène de société
bien plus qu'un phénomène littéraire.
Tout d'un coup, une partie importante de la population du monde
s'est passionnée pour un roman dont la trame est assez simple.
Il s'agit de la découverte d'un assassinat commis au Louvre,
celui d'un conservateur. Alors que celui-ci perdait déjà
son sang en abondance, il s'est placé dans une position curieuse.
L'un de ses amis, un érudit américain spécialiste
de la symbolique religieuse, qu'il aurait dû rencontrer le
lendemain, est convoqué par la police pour tenter d'élucider
le mystère. Cet érudit parvient à déchiffrer
un certain nombre des symboles qui ont été laissés
par la malheureuse victime. Il fait également la connaissance
de la nièce du conservateur assassiné, commissaire
de police spécialisée dans le trafic d'uvres
d'art, mais aussi dans la cryptographie.
Peu importe la vraisemblance de l'argument. Très vite, les
deux enquêteurs, qui tombent amoureux, se mettent à
la recherche de ce que la mise en scène symbolique du conservateur
assassiné implique : l'existence d'un trésor caché.
Là, on entre dans un conte à la manière de
Lewis Carroll. Le lecteur traverse un écran invisible qui
lui masquait une réalité occulte...
Les deux enquêteurs aboutissent dans un château normand
où règne un vieil original anglais, du nom de Leigh
Teabing - on verra plus loin qu'il est la contraction bizarre du
nom de trois auteurs d'un best-seller plus ancien que le Da Vinci
Code, Baigent, Leigh et Lincoln. Ce Leigh Teabing explique à
nos deux enquêteurs que la clef de ce crime est à chercher
du côté d'une société secrète,
le Prieuré de Sion, qui veille sur un immense secret : la
filiation de Jésus.
Jésus, loin d'être le célibataire que l'on décrit
dans les Evangiles, aurait été un homme de son temps,
c'est-à-dire un juif croyant pour lequel le mariage était
le premier des devoirs. L'épouse de Jésus aurait été
Marie-Madeleine qu'ensuite l'Eglise s'ingéniera à
diffamer en en faisant une prostituée, ce qui aujourd'hui
n'est plus admis par la théologie catholique officielle.
A la fin du livre de Dan Brown, nous découvrons que la descendante
directe de Jésus n'est autre que... la jeune commissaire
de police, laquelle avait été protégée,
après la mort accidentelle ou non de ses parents, par cette
mystérieuse société. Le Prieuré de Sion
poursuit à ce jour ses activités, et le cur
de son action symbolique est la chapelle de Rosslyn, non loin d'Edimbourg
en Ecosse. Rosslyn serait le point névralgique où
se seraient retrouvés les héritiers des Templiers
du Moyen Age et des Rose-Croix de la Renaissance, afin de conserver
et de perpétuer ce secret, avec l'idée, un jour, de
voir l'Europe et le monde dirigés par un véritable
descendant du Christ. C'est ce à quoi le Prieuré de
Sion croit de tout son être, avec une force de conviction
supérieure, celle d'une foi surnaturelle qui, dans le film,
s'opposera victorieusement aux tentatives matérialistes,
celles de Leigh Teabing qui, malgré ses dénégations,
cherche l'or caché du Prieuré ; et spiritualistes,
celles de l'Opus Dei, dénoncée comme une véritable
conspiration criminelle.
Bien entendu, ce roman comporte des épisodes rocambolesques
qui peuvent faire sourire ou provoquer l'indignation du lecteur
averti. Les adversaires du livre noteront déjà que
tous les sens uniques de Paris sont faux, que les horaires cités
au fil du roman sont impossibles. Ces erreurs trahissent la hâte
et l'incertitude de la main. L'auteur n'a pas travaillé la
topographie de Paris ni les horaires de chemin de fer. Pas davantage
il n'a fait le tri entre d'une part les élucubrations et
d'autre part les inventions d'un certain nombre de polygraphes,
et les éléments réellement troublants de cette
histoire.
Il n'empêche que, pour qu'un vaste public plébiscite
un tel livre, c'est qu'il remue des forces profondes dans l'inconscient
de chacun comme dans l'inconscient collectif de l'Occident.
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