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Poivre d'Arvor a d'abord été romancier avant d'être
journaliste. Il a écrit son premier livre Les Enfants de
l'aube, à l'âge de dix sept ans. Depuis, il en a
publié une quarantaine, romans, récits, essais,
anthologies poétiques, biographies, pour certains avec
son frère Olivier. Il a obtenu le Prix Interallié
en 2000 pour L'Irrésolu et le Prix Maurice Genevoix pour
La Mort de Don Juan.
AU LECTEUR
l y a une vingtaine d'années, j'ai écrit pour
les éditions Grasset un livre au titre impudique et provocateur
: " Les Femmes de ma vie ". J'y racontais trente nuits,
trente nuits mauves, pour reprendre l'idée de Villiers de
l'Isle Adam. Certains détails pouvaient sembler crus mais
la plupart des femmes qui peuplaient ces nuits avaient disparu,
pour certaines depuis des siècles. Bien sûr quelques
masques traînaient de-ci de-là, d'autres tombaient.
Certaines femmes crurent se reconnaître, mais je restais avec
ce livre dans la fiction et, davantage encore, dans le fantasme.
La nuit que je vous raconte dans Fragments d'une femme éparse
a duré trente longs mois. Elle n'a pas été
mauve mais violette. Violette, du nom de l'héroïne qui
aurait mérité de faire partie des Femmes de ma vie.
Qui d'entre nous n'a pas croisé un jour une femme fatale,
comme celle-ci, blessée, vénéneuse et fragile,
belle à se damner mais congénitalement menteuse ?
Si belle d'ailleurs et si diabolique qu'elle attire pour l'essentiel
des hommes aux pieds fourchus et aux intentions perverses. Et qu'elle
entraîne en enfer les rares êtres qui viennent à
elle pour la protéger, l'aider et surtout l'aimer, car tout
le monde trouve son compte dans ces amours-là, comme dans
l'amour en général.
C'est le cas de mon héros, Alexis, fou amoureux, et plus
fou encore qu'amoureux, qui va courir à sa perte parce qu'il
se croit éperdument aimé de Violette. Il n'a d'ailleurs
pas tout à fait tort un jour sur deux. Mais le jour qui suit,
quelle sarabande ! De mensonges en trahisons, de cruautés
en tromperies, la belle Violette au visage d'ange va se révéler
démon. Et Alexis sortira exsangue de cette histoire qu'il
faut néanmoins appeler une histoire d'amour. Il ne pourra
cicatriser sa plaie car " jamais la main féminine qui
sema l'angoisse et les larmes ne saura cultiver la joie dans le
même champ déchiré ". C'est Pierre Louÿs
qui l'écrit dans La Femme et le Pantin : un titre qui aurait
du inspirer préventivement notre héros. Pierre Louÿs
qui estime " qu'il est deux sortes de femmes qu'il ne faut
connaître à aucun prix : d'abord celles qui ne vous
aiment pas, et ensuite, celles qui vous aiment. Entre ces deux extrémités,
il y a des milliers de femmes charmantes, mais nous ne savons pas
les apprécier ".
N'allez surtout pas croire que Violette n'est pas une femme charmante
; elle est bien plus que cela. Ses charmes peuvent devenir mortels,
surtout quand elle en fait commerce, mais elle est en guerre perpétuelle
avec elle-même et se tue à petit feu.
On ne cesse de vouloir apaiser ses tourments, mais elle mord toujours
la main de ceux qui la lui tendent, et elle va souvent vers ceux
qui la fouettent ou l'humilient.
Elle est mieux que charmante : terriblement attachante. Si vous
la croisez comme je l'ai fait pour les besoins de ce roman, regardez-la
bien, tombez amoureux - et ce sera difficile de ne pas y succomber
- mais, de grâce, ne vous attachez pas."
PPDA
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