érard
Oberlé est l'auteur chez Grasset de Retour à Zornhof
(Prix Découvertes Le Figaro Magazine, Prix des Deux magots,
2004), Itinéraire spiritueux (Prix Mac Orlan, Prix Edmond
de Rotschild, Prix Rabelais, 2006) et d'un recueil de chroniques
musicales (La vie est ainsi fête, 2007). Expert en livres
anciens, il est aussi chroniqueur à Lire.
AU LECTEUR
llergie ? Désabusement ? Dégoûtation
? Allez-savoir ! Vers la fin de l'an 2007 me vint une irrésistible
envie de changer d'époque. Ce genre de caprice pose sans
doute moins de problèmes aux romanciers qu'aux banquiers,
footballeurs ou politiciens. Ma dérobade m'a ramené
aux temps de Madame de Clèves, une princesse quelque peu
vilipendée à ce moment-là. Madame de Clèves
a respiré l'air de la Cour du roi Henri II, un monarque autoritaire,
borné, versatile, peu fait pour la réflexion, ne lisant
aucun livre et qui, faute de vocabulaire, était incapable
de construire une phrase cohérente. Marc-Antoine Muret vivait
à Paris à la même époque, mais il n'a
jamais croisé Madame de Clèves. En revanche, il a
fréquenté Ronsard, Du Bellay, Jodelle, les musiciens
du temps et quelques gentilshommes lettrés. Beaucoup moins
vertueux que la princesse, il a toujours suivi ses inclinations.
Muret aimait les livres, la langue latine, la musique, la table,
le vin et les beaux jeunes gens. Pour ce dernier penchant, il fut
emprisonné à Paris et sauvé in-extremis du
bûcher. Pour le même penchant il sera condamné
au feu à Toulouse. Jugé par contumace ainsi que son
amant, il sera brûlé en effigie. Théodore de
Bèze a raillé en disant que pour ce vice contre-nature,
il est devenu citoyen romain.
J'ai rencontré Marc-Antoine Muret durant les années
80, alors que je rédigeais un ouvrage sur les poètes
néo-latins des XVIe et XVIIe siècles. Le destin, ô
combien romanesque de ce grand érudit m'a intrigué,
séduit, et pour tout dire, fasciné. Muret est inconnu
du public, car tous ses livres sont en latin. Aujourd'hui je les
possède tous, et pour les avoir lus et étudiés,
je me suis attaché à ce personnage avec une ferveur,
une complicité que d'ordinaire on ne témoigne qu'aux
amis vivants. J'ai vécu pendant deux années avec lui,
deux années d'évasion dans le siècle de la
Renaissance et de l'humanisme, en compagnie des poètes néo-latins,
des poètes de la Pléiade, des musiciens français
et italiens du XVIe siècle, des professeurs qui enseignaient
dans les collèges de Poitiers, Bordeaux et Paris, avec quelques
virées dans les tavernes et lupanars en compagnie de certains
mauvais garçons.
J'aime autant vous dire que le retour en 2009 fut assez dégrisant."
G.O.
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