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à Paris en 1972, Karine Tuil est l'auteur de six romans
parmi lesquels Tout sur mon frère (2003), Quand j'étais
drôle (2005) et Douce France (2007), publiés chez
Grasset.
AU LECTEUR
l y a quelques années, au cours d'un déjeuner,
une amie me parla de son père, un petit-bourgeois juif qui
avait fait vivre sous le même toit deux femmes : l'officielle
et l'officieuse, la chrétienne et la juive. Aussitôt,
je lui conseillai de se taire : j'étais un écrivain,
un vampire - j'allais la trahir. Cette histoire cristallisait tous
les thèmes qui avaient nourri mon travail, mon imaginaire
: la double vie, l'identité. Mon amie ne m'opposa pas un
silence poli. Au contraire. Elle parla longuement et sans crainte,
avec le regard de défi d'un enfant caressant un fauve. Fais-en
ce que tu veux. J'inventerai les personnages, réécrirai
les faits, passerai chacun de ses mots à travers le filtre
déformant de la fiction. Son histoire, c'était désormais
la mienne.
Dans La domination, des êtres se croisent. Ils ne savent
pas aimer sans trahir. Désirer sans mépriser. Prendre
sans détruire. Ils se séduisent par jeu, goût
du risque et de la transgression. Ils souffrent et font souffrir.
Ils se soumettent et se dominent à tour de rôle, tout
à la fois manipulateurs et victimes d'un complot qu'ils ont
ourdi eux-mêmes. Contre eux.
Un homme, médecin humanitaire, grande figure morale et intellectuelle,
impose ses penchants polygames à deux femmes aimées.
Un éditeur vieillissant possède physiquement et mentalement
une jeune romancière pour la contraindre à écrire
un livre sur son père.
Un peuple est accusé d'en soumettre un autre.
Des êtres cherchent à dominer leurs instincts.
Mais au cur de ces triangles amoureux où la sexualité,
l'amour, l'amitié et jusqu'à la création deviennent
enjeux de pouvoir et rapports de force, les dominateurs ne sont
pas toujours ceux que l'on croit. "
Karine Tuil
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